
L'administration Bush a subi vendredi un revers sans précédent avec l'inculpation de Lewis Libby, directeur du cabinet du vice-président, accusé d'avoir menti et entravé une enquête sur une affaire de "fuite" visant apparemment à faire taire un critique de la guerre en Irak. Le directeur de cabinet du vice-président Richard Cheney, Lewis Libby, surnommé "Scooter", est sous le coup de cinq chefs d'inculpation, pour parjures, faux témoignages et entrave à la justice. Il a démissionné aussitôt de ses fonctions, selon la Maison Blanche. Néanmoins, Lewis Libby va "contester les accusations" portées contre lui dans le cadre de l'affaire Plame-Wilson, a réagi le vice-président américain Dick Cheney, en disant regretter profondément la démission de son directeur de cabinet. Dans un discours peu après l'annonce de l'inculpation, George W. Bush a rendu hommage à Lewis "Scooter" Libby et a rappelé les principes de la présomption d'innocence.
L'équipe présidentielle a évité jusqu'à présent une inculpation contre le conseiller politique présidentiel Karl Rove, cité dans l'affaire. Mais elle doit aussi se préparer à un scandale lancinant, le procureur indépendant chargé de l'enquête devant poursuivre son enquête, selon l'avocat de Karl Rove. "M. Rove va continuer à coopérer pleinement avec les efforts du procureur indépendant pour terminer l'enquête", a promis l'avocat Robert Luskin, laissant entendre que tout risque d'inculpation ultérieure n'était pas écarté.
"La culture de corruption des républicains"
Les responsables de la minorité démocrate ont estimé vendredi que l'affaire illustrait la corruption de l'administration républicaine au pouvoir. Cette inculpation "marque un jour triste pour l'Amérique et un autre chapitre dans la culture de corruption des républicains", a déclaré Nancy Pelosi, chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants. "Cette affaire est plus importante que la fuite sur des informations hautement confidentielles. Il s'agit de la façon dont la Maison Blanche de Bush a fabriqué et manipulé le renseignement pour argumenter en faveur de la guerre en Irak et pour discréditer quiconque osait s'opposer au président", a renchéri le chef de la minorité démocrate au Sénat, Harry Reid.
Un procureur indépendant, Patrick Fitzgerald, cherche depuis décembre 2003 à savoir qui a divulgué à la presse l'identité de l'agent de la CIA Valerie Plame, dont le mari Joseph Wilson, un ancien ambassadeur, s'était publiquement interrogé sur de "faux prétextes" invoqués par l'administration Bush pour envahir l'Irak en 2003. Richard Cheney lui-même pourrait être menacé par l'enquête. C'est de lui que Lewis Libby avait appris l'identité de Valerie Plame. Il est illégal aux Etats-Unis de trahir en connaissance de cause l'identité d'un agent secret.
Joseph Wilson affirme que la Maison Blanche a voulu le discréditer en laissant entendre qu'il n'avait dû qu'à sa femme, Valerie Plame, spécialiste des armes de destruction massive à la CIA, l'obtention en 2002 d'une mission d'enquête au Niger sur l'existence d'un éventuel trafic nucléaire avec l'Irak. Wilson avait conclu qu'un tel trafic n'existait pas, et il estime que la Maison Blanche a délibérément exagéré la menace de l'arsenal de Saddam Hussein. Au cours de son enquête, Patrick Fitzgerald a interrogé de nombreux collaborateurs de l'administration, ainsi que des journalistes qu'il a contraints de livrer leurs sources - jusqu'à envoyer en prison la journaliste du New York Times Judith Miller, qui est restée détenue 85 jours avant de témoigner sur ses conversations avec Lewis Libby.
Photo d'ouverture : Lewis Libby, directeur du cabinet démissionnaire du vice-président Dick Cheney - DR
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