Le transport des urnes, après l'élection présidentielle en Afghanistan © LCIDes millions d'Afghans et d'Afghanes ont élu dimanche leur parlement pour la première fois depuis 1969 et les violences liées aux talibans n'ont pas perturbé le scrutin. Neuf personnes, dont un soldat français - le premier tué en Afghanistan depuis la chute des talibans - ont été tuées au cours de heurts liés aux militants de l'ancien régime fondamentaliste qui s'étaient engagés à faire dérailler le processus démocratique afghan. "Ces violences ne sont en général pas liées au processus électoral", a souligné Peter Erben, directeur de la commission électorale afghane, gérée en grande partie par l'ONU, en se félicitant de la bonne tenue du scrutin. Près de 12,5 millions d'Afghans et d'Afghanes de plus de 18 ans étaient appelés à élire parmi 5.770 candidats leurs représentants à une assemblée nationale (Wolesi Jirga, 249 sièges) et dans 34 conseils provinciaux (420 sièges), pour le première fois depuis 1969. Ouverts à 6 heures (3h30 du matin, heure française), les bureaux de vote ont fermé comme prévu à 16 heures (13h30, heure française), même si certains sont restés ouverts pour permettre le vote d'électeurs en attente.
Si les résultats ne sont pas attendus avant le mois prochain, on dispose déjà des taux de participation. Un peu plus de 50% des électeurs ont participé aux élections, contre 76% lors de la présidentielle d'octobre 2004, selon une première estimation du principal groupe d'observateurs indépendants afghans, l'association Fefa (Free and fair elections in Afghanistan). L'association avait déployé dimanche plus de 7.000 observateurs dans la quasi-totalité des 34 provinces afghanes, a souligné son président, Nader Nadery. Le président afghan Hamid Karzaï s'est pour sa part félicité de la participation nombreuse des femmes, y compris dans les provinces les plus conservatrices, comme Khost ou Kandahar, y voyant "un grand pas en avant, un pas en avant très positif". "Je félicite le peuple afghan pour avoir, une fois encore, résisté dans des temps difficiles aux menaces terroristes", a-t-il ajouté.
Confusion et violations
Les observateurs de la Fefa ont pour leur part regretté la confusion liée à la présence de trop nombreux candidats qui "n'a pas incité les électeurs à voter, en rendant le choix difficile". "Les électeurs ont également eu le sentiment que les candidats les plus puissants avaient bien plus de chances d'être élus que les autres", ce qui les a découragés de voter, a ajouté l'association d'observateurs. Nader Nadery a ainsi critiqué le système électoral mis en place pour ces élections (SNTV, un vote pour une personne), qui a banni les partis et la représentation proportionnelle. "Le changement de système électoral sera l'un des principaux sujets à aborder à l'avenir. Le SNTV n'a pas encouragé la présence de candidats de qualité, et nous avons besoin de partis politiques pour présenter de bons candidats à l'avenir", a-t-il estimé.
Nader Nadery a par ailleurs signalé que si les élections s'étaient en général bien déroulées, malgré les violences liées aux taliban, plusieurs "importantes violations" de la loi électorale ont été observées, même si elles n'étaient pas généralisées. Nader Nadery a notamment fait état d'"intimidations" et de "provocations" à l'encontre de certains électeurs, et du fait que "des hommes ont voté à la place des femmes de leur familles, parfois en remplissant une quinzaine de bulletins de vote en même temps".
Le dépouillement des votes, acheminés par voitures, hélicoptères ou à dos d'ânes prendra plusieurs semaines et des résultats provisoires sont attendus vers le 10 octobre. Les résultats définitifs doivent être annoncés le 22 octobre, après examen d'éventuelles plaintes.
Photo : transport des urnes en Afghanistan après le scrutin présidentiel d'octobre 2004
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