
L'objet de la "votation" qui avait lieu dimanche en Suisse était d'étendre aux dix pays qui ont adhéré en mai 2004 à l'UE un accord de libre circulation des personnes qui est déjà entré en vigueur en 2002 avec l'Europe des Quinze. Les 4,8 millions d'électeurs suisses ont dit "oui" à 56%, selon les premières estimations de l'institut Gfs. Des résultats officiels portant sur 19 des 26 cantons suisses donnent le oui gagnant dans 13 cantons, avec des marges allant de 51% à 64%. La Suisse romande s'est prononcée largement pour le oui (58% à Genève) tandis que le non l'emporte, à plus de 54%, dans quatre cantons germanophones de Suisse centrale. Ce scrutin se décide à une double majorité, des votants et des cantons.
Les partisans du non - qui se recrutent notamment dans la droite populiste de l'Union démocratique du centre (UDC, premier parti de Suisse) et dans l'extrême gauche - avaient tenté de jouer sur les craintes pour l'emploi et la souveraineté. Ils n'avaient pas hésité à prendre comme boucs émissaires les dizaines de milliers de frontaliers français qui travaillent en Suisse, les accusant d'aggraver le chômage à Genève, alors qu'ils n'ont rien à voir avec le référendum de dimanche. Les tenants du oui (gouvernement, milieux économiques, syndicats), ont fait miroiter les débouchés économiques en Europe de l'Est et ont promis davantage de conventions collectives et d'inspecteurs du travail.
Mesures de contrôle renforcées pour éviter le dumping social
L'extension de l'accord qui était en jeu dimanche permettra aux ressortissants des dix nouveaux pays membres de s'établir et de travailler en Suisse plus facilement, la réciproque étant offerte aux Suisses dans ces Etats. Cette ouverture se fera progressivement, avec des contingents jusqu'en 2011 au moins. Des mesures de contrôle renforcées sont prévues pour éviter le dumping social, symbolisé par le fameux plombier polonais.
La Suisse est restée jusqu'à présent aux portes de l'UE, son principal partenaire commercial. 77% des Suisses ont rejeté en 2001 l'idée d'adhérer et ils ne sont toujours que 30% à souhaiter rejoindre l'Union, selon un récent sondage. Mais elle s'est rapprochée de l'Europe en signant depuis 1999 une série d'accord de coopération sectoriels (commerce, travail, éducation, recherche, etc.). Un "non" ce dimanche aurait remis en cause cette coopération, en introduisant une discrimination entre anciens et nouveaux membres de l'Union difficilement acceptable pour Bruxelles - ce qu'avait reconnu à demi mot vendredi la Commission européenne, qui avait exprimé ses inquiétudes. Le "oui" conforte au contraire l'approche bilatérale choisie depuis 1999 par Berne pour se rapprocher de l'UE sans y adhérer.
Photo d'ouverture : électeur suisse mettant son bulletin dans l'urne lors de la "votation" de dimanche - DR
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