
La confusion est totale à Berlin : les élections législatives anticipées de dimanche, qui devaient ouvrir la voie "à un nouveau départ", selon Angela Merkel, ont donné un résultat à contre-pied des sondages, avec un net recul de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) qui, comme le Parti social-démocrate (SPD), enregistre l'un de ses plus mauvais scores de l'après-guerre. Si la chrétienne-démocrate Angela Merkel a gagné son pari en devançant le chancelier social-démocrate sortant Gerhard Schröder, l'écart est si faible qu'aucun camp ne dispose d'une majorité absolue des sièges au Bundestag. Conséquence : ils ont tous deux revendiqué dimanche soir la direction du gouvernement. Une situation totalement inédite, avec au bout le spectre de l'absence d'accord tant le fossé semble profond et les rivalités personnelles exacerbées, ce qui pourrait entraîner une nouvelle dissolution du Bundestag tout juste élu, de nouvelles élections et ainsi la paralysie politique, sur le plan intérieur comme international, du plus important pays européen, déjà souvent qualifié "d'homme malade de l'Europe".
Selon les résultats officiels provisoires publiés dans la nuit par la Commission électorale, la CDU et sa petite soeur bavaroise (CSU) recueillent 35,2% des voix (38,5% en 2002) et leur allié libéral (FDP) 9,8% (7,4% en 2002). Ce qui donne un total de 45%, alors qu'il faut recueillir au moins 48,5% des voix pour disposer de la majorité absolue des sièges au Bundestag, la chambre basse du Parlement. Dans ce contexte, pour le résultat final, il faudra peut-être même attendre l'élection législative partielle dans la circonscription de Dresde-I (ex-RDA), reportée au 2 octobre en raison du décès d'une candidate. Un mandat direct et de un à deux mandats à la proportionnelle sont en jeu dans cette circonscription qui compte 219.000 électeurs.
Longues et délicates tractations à venir
Un résultat qui contraint pratiquement à un gouvernement de "grande coalition" chrétien-démocrate/social-démocrate, une hypothèse que ces deux partis avaient refusé d'envisager jusqu'à dimanche soir et qui n'a connu qu'un seul précédent, de 1965 à 1969. En tous cas, la formation d'un gouvernement, quel qu'il soit - "grande coalition" CDU-SPD avec Merkel comme chancelière ou SPD-CDU avec Gerhard Schröder à sa tête, coalition SPD-Verts avec peut-être une partie du FDP - va donner lieu dans les prochains jours, tous azimuts, à de longues et délicates tractations entre tous les partis, à l'exception de la gauche radicale. Le SPD de Gerhard Schröder, recule à 34,3% (38,5 en 2002) de même que son allié Verts (8,1% au lieu de 8,6 en 2002). Les sociaux-démocrates, avec leur plus mauvais score depuis 1957 (31,8%), ont souffert de la concurrence du nouveau Parti de gauche, rassemblant les néo-communistes à l'est et les déçus du SPD à l'ouest : cette gauche plus radicale recueille, sous la houlette de l'ex-communiste Gregor Gysi et de l'ancien président du SPD Oskar Lafontaine, ennemi juré de Gerhard Schröder, 8,7% des suffrages contre seulement 4% en 2002 à l'ancien PDS.
"Défaite grandiose pour Merkel"
Pourtant, Gerhard Schröder, parlant d'une "défaite grandiose" d'Angela Merkel, a affirmé qu'il voulait rester à la tête du gouvernement, récusant ainsi l'idée d'une victoire de l'opposition. Pour former un gouvernement, il veut mener des pourparlers dès ce lundi avec tous les partis politiques à l'exception des ex-communistes du Parti de gauche. Dans un débat télévisé, en présence d'une Angela Merkel stupéfaite, Gerhard Schröder a mis la barre encore plus haut: avec ce résultat, Angela Merkel ne peut prétendre "aspirer au pouvoir" et elle "n'obtiendra pas de grande coalition avec le SPD sous sa direction". Dans la mesure où sociaux-démocrates et Verts rejettent tout accord avec la gauche radicale, l'espoir de Gerhard Schröder réside dans un accord très hypothétique avec les libéraux du FDP ou du moins une forte partie d'entre eux. Or, le président du parti, Guido Westerwelle, s'est lié depuis longtemps à Angela Merkel. M. Westerwelle a de nouveau récusé dimanche soir tout renversement d'alliance au profit du SPD. Et, dans la nuit, l'espoir secret du chancelier de finir par disposer du plus important groupe parlementaire, bien qu'il soit derrière la CDU-CSU en voix, a été anéanti : la Commission électorale donnait à la CDU-CSU trois sièges de plus qu'au SPD, 225 députés contre 222.
Pour sa part, Angela Merkel a estimé que "le gouvernement rouge-vert avait été désavoué" et souligné que la CDU, en tant que premier parti à l'issue du scrutin, avait "un mandat clair pour former le gouvernement" et qu'elle entamerait des négociations "avec tous les partis démocratiques, à l'exclusion du Parti de gauche". Une déclaration qui ne peut masquer son échec à constituer un gouvernement avec ses alliés libéraux. Le score de la CDU, très en-dessous des sondages lui accordant 41/42% des voix, est la grosse surprise du scrutin, les chrétiens-démocrates réalisant leur troisième plus mauvais score de l'après-guerre après 1949 (31%) et 1998 (35,1%). Cette contre-performance d'Angela Merkel n'est que partiellement compensée par le surprenant bond en avant des libéraux, qui ont vraisemblablement bénéficié du vote d'électeurs soucieux d'éviter un gouvernement de "grande coalition" CDU-SPD. Si Angela Merkel, 51 ans, "Angie", comme la surnomment affectueusement ses fans, a réussi son pari de battre Gerhard Schröder et peut devenir la première chancelière de l'histoire allemande, elle a subi un camouflet d'envergure en faisant nettement moins bien que le candidat conservateur de 2002, le Bavarois Edmund Stoiber, qui n'avait été devancé que de moins de 7.000 voix.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




