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Les chefs de la diplomatie européens, réunis dimanche soir à Luxembourg, espéraient convaincre l'Autriche de surmonter son hostilité à l'adhésion de la Turquie à l'UE, pour approuver sur le fil le cadre de négociation indispensable à l'ouverture lundi soir des pourparlers avec Ankara. Le ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw, dont le pays préside les 25, a affirmé que ne pas respecter ce rendez-vous "représenterait un échec pour l'Union européenne". Mais l'Autriche a bloqué jusqu'ici un accord unanime sur les principes directeurs des pourparlers, en plaidant pour qu'une "alternative" à l'adhésion soit prévue. Or, la Turquie rejette catégoriquement cette idée. Depuis son pays, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a estimé que l'UE devait choisir entre être un "acteur mondial" ou un "club chrétien". Son ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gül, a prévenu qu'un démarrage des négociations devrait avoir lieu lundi ou jamais.
Un échec des 25 à s'entendre dans les temps risquerait d'enfoncer un peu plus l'UE dans la crise ouverte par le double non aux référendums français et néerlandais sur la Constitution européenne, et de renforcer les tensions avec Ankara. Le Haut représentant pour la politique étrangère de l'Union, Javier Solana, a dit dimanche soir "ne pas vouloir penser aux dégâts" d'une telle situation. "Je pense que nous allons trouver un accord ce soir", a-t-il prédit. "Nous allons nous écouter les uns les autres et (nous allons) nous rapprocher dans un bon esprit européen", a renchéri la ministre autrichienne, Ursula Plassnik. Et pour Jack Straw, intégrer Ankara dans l'UE serait "le meilleur moyen disponible pour relier" les mondes chrétien et musulman. "Nous voulons que la Turquie rejoigne l'UE car c'est un pays européen. On lui promet l'adhésion... depuis 42 ans", a-t-il insisté.
... et la Croatie ?
Confortée par une opinion massivement hostile à une adhésion turque, l'Autriche veut modifier un compromis difficilement trouvé en décembre 2004. Le texte, repris dans le cadre de négociation proposé par la Commission européenne, affirme que "l'objectif commun des négociations est l'adhésion", dans un processus ouvert et sans garantie, et qu'en cas d'échec, la Turquie devra être ancrée dans l'UE "par les liens les plus forts". Selon des diplomates, Vienne voudrait mentionner une solution "alternative" à l'adhésion ou "intérimaire", comme un "partenariat privilégié".
Tout en niant vouloir lier la candidature turque à celle de la Croatie, l'Autriche réclame aussi l'ouverture immédiate des pourparlers d'adhésion avec Zagreb, repoussée en mars en raison d'un manque de coopération avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPI). Le groupe de travail de l'UE sur la Croatie doit étudier la situation lundi matin, en présence de la procureur du TPI Carla Del Ponte. "Si l'évaluation du groupe (...) est positive, nous pourrons aller rapidement vers l'ouverture des négociations", estime la présidence britannique. Le ministre des Affaires étrangères portugais Diogo Freitas do Amaral a critiqué dimanche soir l'attitude de Vienne en jugeant "impossible qu'à chaque fois que (les Européens) doivent prendre une décision, un ou quelques pays se rappelle à la dernière minute qu'il a des objections très importantes". "Ce n'est pas sérieux. Nous perdons notre crédibilité, entre nous et face aux pays tiers", a-t-il fustigé.
Photo d'ouverture : Jack Straw, mettant en garde, dimanche soir, contre un nouvel échec de l'UE - DR
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