Marchandages pour une chancellerie

Par Franck LEFEBVRE, le 19 septembre 2005 à 12h24 , mis à jour le 19 septembre 2005 à 21h47

Victorieuse en nombre de voix et de sièges, mais sans majorité pour gouverner, la CDU s'apprête, au lendemain des législatives allemandes, à de difficiles tractations avec les autres formations. Vaincu dans les urnes, mais disposant d'un ascendant psychologique après la contre-performance d'Angela Merkel, Gerhard Schröder veut troubler le jeu et revendique la chancellerie.

schroder_merkel_pas_content

La situation est inédite en Allemagne. Mathématiquement battu en nombre de voix et de sièges, Gerhard Schröder se retrouve pourtant, au lendemain des législatives, avec un avantage psychologique. Psychologique "seulement", pourrait-on dire, puisque cet ascendant ne semble pas lui laisser l'espoir de rester à la chancellerie. Mais le chancelier sortant croit à sa chance et continue à se battre. Dès dimanche soir, il s'est dit prêt à toutes tractations, avec toutes les formations (sauf les ex-communistes alliés aux déçus du SPD au sein du nouveau Parti de gauche) pour former une coalition. Angela Merkel pour sa part pointe le résultat (provisoire) du vote : la CDU a obtenu 35,2% des suffrages et 225 sièges, devant le SPD à 34,3% et 222 sièges. En toute logique, la chancellerie lui revient.

Mais cet écart si faible est une contre-performance si inattendue qu'elle ressemble à un échec : il y a un mois, la CDU était créditée de 43% des suffrages et d'une confortable majorité au Bundestag. Cette majorité, elle ne l'a plus ; elle s'est érodée au cours de la campagne. Angela Merkel, mal à l'aise devant les médias, souffrant d'une réputation de froideur, d'une image trop peu féminine, n'a pu trouver cette empathie avec l'électorat si naturelle à Schröder. Et le chancelier sortant, s'époumonnant de meeting en meeting, refusant la défaite, s'est battu jusqu'au bout pour arracher, dimanche soir, ce lot de consolation : Merkel a réuni plus d'électeurs, certes... mais elle hérite d'une Allemagne ingouvernable. C'est ce qu'a souligné, lundi matin, une presse européenne quasi-unanime. Les journaux allemands réunissaient pour leur part sur une même première page les photos d'Angela Merkel abattue et de Gerhard Schröder les bras levés. Et les dirigeants de l'UE observent avec inquiétude cette Allemagne menacée de paralysie.

Sur quelle base gouverner ?

Tout est suspendu aux tractations entre partis, qui vont commencer sous peu. Mathématiquement, la majorité la plus confortable devrait réunir dans une même coalition les ennemis d'hier, la CDU d'Angela Merkel et le SPD de Gerhard Schröder. Mathématiquement, cette coalition devrait être dirigée par Angela Merkel. "Nous sommes le plus gros groupe parlementaire et avons ainsi une mission gouvernementale claire", a-t-elle répété lundi avant une réunion de son parti. Mais Schröder n'a que faire des mathématiques et, poussant son avantage psychologique, revendique pour lui-même la direction d'une telle alliance... faute de quoi, elle n'existera pas. Embarras à la CDU, où l'on envisage d'autres scénarios possibles - telle une hypothétique coalition avec le FDP et les Verts. C'est l'hypothèse évoquée lundi par le secrétaire général de la CDU, Volker Kauder, ou encore par le ministre-président de Hesse Roland Koch. En face, l'adversaire qui refuse la défaite, Schröder toujours combatif, s'apprête aussi à négocier avec les autres formations. Il peut, lui aussi, essayer de convaincre une partie du FDP (même si les leaders libéraux ont a priori exclu cette option) et de rallier les Verts.

Angela Merkel, en quête d'une solution, a affirmé lundi ne pas avoir de "préférence" quant à la coalition qu'elle voudrait former et a annoncé des négociations avec les libéraux du FDP, le SPD et les Verts. Quant au président du SPD, Franz Müntefering, il a également invité les autres partis à des "discussions exploratoires" ; des lettres ont été envoyées à Angela Merkel, au président de la CSU Edmund Stoiber, au président du Parti libéral Guido Westerwelle et aux dirigeants des Verts Claudia Roth et Reinhard Bütikofer.

