Il découvre les dégâts aux environs de son domicile. Malgré les apparences, la ville a plutôt bien tenu le choc... © Pierre-Jean Charvolintf1.fr : Comment avez-vous vécu le passage de Rita ?
Jennifer Charvolin (1) : Dès jeudi, toutes les agences de l'Etat ont été fermées à partir de midi. Je suis rentrée tout de suite chez moi. La première chose à faire était de chercher de l'essence. Mais il y avait des queues interminables partout, à toutes les stations-services. Au supermarché, il n'y avait déjà plus d'eau, et beaucoup de produits de première nécessité manquaient - notamment de la glace pour pouvoir conserver la nourriture en cas de coupure d'électricité.
Vendredi après-midi, vers 18 heures, la pluie et le vent se sont déchaînés. Le moment plus violent de la tempête a vraiment commencé après 21 heures - et a duré jusqu'à samedi à la mi-journée. Nous n'avons pour ainsi dire pas dormi. Je suis née à Lafayette, je connais bien la saison des ouragans ; et c'est toujours pire quand un cyclone frappe la nuit, parce qu'on ne peut rien voir. On ne peut qu'entendre. Les bruits nous réveillaient tout le temps. En pleine nuit, nous avons entendu des bruits d'explosion - et ce n'est qu'au matin suivant que nous avons vu que la porte en verre de notre voisin avait explosé, et que nous avons découvert des morceaux d'arbres au sol. A partir de 6 heures samedi matin, d'autres explosions se sont succédé toutes les demi-heures, jusqu'à 9 heures. C'étaient les transformateurs du voisinage. Beaucoup ont été détruits.
tf1.fr : Quand avez-vous pu constater les dégâts ?
J C : Nous n'avons quitté notre appartement pour faire un tour à pied que samedi vers 13 heures ; il y avait encore du vent, et il fallait faire attention aux chutes d'objets. Nous avons vu des arbres déracinés, des morceaux de toit un peu partout dans les jardins, dans les rues, des barrières en métal et des panneaux de publicité arrachés...
tf1.fr : Quel a été l'impact de Rita sur la ville et les alentours ?
Pierre-Jean Charvolin (1) : Certains quartiers de Lafayette ont été privés d'électricité car des branches, des arbres et autres débris ont coupé des lignes électriques et gravement endommagé des transformateurs. Là où nous habitons, les seuls dégâts à déplorer sont des branches cassées, des arbustes arrachés ainsi que des morceaux de shingle (équivalent local des tuiles). Les autorités et les médias locaux n'ont pas fait état de blessés ni de morts dans la ville et la paroisse de Lafayette. Mais quand le gros du cyclone a commencé à se déplacer vers le nord, il a laissé derrière lui suffisamment d'instabilité pour créer des tornades. Ce sont des phénomènes très violents et imprévisibles, et il est très difficile de localiser les zones où ils risquent d'apparaître. Après le passage de Rita, une alerte aux tornades a été lancée pour Lafayette et pour les villes situées plus au nord. Nous n'avons pas été touchés ; mais non loin d'ici, la commune de Carencro a été frappée et, d'après un membre de ma famille sur place, il y a eu beaucoup de dégâts.
tf1.fr : A quelle distance vous trouviez-vous du cœur du cyclone ?
P-J C : L'oeil de Rita est passé à l'ouest de Lake Charles, apparemment du côté de Port-Arthur ; c'est-à-dire à environ 140-150 km de Lafayette. Mais ici aussi, les vents ont été assez violents dans la nuit de vendredi à samedi. Selon ce que j'ai pu voir à la météo, ils ont dû souffler à 120 km/h. Surtout, il a énormément plu pendant tout le passage du cyclone. Puis le temps s'est calmé et à partir de samedi soir, les précipitations sont devenues insignifiantes.
tf1.fr : Avez-vous eu le sentiment que les autorités étaient bien préparées ? Aviez-vous reçu un ordre d'évacuation ?
P-J C : Non, pas ici. L'ordre d'évacuer a concerné les habitants qui vivaient plus loin, vers Lake Charles. Les autorités locales avaient cependant mis en place un plan d'évacuation très précis. Mais il faut bien se rendre compte que, dans l'ensemble, ce genre de plan se résume à ceci : on conseille aux gens d'évacuer, en leur disant "débrouillez-vous". Les Etats-Unis sont un pays très décentralisé, il existe énormément de niveaux d'autorité différents. Et au niveau local, comme ici à Lafayette, il n'existe pas une présence étatique aussi poussée qu'en France. Il n'y a pas équivalent du préfet. Il est donc difficile de déclencher un plan d'alerte global, qui serait l'équivalent de notre "plan rouge".
(1) Pierre-Jean Charvolin exerce une activité de conseil dans le secteur pétrolier. Français, il est établi depuis six mois aux Etats-Unis, à Lafayette, la ville de Louisiane dont est originaire sa femme américaine. Jennifer Charvolin travaille pour le Conseil pour le développement du français en Louisiane, une agence d'Etat créée en 1968.
Photo d'ouverture : les dégâts à Lafayette (Louisiane) phographiés par Pierre-Jean Charvolin - DR
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