
Oskar Lafontaine peut savourer sa revanche. En s'ancrant à gauche, il a ravi des voix à Gerhard Schröder, son ennemi juré. Et son tout nouveau parti entre au Bundestag. La nouvelle formation de gauche emmenée par l'ex-communiste Gregor Gysi et l'ancien président du Parti social-démocrate (SPD), Oskar Lafontaine, totalise quelque 8,5% des suffrages, contre seulement 4% en 2002 à l'ancien PDS néo-communiste, selon les estimations des télévisions publiques portant sur des bulletins de vote déjà dépouillés. C'est la première fois depuis les années 1950 "qu'une force de gauche prend de l'ampleur dans les Etats d'Allemagne de l'ouest", s'est réjoui Gregor Gysi. "Avec nous le pays va changer", a-t-il affirmé. "Nous sommes une grande force de gauche en Allemagne", a jubilé Oskar Lafontaine.
En s'alliant à l'Alternative électorale pour le travail et la justice sociale (WASG), réunissant des déçus de la social-démocratie à l'ouest du pays, les néo-communistes du PDS vont obtenir une assise dans les régions occidentales qui leur faisaient cruellement défaut, le parti n'étant implanté jusque-là qu'en ex-RDA. Baptisés Parti de gauche, l'ex-PDS et la WASG ont réussi leur pari en franchissant nettement le seuil de 5% nécessaire pour être représenté au Bundestag. Un score dopé par les voix des anciennes régions communistes, où cette formation rafle environ 25% des suffrages, contre 16,9% pour le PDS il y a trois ans.
"Nous allons faire danser le Bundestag"
Avec 8% d'intentions de vote le 18 septembre, avait-il lancé à l'un de ses derniers meetings de campagne, "nous allons faire danser le Bundestag". Conséquence de l'arrivée de cette gauche plus radicale: le SPD du chancelier Schröder réalise avec un peu plus de 34% des suffrages son plus mauvais score depuis 1957 (31,8%), tandis que l'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel totalise environ 35%, son troisième plus mauvais résultat de l'après-guerre après 1949 (31%) et 1998 (35,1%). A travers ce résultat prédit par de nombreux instituts de sondages, qui allaient jusqu'à le créditer de 11% des intentions de vote, le Parti de gauche prive à la fois le tandem SPD-Verts et l'alliance entre conservateurs et libéraux d'une majorité absolue au Bundestag.
Tout au long de la campagne électorale, le Parti de gauche a fustigé les réformes sociales du gouvernement Schröder et axé son programme sur les acquis sociaux, notamment un salaire minimum, un niveau de retraites minimum et des allègements fiscaux pour les petits revenus. Un catalogue de promesses vivement critiqué par nombre d'hommes politiques et d'experts, le jugeant impossible à financer. Un argument contesté par l'un de ses dirigeants assurant que ces propositions pourraient être financées si "l'on arrive enfin à faire contribuer au bien de la communauté les gens aisés et les gros salaires comme il se doit". "Quoi que l'on vote, Schröder ou Merkel, nous n'avons pas d'option", avait récemment déclaré Oskar Lafontaine, qui a rendu sa carte du SPD il y a quelques mois et fait régulièrement l'objet de controverses, notamment en raison de propos sur "les travailleurs étrangers" considérés par ces critiques comme "xénophobes".
Photo d'ouverture : Oskar Lafontaine, se réjouissant dimanche soir du résultat des législatives - DR
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