© afpCôté français, Dominique de Villepin a soutenu que la relation entre la France, fortement affaiblie en Europe par le rejet de la Constitution, et l'Allemagne, ne pouvait être altérée "par aucune élection". Ce qu'a rappelé dimanche soir la ministre aux Affaires européennes Catherine Colonna, selon laquelle la relation entre la France et l'Allemagne "transcende" les alternances politiques et le couple franco-allemand "restera le moteur de l'Europe". Avant le scrutin du 18 septembre, et son court avantage sur Schröder qui devrait toutefois lui permettre de devenir la première chancelière d'Allemagne, Angela Merkel a pourtant fait entendre sa différence. Elle a certes promis la survie du moteur franco-allemand, à condition toutefois qu'il ne soit ni "exclusif" ni "dirigé contre les autres" pays de l'Union européenne, dans une allusion aux voisins de l'Est de l'Allemagne.
"Les procédures, les habitudes et les nécessités font qu'il ne peut pas y avoir de rupture" entre Paris et Berlin, explique Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman à Paris. Mais, pour lui, "il y a quelque chose de mécanique aujourd'hui dans la relation franco-allemande qui nécessite d'être relégitimé". Chirac et Schröder "ont réussi à se rapprocher, mais dans la défense purement tactique d'intérêts (Politique agricole commune, budget, Irak)", relève Aurore Wanlin, du Centre for european reform, basé à Londres. "C'est un moteur qui tourne à vide", estime-t-elle. Pour Sylvie Goulard, spécialiste de la relation franco-allemande et enseignante au Collège d'Europe à Bruges (Belgique), Merkel "remettra en cause, et c'est une bonne chose, certaines dérives Schröder-Chirac".
"Inciter le couple franco-allemand à bouger"
La nature de cette relation reste aussi très dépendante du chef de l'Etat français, qui a la haute main sur la diplomatie de son pays. Or, "entre Chirac et Merkel, ce n'est pas très bien parti", estime Guillaume Durand, de l'European policy centre, basé à Bruxelles. La décision de Jacques Chirac de rencontrer Gerhard Schröder à Rheinsberg en fin de campagne électorale, réunion finalement annulée en raison de son hospitalisation, avait été "très mal vécue par l'entourage de Merkel", renchérit Jean-Dominique Giuliani. En outre, sur certains sujets de politique étrangère, Paris et Berlin se retrouveront en porte-à-faux. Angela Merkel a ainsi remis en cause l'axe Paris-Berlin-Moscou, en affirmant que les relations avec la Russie ne doivent plus "se faire par-dessus la Pologne". Elle est aussi opposée à l'adhésion de la Turquie à l'UE et prône un partenariat renforcé avec les Etats-Unis comprenant un rôle accru de l'Otan.
La clé d'une nouvelle impulsion est sans doute à chercher du côté de l'économie. Car, souligne Jean-Dominique Giuliani, "l'essentiel des difficultés du couple franco-allemand est de nature économique". "Merkel pencherait plus du côté de Tony Blair que du côté français", dit Aurore Wanlin. "Mais elle va se retrouver dans la même position que Gerhard Schröder : s'appuyer sur les Français, sur le budget ou sur la PAC, est souvent plus facile". Pour Sylvie Goulard, "tout ce qui va relancer l'économie allemande peut créer en France un effet d'entraînement". Et "inciter le couple franco-allemand à bouger".
Photo d'ouverture : Jacques Chirac et Gerhard Schröder - archives
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