Dans les rues, des familles entières avec leurs enfants en bas âge attendent l'arrivée de l'aide humanitaire.Plus les heures passent, plus les images en provenance du sud des Etats-Unis donnent une idée de la catastrophe humanitaire à laquelle doivent faire face en urgence les autorités américaines. Trois cents soldats de retour d'Irak se sont déployés vendredi dans La Nouvelle-Orléans avec ordre d'ouvrir le feu sur les pillards et les émeutiers qui font régner le chaos dans la ville dévastée. "Ils ont des M-16 chargés. Ils savent comment tirer et tuer et sont plus que prêts à le faire si nécessaire et j'espère qu'ils le feront", a indiqué jeudi soir la gouverneure de l'Etat de Louisiane Kathleen Blanco, d'un ton extrêmement ferme. Pour rétablir l'ordre, quelque 22.000 Gardes nationaux sont également "en route" pour les zones sinistrées. Par ailleurs, tôt vendredi matin, des explosions ont été entendues et des incendies se sont déclarés, a annoncé la chaîne de télévision américaine CNN, ajoutant que des spécialistes en matériaux dangereux tentaient de gagner la ville.
Des corps en décomposition flottent dans les rues inondées de la Nouvelle-Orléans, tandis que des milliers de rescapés de l'ouragan attendent, épuisés et affamés, leur évacuation. Les opérations sont compliquées par les violences des gangs armés et les témoignages affluent sur les pillages dans les rues, les agressions d'automobilistes, les vols armés et les viols. Katrina a vraisemblablement fait "des milliers de morts" en Louisiane, a affirmé jeudi la gouverneure Kathleen Blanco, en estimant qu'il pouvait rester jusqu'à 300.000 personnes en attente d'évacuation dans l'ensemble de l'Etat. L'évaluation monte jusqu'à 10.000 morts dans le seul Etat de Louisiane quand on interroge un des sénateurs de cet Etat, le républicain David Vitter. Les autorités américaines n'ont jusqu'à présent confirmé que 125 morts dans le Mississippi, autre Etat du sud touché par le cyclone. Plus de 4.800 personnes ont été secourues par les équipes de sauvetage dans les Etats de Louisiane et du Mississippi, ont annoncé vendredi les autorités.
La moitié de la France
Devant l'ampleur de la catastrophe qui a dévasté quelque 235.000 kilomètres carrés soit l'équivalent de la moitié de la France, la Maison Blanche a finalement annoncé qu'elle accepterait des offres d'aide venues de l'étranger. Le Sénat américain, convoquée en urgence, a accordé jeudi soir à l'administration une rallonge budgétaire de 10,5 milliards pour financer les mesures d'aide qui devrait être définitivement approuvée vendredi après-midi par la Chambre des représentants.
Particulièrement inquiétante, la situation sanitaire et sécuritaire de milliers de sinistrés réfugiés dans le Superdome, le stade couvert de La Nouvelle-Orléans. Le maire de la ville, Ray Nagin, a lancé un "SOS désespéré" pour venir en aide aux 15.000 à 20.000 sinistrés regroupés dans le centre des Conventions, où la sécurité n'est plus assurée et où il n'y a plus de nourriture. Le chef de l'Etat a confié à son père, l'ancien président républicain George Bush, et à son prédécesseur démocrate Bill Clinton, le soin de coordonner les opérations de dons aux victimes comme ils l'avaient fait lors du tsunami de décembre. Par téléphone, sur l'internet, dans les magasins ou les sous-sols d'église, les Américains participent à un grand élan de générosité envers les sinistrés, qui a déjà permis de récolter près de 150 millions de dollars, selon différentes sources.
Sur la défensive, le président qui doit se rendre ce vendredi dans les zones sinistrées, a aussi rejeté les critiques sur sa gestion de la crise et la lenteur des opérations de secours. "J'espère que les gens ne vont pas faire de la politique politicienne", a-t-il dit. Ce qui ne l'a pas empêché, un peu avant de survoler les zones sinistrées, de dénoncer la faiblesse de la réponse initiale à la crise humanitaire. "Les résultats ne sont pas acceptables", a-t-il dit depuis la Maison Blanche. Il y a "beaucoup de gens qui travaillent durement pour aider ceux qui ont été touchés (par le cyclone) et je veux remercier les personnes pour leurs efforts. Je suis impatient de parler aux gens qui sont sur le terrain. Je veux garantir aux personnes qui sont dans les régions affectées ainsi qu'au pays que nous allons déployer les moyens nécessaires et maîtriser la situation".
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