Dans un tel contexte, si les discussions qui vont s'engager n'ont pas abouti au 2 octobre, toute l'Allemagne retiendra son souffle en suivant le choix des 219.000 électeurs de la circonscription de Dresde. Le scrutin y a été reporté à la suite du décès d'une candidate, qui a nécessité de réimprimer les bulletins de vote. Jusqu'à trois mandats pourront y être en jeu. Là encore, les sondages et les mathématiques de la politique semblent exclure un retournement de situation en faveur du SPD, pour qui rafler les trois sièges tiendrait du miracle. Mais un avantage pour la formation de Gerhard Schröder, si ténu soit-il, ne manquerait pas d'être exploité au maximum par le chancelier sortant. Oubliant volontiers que cette amère victoire de la CDU est aussi la défaite du SPD, qui a fait dimanche un score historiquement bas. Car ces tractations de partis et ce duel de deux personnalités, encore en campagne électorale alors que le pays a déjà voté, masquent mal le grand échec de ce scrutin : celui des deux grandes formations allemandes devant l'émiettement des suffrages.

Photo d'ouverture : Angela Merkel et Gerhard Schröder à la télévision allemande - DR

Par Franck LEFEBVRE le 19 septembre 2005 à 12:24
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

17 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • PTITFRIDOLIN, le 19/09/2005 à 17h35

    L'échec de la CDU est celui d'une droite aux orientations par trop libérales et atlantistes. A bon entendeur, Sarkozy, salut ! L'échec de la SPD est celui d'une gauche libérale-sociale, qui ne parvient pas à rassembler son camp, qui ne se différencie pas suffisamment de la droite et qui... finit par gouverner avec elle. A bons entendeurs, Hollande, DSK, Lang, Aubry et autres sémillants "ouistes " du PS, salut !!! Pardon : auf wiedersehen !...

  • Roth, le 19/09/2005 à 16h55

    Je pense que cette élection à creusé un trou encore plus profond entre la gauche et la droite de ce pays et de tout les pays européens .

  • LOBA, le 19/09/2005 à 16h55

    LO RAN J APPRECIE LA PERTINENCE DE TON ANALYSE POLITIQUE TU NE DOIS PAS MILITER AU CDU MAIS AU CDC(cafe du commerce).JE VOULAIS DIRE QUE COMME LE PARLEMENT ELIT LE CHANCELIER IL SUFFIT DE QUELQUES VOIX DE LA VERITABLE GAUCHE POUR VIRER LA GRACIEUSE .

  • Chris, le 19/09/2005 à 16h54

    Et voilà la preuve que nos voisins d'outre-rhin sont plus intelligents que nous. En France on aurait eu un vote sanction contre Schroeder au profit de Merckel. En Allemagne à priori on vote encore en fonction de ses idées et pas contre le gouvernement précédent.

  • MORLOF, le 19/09/2005 à 16h33

    A TOUS LES GRINCHEUX ET ANTI-COMMUNISTES PRIMAIRES, LE COMMUNISME N EST PAS MORIBOND, UN NOUVEAU PARTI DE GAUCHE EST NE (de 4 % il est est passé à 8.6 %).QUANT A LA CDU FAIRE 35.2 % (PRESQUE 75 % ONT VOTE CONTRE) CELA SIGNIFIE QUE L ULTRA LIBERALISME EST LOIN DE SUSCITER UNE ADHESION ENTHOUSIASME...

  • Bob, le 19/09/2005 à 16h20

    Tiens donc, je croyais que les élections bordéliques étaient réservées aux USA, et que nous autres Européens pouvions nous poser en donneurs de leçons ? J'ai dû louper un épisode.

  • Citoyen, le 19/09/2005 à 16h07

    On ne peut esperer qu'une chose: que Schroeder retrouve la raison, pour le bien de l'Allemagne, de l'Europe et de l'ensemble de l'economie mondiale. Il faut remettre les Allemands au travail. Ils ont prouve apres la guerre qu'ils etaient capables d'etre productifs et performants.

  • Phil, le 19/09/2005 à 15h57

    Et voila en Allemagne comme en France le peuple en a tout simplement Ras le Bol des Politiciens qui se prennent pour des indéboullonables noblesses. Les idées nouvelles er révolutionnaires viendraient elle toujours de FRANCE pour conquerir l'Europe contre les "Vieilles Monarchies Etablies" !!!

  • CARLIER Jacquy, le 19/09/2005 à 15h49

    Ahhh, ça fait plaisir de voir que c'est le foutoir à côté aussi !

  • Roger, le 19/09/2005 à 15h38

    Voila bien un raisonnement de gauche, j'ai perdu les élections, je suis batu mais je veux rester chancelier. belle mentalité.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience