
Géographiquement, La Nouvelle-Orléans ressemble à une cuvette. Au nord, l'immense lac Pontchartrain. Au sud, le fleuve Mississippi. A l'est, un peu plus loin, le lac Borgne. Une position géographique qui a favorisé la catastrophe. Construite largement sous le niveau de la mer et cernée de plans d'eau, la ville s'est retrouvée presque complètement submergée, trahie par sa forteresse de digues qui ont cédé dans le sillage du cyclone Katrina.
Fatalité ? "Personne n'avait prévu que les digues pourraient céder", a affirmé George W. Bush. Rien n'est plus faux, pourtant : l'agence gouvernementale chargée de la prévention et la gestion des catastrophes, la FEMA (Federal emergency management agency), avait prévenu il y a quatre ans qu'un cyclone ou une inondation à La Nouvelle-Orléans faisait partie des trois catastrophes majeures qui menaçaient l'Amérique, avec une attaque terroriste sur New-York. Mais au lieu d'augmenter les financements pour consolider cette ville de 1,4 million d'habitants, les autorités ont réduit les crédits destinés à renforcer et réparer les digues, alors que l'Amérique partait en guerre en Irak et lançait sa guerre au terrorisme.
Nombre de morts, difficultés des secours : tout avait été annoncé
"Ce désastre n'attendait que le moment", estime John Rennie, rédacteur en chef de Scientific American, la bible américaine de la science et de la technologie. "Depuis des années, il y a une multitude d'avertissements sur la vulnérabilité de la ville si des travaux critiques de reconstruction, qui ont pris du retard, n'étaient pas entrepris". Scientific American avait prévenu dès 2001 que l'état de dégradation des digues de la ville et des systèmes de pompage, le développement des zones immobilières et l'insuffisance d'itinéraires d'évacuation faisaient peser sur La Nouvelle-Orléans un risque sérieux de catastrophe humanitaire débouchant sur le blocage de plus de 250.000 personnes et la mort de milliers d'entre elles.
Malgré ces avertissements, en 2005, l'administration Bush a réduit de 80% le budget prévu de 27,1 millions de dollars demandé par le Génie civil de l'armée pour améliorer les digues, qui est tombé dans un premier temps à 3,9 millions avant d'être légèrement relevé par le Congrés à 5,7 millions (contre 10 millions de dollars en 2001). Le budget prévu de 100 millions de dollars demandé par l'organisme de contrôle des crues de Louisiane a été réduit à 34 millions de dollars, contre 69 millions en 2001. Mercredi, le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan, avait pourtant nié tout sous-financement par l'administration, affirmant qu'il n'avait reçu aucune plainte du Génie civil de l'armée. "Nous avons ignoré le problème jusqu'à la catastrophe", souligne Mark Fischetti, éditorialiste au Scientific American Magazine, dans une tribune publiée par le New York Times vendredi.
Un journal de la Nouvelle-Orléans, Times-Picayne, avait également averti - dans une série d'articles qui lui ont valu le prix Pulitzer en 2002 - contre l'impréparation et l'inadéquation des digues censées protéger la ville. Les prédictions qu'il faisait à l'époque se sont depuis dramatiquement vérifiées. L'article évaluait à 200.000 le nombre d'habitants qui ne voudraient ou ne pourraient pas suivre les consignes d'évacuation, à plusieurs milliers le nombre de morts ; il prédisait déjà que des habitants seraient regroupés dans le Superdome, et que les secours ne pourraient accéder à la ville à cause des routes impraticables.
Photo d'ouverture : la brèche d'une des digues qui protègent la Nouvelle-Orléans - DR
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