Le président Viktor Iouchtchenko a limogé jeudi tout son gouvernement, espérant avec ce geste radical faire taire les accusations de corruption et mettre fin aux divisions de son équipe. Une décision qu'il a annoncée lui-même à la télévision ukrainienne. Pour remplacer Ioulia Timochenko, charismatique passionaria de la Révolution orange, Viktor Iouchtchenko a nommé Premier ministre par intérim un de ses alliés de longue date, Iouri Ekhanourov, actuel gouverneur de la région de Dnipropetrovsk. Economiste réformateur ayant une longue expérience politique, Iouri Ekhanourov, 57 ans, est une personnalité modérée. "J'ai pour principal objectif d'assurer la stabilité, a-t-il dit. Je vais m'attacher à former le gouvernement".
Parallèlement, le chef de l'Etat a démis de ses fonctions l'influent chef du Conseil de sécurité nationale, Petro Porochenko, accusé par ses adversaires du gouvernement d'avoir profité de ses fonctions pour s'enrichir. Il s'agit, a expliqué Viktor Iouchtchenko, de mettre un terme au conflit qui déchire les membres de la coalition au pouvoir et gêne maintenant la réalisation des objectifs fixés, alors que les réformes stagnent et que l'économie enregistre des signes de faiblesse. "Nous sommes face à un paradoxe", a-t-il dit. "Des personnalités nouvelles sont arrivées au pouvoir, mais le visage du pouvoir n'a pas changé. L'Ukraine reste critiquée pour sa corruption et l'économie de l'ombre". Le problème essentiel rencontré au cours des derniers mois a été la réticence à travailler ensemble, a-t-il estimé, précisant avoir dû jouer les intermédiaires pour maintenir la paix.
A la recherche de "l'esprit d'équipe"
"La confiance était tombée au point zéro", a noté le président ukrainien. Viktor Iouchtchenko va désormais devoir reconstituer rapidement une coalition unie, ayant "l'esprit d'équipe". Et rentré d'urgence à Kiev, le nouveau Premier ministre menait ses premières consultations jeudi soir. Mais la tâche s'annonce difficile, même si le président russe Vladimir Poutine assure que la situation n'est pas si grave. "Il ne faut pas dramatiser" la crise politique en Ukraine, a-t-il estimé depuis Berlin, ajoutant que le Kremlin apportait "son soutien au peuple et à la direction ukrainienne".
C'est la démission samedi dernier du secrétaire d'Etat Olexandre Zintchenko, accusant Petro Porochenko de corruption, suivie jeudi par celles d'autres responsables, qui a mis sur la place publique les vives rivalités divisant l'élite politique ukrainienne. En particulier, la lutte opposant le clan de Ioulia Timochenko, une libérale jouissant d'un fort soutien populaire, à celui de Petro Porochenko, ancien oligarque ayant des appuis au sein des forces de sécurité, dont la nomination visait à assurer un contre-poids aux ambitions de Timochenko.
La crise est de fait loin d'être terminée. Le chef des Services de sécurité (SBU), Olexandre Tourtchinov, allié de Ioulia Timochenko, a estimé que le limogeage du gouvernement mettait "en danger la sécurité nationale" et a démissionné. Et face à la crise, le chef du Parlement, Volodymyr Litvine, a écourté un voyage à New York pour revenir en Ukraine. Le leader de la Révolution orange, dont la cote de popularité a baissé, doit vite renouer avec la confiance, lui qui a fait de l'intégrité son credo depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2005 et entend faire entrer son pays dans l'Union européenne.
Photo d'ouverture : Ioulia Timochenko, l'égérie de la "révolution orange" (à droite) apprenant la nouvelle de la dissolution de son gouvernement. A gauche, Petro Porochenko, qui a démissionné de ses fonctions de secrétaire du Conseil de sécurité et de défense nationale - DR







