
La situation est inédite en Allemagne. Mathématiquement battu en nombre de voix et de sièges, Gerhard Schröder se retrouve pourtant, au lendemain des législatives, avec un avantage psychologique. Psychologique "seulement", pourrait-on dire, puisque cet ascendant ne semble pas lui laisser l'espoir de rester à la chancellerie. Mais le chancelier sortant croit à sa chance et continue à se battre. Dès dimanche soir, il s'est dit prêt à toutes tractations, avec toutes les formations (sauf les ex-communistes alliés aux déçus du SPD au sein du nouveau Parti de gauche) pour former une coalition. Angela Merkel pour sa part pointe le résultat (provisoire) du vote : la CDU a obtenu 35,2% des suffrages et 225 sièges, devant le SPD à 34,3% et 222 sièges. En toute logique, la chancellerie lui revient.
Mais cet écart si faible est une contre-performance si inattendue qu'elle ressemble à un échec : il y a un mois, la CDU était créditée de 43% des suffrages et d'une confortable majorité au Bundestag. Cette majorité, elle ne l'a plus ; elle s'est érodée au cours de la campagne. Angela Merkel, mal à l'aise devant les médias, souffrant d'une réputation de froideur, d'une image trop peu féminine, n'a pu trouver cette empathie avec l'électorat si naturelle à Schröder. Et le chancelier sortant, s'époumonnant de meeting en meeting, refusant la défaite, s'est battu jusqu'au bout pour arracher, dimanche soir, ce lot de consolation : Merkel a réuni plus d'électeurs, certes... mais elle hérite d'une Allemagne ingouvernable. C'est ce qu'a souligné, lundi matin, une presse européenne quasi-unanime. Les journaux allemands réunissaient pour leur part sur une même première page les photos d'Angela Merkel abattue et de Gerhard Schröder les bras levés. Et les dirigeants de l'UE observent avec inquiétude cette Allemagne menacée de paralysie.
Sur quelle base gouverner ?
Tout est suspendu aux tractations entre partis, qui vont commencer sous peu. Mathématiquement, la majorité la plus confortable devrait réunir dans une même coalition les ennemis d'hier, la CDU d'Angela Merkel et le SPD de Gerhard Schröder. Mathématiquement, cette coalition devrait être dirigée par Angela Merkel. "Nous sommes le plus gros groupe parlementaire et avons ainsi une mission gouvernementale claire", a-t-elle répété lundi avant une réunion de son parti. Mais Schröder n'a que faire des mathématiques et, poussant son avantage psychologique, revendique pour lui-même la direction d'une telle alliance... faute de quoi, elle n'existera pas. Embarras à la CDU, où l'on envisage d'autres scénarios possibles - telle une hypothétique coalition avec le FDP et les Verts. C'est l'hypothèse évoquée lundi par le secrétaire général de la CDU, Volker Kauder, ou encore par le ministre-président de Hesse Roland Koch. En face, l'adversaire qui refuse la défaite, Schröder toujours combatif, s'apprête aussi à négocier avec les autres formations. Il peut, lui aussi, essayer de convaincre une partie du FDP (même si les leaders libéraux ont a priori exclu cette option) et de rallier les Verts.
Angela Merkel, en quête d'une solution, a affirmé lundi ne pas avoir de "préférence" quant à la coalition qu'elle voudrait former et a annoncé des négociations avec les libéraux du FDP, le SPD et les Verts. Quant au président du SPD, Franz Müntefering, il a également invité les autres partis à des "discussions exploratoires" ; des lettres ont été envoyées à Angela Merkel, au président de la CSU Edmund Stoiber, au président du Parti libéral Guido Westerwelle et aux dirigeants des Verts Claudia Roth et Reinhard Bütikofer.
Dans un tel contexte, si les discussions qui vont s'engager n'ont pas abouti au 2 octobre, toute l'Allemagne retiendra son souffle en suivant le choix des 219.000 électeurs de la circonscription de Dresde. Le scrutin y a été reporté à la suite du décès d'une candidate, qui a nécessité de réimprimer les bulletins de vote. Jusqu'à trois mandats pourront y être en jeu. Là encore, les sondages et les mathématiques de la politique semblent exclure un retournement de situation en faveur du SPD, pour qui rafler les trois sièges tiendrait du miracle. Mais un avantage pour la formation de Gerhard Schröder, si ténu soit-il, ne manquerait pas d'être exploité au maximum par le chancelier sortant. Oubliant volontiers que cette amère victoire de la CDU est aussi la défaite du SPD, qui a fait dimanche un score historiquement bas. Car ces tractations de partis et ce duel de deux personnalités, encore en campagne électorale alors que le pays a déjà voté, masquent mal le grand échec de ce scrutin : celui des deux grandes formations allemandes devant l'émiettement des suffrages.
Photo d'ouverture : Angela Merkel et Gerhard Schröder à la télévision allemande - DR
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