
Avant la Seconde guerre mondiale, Simon Wiesenthal était architecte en Galicie, ancienne province de l'empire austro-hongrois. Juif, il ne tarde pas à rejoindre les camps de concentration allemands lorsque son pays est annexé au Reich. Les combats terminés, l'homme, rescapé de Mauthausen, ne reprend pas sa profession. Il refuse l'oubli et se jure de pourchasser ses oppresseurs.
Jusqu'à son dernier souffle, rendu mardi matin à Vienne à 96 ans, Simon Wiesenthal s'est tenu à son serment. Grâce à lui, plus de 1100 criminels de guerre ont été traduits en justice, comme Adolf Eichmann, qui a joué un rôle-clé dans la "solution finale", et Franz Stangl, ancien commandant du camp de Treblinka. Quand on lui demandait pourquoi il avait sacrifié tout à cette unique mission, il répondait : "Je veux que les générations futures sachent que les nazis n'ont pas pu tuer des millions de personnes et s'en tirer comme cela".
89 des siens exterminés
C'est dans sa Galicie natale, que le jeune Wiesenthal subit pour la première fois les injustices de l'antisémitisme. Il est refusé à l'Institut polytechnique de Lwow (Lemberg) en raison de quotas limitant le nombre d'étudiants juifs. Il part pour Prague où il décroche son diplôme d'avocat en 1932 et rentre au pays pour épouser Cyla Mueller en 1936.
1939 sonne la fin d'une période heureuse. La Russie et l'Allemagne signent un pacte de non-agression. Lwow est occupée par les soviétiques. Il échappe de peu à la déportation en Sibérie. En 1941, l'armée allemande envahit la région. Wiesenthal et sa famille sont arrêtés. 89 de ses parents mourront dans les camps. Lui, s'échappe, se fait reprendre et est sauvé in extremis à Mauthausen par l'armée américaine le 5 mai 1945.
Il s'établit alors à Linz en Autriche et, ironie du sort, à quelques mètres seulement de la famille d'Adolf Eichmann. Il retrouvera sa piste après des années de traque et les services secrets israéliens l'enlèveront à Buenos Aires en 1960. Le nazi sera exécuté en 1962. En 1947, il fonde un Centre de documentation chargé de collecter des informations sur la vie des Juifs et leurs tortionnaires. Ce centre entend également lutter contre l'antisémitisme et toutes les formes de préjugés et de révisionnisme car, souligne Simon Wiesenthal, "les assassins de la mémoire préparent les conditions aux meurtres de demain".
Réfugiés de l'Est
Dans "Justice n'est pas vengeance", son autobiographie publiée en 1989, le "chasseur de nazis" s'est attaché à montrer comment, inlassablement, il a traqué, débusqué les bourreaux sous leurs nouveaux masques, leurs nouvelles identités, dans le monde entier. Une seule fois, raconte-t-il, il a eu envie de sortir du cadre de la légalité, d'appliquer la loi du talion en découvrant dans les papiers d'un nazi, la photo d'un enfant juif pendu par les testicules.
Mais celui qui a voulu "Vivre pour les morts" a aussi vécu pour les vivants, en particulier les réfugiés des pays de l'Est. Quelque huit mille personnes ont transité par les centres qu'il a créés pour les accueillir, avant d'émigrer vers les Etats-Unis principalement. Simon Wiesenthal, lauréat de nombreux prix, avait aussi ses détracteurs. Ceux-ci l'ont accusé notamment d'avoir entravé la recherche et la traduction en justice de criminels de guerre parmi lesquels ils font figurer l'ex-président autrichien et secrétaire général de l'ONU Kurt Waldheim.
Le site du Centre Wiesenthal, en cliquant ici
Par D.S. avec AFP
(Image d'archive LCI : 2 février 2000)
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