
El Pais publie samedi matin un rapport officiel indiquant que les balles à l'origine de la mort d'au moins deux clandestins lors d'une prise d'assaut de la frontière à Ceuta, jeudi dernier, n'ont pas été tirées par la garde civile espagnole. Selon cette expertise, les coups de feu auraient même été tirés du côté marocain, le pays voisin. Quatre ou cinq personnes, selon les bilans, ont trouvé la mort dans des circonstances qui restent encore très floues.
"Je nie catégoriquement que nos forces aient à quelque moment que ce soit fait usage de leurs armes. Quel intérêt aurions-nous eu à tirer sur des immigrés clandestins?", a répondu samedi un haut gradé marocain sous couvert de l'anonymat. A l'appui de ses dires, l'officier affirme qu'aucun impact de balle dans le dos n'a été relevé. Ce dernier estime par ailleurs que des balles de caoutchouc, projectile apparemment utilisé jeudi dernier, peuvent tuer "si elles sont tirées à bout portant".
Cuivrées et non argentées
Quelques heures après le passage massif de 500 immigrés dans l'enclave espagnole, les services de sécurité marocains avaient indiqué que deux des victimes avaient été touchées par des balles en caoutchouc tirées du côté espagnol. Mais le rapport publié par le quotidien espagnol est formel : le seul projectile retrouvé est "argenté" alors que les balles espagnoles sont cuivrées.
De plus, la balle retrouvée présente des marques indiquant qu'elle avait effectué une rotation dans le sens des aiguilles d'une montre à l'intérieur du canon de l'arme, alors que les armes de la garde civile espagnole impriment aux balles une rotation inverse.
Renforcement policier
Après avoir parlé de mort par étouffement ou par blessure, les autorités espagnoles ont indiqué vendredi que les deux immigrants morts côté espagnol avaient été touchés par des "impacts de balles". El Pais indiquait le même jour qu'une des victimes du côté marocain avait été atteinte par des chevrotines. Plusieurs médias espagnols ont cité un rapport de la police de Ceuta selon lesquels les gendarmes marocains ont ouvert le feu. Une enquête conjointe est en cours mais ni ses modalités ni sa date de conclusion n'ont été rendues publiques.
La polémique persiste sur la pertinence du déploiement de militaires à Ceuta et Melilla, 640 du côté espagnol et 1600 du côté marocain. MSF s'est inquiété de ce renforcement de la présence policière, craignant des dérapages contre les immigrants. Une organisation parasyndicale de l'armée espagnole a attiré l'attention sur le fait que les troupes envoyées "ne sont pas préparées pour ce type de services, au caractère policier". "Ils porteront des armes à feu mais ne pourront pas tirer", a rassuré un porte-parole de la garde civile, rappelant que ces renforts seraient sous coordination policière.
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