
Après les affrontements passés, Jacques Chirac a joué à Hampton Court la conciliation avec Tony Blair pour "remettre l'Europe en marche", mais sans rien céder sur le budget ou la politique agricole, laissant augurer une trève de courte durée. Le président français a lui même donné le premier coup de canif au climat consensuel de ce sommet informel, près de Londres, en avertissant que la France pourrait mettre son véto à un accord en décembre à Hong Kong sur la libéralisation du commercial mondial si la PAC était remise en cause.
Avant Hampton Court, les diplomates français avaient prévenu que Jacques Chirac ferait son possible pour ne pas aggraver la crise provoquée par le non des Français et des Néerlandais à la Constitution européenne et par l'impasse sur le budget. "Il était convenu de ne pas se livrer à une guerre des modèles", le "libéral" défendu par le Premier ministre britannique et le "social" dont se revendique Jacques Chirac, un débat qui aurait à nouveau dressé une moitié des Européens contre l'autre, a affirmé un diplomate français. Lors de son intervention à huis clos, Jacques Chirac a ainsi appelé les 24 chefs d'Etat et de gouvernement à être "rassemblés et unis" et a formulé une série de propositions "concrètes" sur l'innovation, l'immigration ou le réchauffement climatique, autant d'idées recoupant les cinq "domaines prioritaires" identifiés par Tony Blair.
"Un temps de respiration européen"
Jacques Chirac a notamment proposé d'investir 30 milliards d'euros supplémentaires d'ici 2013 dans la recherche et l'innovation, en suggérant de recourir principalement à des financements de la Banque européenne d'investissement (BEI). Il "a apporté des propositions concrètes qui vont dans le sens de ce que la présidence britannique a souhaité", a ajouté le même diplomate qui affirme que l'idée des Britanniques était d'avoir "un temps de respiration européen" afin de créer "une atmosphère plus calme" avant la discussion sur le budget 2007-2013. A la suite d'une demi-douzaine de leaders européens, Jacques Chirac a bien évoqué jeudi matin la question du budget, mais simplement "en passant", a affirmé le diplomate. Chirac et Blair ont également tous deux appuyé la création d'un fonds spécial pour aider les travailleurs à s'adapter à la mondialisation, une idée devant laquelle de nombreux dirigeants ne cachent pas leur réticence.
Cette trêve d'un jour a même trouvé une illustration gastronomique: les 25 ont eu droit pour leur déjeuner à du pudding au toffee, une spécialité bien britannique mais ont bu du Bordeaux, un Pomerol 1986. Mais, dès la reprise des travaux, le président français a tiré une première salve, en rappelant les lignes rouges de la France dans les négociations de l'OMC. Même si le sujet n'était pas à l'ordre du jour, Jacques Chirac a mis les points sur les i à la veille d'une réunion à Bruxelles des ambassadeurs des 25 et avant que la Commission européenne ne fasse de nouvelles offres à Genève à l'OMC. La France, a-t-il dit devant les 24 autres dirigeants européens, "n'acceptera aucune remise en cause de la PAC telle que réformée en 2003", alors que Tony Blair pousse à de nouvelles réformes de la PAC qui absorbe 40% du budget communautaire. Il a ajouté qu'elle "se réserve le droit de ne pas approuver à Hong Kong un accord" sur la libéralisation du commerce mondial en négociation depuis 1999.
(photo d'archives : Blair, à droite ; Chirac, à gauche)
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