
Jeudi, dès le début de matinée, un an après le drame, des dizaines de familles de Beslan ont afflué, des fleurs à la main, vers l'école en ruines drapée de tissus rouges frappés de colombes blanches envoyés par des écoliers du monde entier. A 9H15, quatre coups de cloche ont résonné, rappelant le début de la prise d'otages de l'école occupée par un commando pro-tchétchène. Puis le Requiem de Mozart a retenti, pour marquer le début de cérémonies de deuil devant durer trois jours, comme la prise d'otages.
Rapidement, des centaines de personnes ont formé une longue file pour déposer leurs fleurs dans le gymnase, où la majorité des victimes ont péri. Deux plaques de marbre noir où s'écoule de l'eau y symbolisent un "mur de pleurs". Sanglots et cris sont alors montés dans l'enceinte, sous l'oeil de dizaines de caméras de télévision russes et étrangères. Les 331 photos des disparus tapissaient les murs criblés de balles. Certains priaient en silence. D'autres se frappaient la poitrine en implorant le ciel. Signe de la tension en ce jour de deuil, Lidia Tsalieva, la directrice de l'école N°1, que de nombreux parents tiennent pour en partie responsable de la tragédie (bien qu'elle y ait perdu trois membres de sa famille), a été conspuée par la foule et a dû être évacuée.
Poutine montré du doigt
Les seuls responsables officiels présents étaient le président de la république d'Ossétie du Nord, où est située Beslan, Taïmouraz Mamsourov, et le représentant du Kremlin pour la région du sud de la Russie, Dmitri Kozak. Tous deux ont rencontré pendant une heure les membres du Comité des mères de Beslan au siège de l'organisation, avant de partir sans un commentaire, alors qu'une trentaine de caméras les attendaient.
"Nous continuerons d'enquêter pendant des années. Nos enfants ont brûlé, ont été abattus, mais Kozak ne veut pas se mêler de ça", a commenté Ella Tetaeva, membre du Comité ayant participé à la rencontre. Dans une lettre ouverte "aux chefs d'Etat des pays démocratiques" qu'elle a lue un peu plus tôt devant l'école, Mme Tetaeva a demandé l'asile à l'étranger, en signe de protestation contre l'absence de vérité sur Beslan. "Nous savons qui, au nom de son image politique, a dédaigné les négociations avec les terroristes", accuse-t-elle avec des dizaines de proches de victimes signataires de la lettre dans une allusion à peine voilée à Vladimir Poutine. Mme Tetaeva fait partie de celles au sein du Comité qui se sont opposées à la rencontre prévue vendredi à Moscou avec Poutine, alors que la mauvaise gestion de la crise et l'absence d'enquête indépendante est largement dénoncée.
Dans le reste de la Russie, une minute de silence a été décrétée, à laquelle s'est joint le président Poutine lors d'une intervention devant des étudiants à Krasnodar. "Ne prononçons pas de paroles inutiles dans cette situation et observons le silence pendant quelques secondes. Souvenons-nous des enfants, de ceux qui sont morts, qui ont été victimes des terroristes", a dit Vladimir Poutine, dans des propos retransmis à la télévision.
Photo d'ouverture : une des mères de Beslan présentes aux cérémonies - DR
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