Feu vert aux discussions UE-Turquie

le 03 octobre 2005 à 11h37 , mis à jour le 04 octobre 2005 à 17h31

Au terme d'âpres négociations, l'Autriche a levé lundi son opposition à l'ouverture des négociations d'adhésion de l'Union européenne avec la Turquie. Ankara a accepté lundi soir le texte de compromis transmis par l'UE et les pourparlers peuvent officiellement débuter.

istanbul vue

L'Union européenne a échappé in extremis à une nouvelle crise sur la Turquie et ouvert dans la nuit de lundi à mardi à Luxembourg des pourparlers historiques d'adhésion avec Ankara, qui frappe à sa porte depuis 42 ans. La Croatie aussi a gagné son ticket pour des négociations identiques, après un surprenant revirement du procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie Carla Del Ponte, qui a estimé que Zagreb coopérait désormais "pleinement" avec le TPI. "C'est véritablement une journée historique pour l'Europe et pour toute la communauté internationale... Nous sommes tous gagnants", a salué le chef de la diplomatie britannique Jack Straw après l'accord difficilement arraché en faveur de la Turquie, longtemps bloqué par l'Autriche. "Nous avons franchi un tournant historique", a renchéri son homologue turc Abdullah Gül, arrivé peu après minuit au Luxembourg pour une brève et symbolique cérémonie d'ouverture des pourparlers.

Calendrier tenu

Abdullah Gül a fait devant ses homologues des 25 une intervention "très constructive, saluée par des applaudissements", selon un diplomate. Jack Straw s'est félicité malgré l'heure tardive d'avoir tenu le calendrier fixé l'an dernier pour l'ouverture des négociations d'adhésion avec Ankara. "Nous avons été capables de tenir le délai du 3 octobre car j'ai commencé à parler avant minuit au Royaume Uni", a-t-il blagué. Jack Straw a souligné que la Turquie avait désormais "une longue route devant elle" d'ici à une entrée effective dans l'UE qui, selon le cadre fixé pour les négociations, n'est pas garantie. "Le processus sera rigoureux et un défi. Mais nous sommes confiants dans votre détermination et nous vous soutiendrons dans vos efforts", a promis le secrétaire au Foreign Office. "Le résultat de la négociation n'est pas connu d'avance", a insisté de son côté le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy.

"La Turquie va apporter d'importantes contributions à l'UE"

"Ce qui est important pour nous est que la perspective d'une adhésion pleine est très claire. Il n'y a pas d'alternative telle qu'un partenariat privilégié", s'est pour sa part réjoui Abdullah Gül. Il a assuré que la Turquie, pays de population musulmane mais au régime strictement laïque, bénéficiant de liens privilégiés avec les républiques turcophones d'Asie centrale et le monde musulman, apporterait sa contribution à l'UE une fois intégrée en son sein. "Quand la Turquie aura rejoint l'UE, tous ces pays se sentiront représentés au sein de l'UE. L'adhésion de la Turquie va apporter d'importantes contributions à l'UE et a une importance stratégique", a-t-il affirmé.

24 heures de tractations

L'ouverture des négociations avec Ankara était une priorité majeure pour la présidence britannique de l'UE, appuyée en sous-main par les Etats-Unis dont la Turquie est un allié clé au sein de l'Otan. La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a elle-même pris son téléphone dimanche et lundi pour inciter M. Gül à accepter les termes proposés par les Européens. Le grand dessein du Premier ministre Tony Blair a cependant failli buter à Luxembourg sur l'Autriche. Il a fallu à la présidence britannique plus de 24 heures d'âpres tractations pour amener Vienne à se rallier à l'accord que tous ses partenaires étaient disposés à accepter. Le secrétaire au Foreign Office avait mis en garde contre les conséquences "catastrophiques" d'une absence d'unanimité. Un échec des Européens à ouvrir les négociations avec la Turquie aurait plongé l'UE un peu plus profondément dans la crise ouverte par le double non aux référendums français et néerlandais sur la Constitution européenne, et renforcé les tensions avec la Turquie.

L'Autriche isolée

L'Autriche insistait initialement pour revoir le premier compromis sur l'ouverture des négociations avec Ankara, trouvé en décembre 2004 par l'ensemble des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, y compris son chancelier Wolfgang Schüssel. Isolée mais sous la pression d'une opinion massivement hostile à une adhésion turque, elle n'a pu obtenir au final qu'une "alternative" comme un "partenariat privilégié" soit envisagée. Si les diplomates récusent tout marchandage entre les deux dossiers, Vienne a été encouragé à renoncer à son veto par la perspective de voir l'UE ouvrir, dans la foulée de la Turquie, des négociations d'adhésion avec la Croatie. Dans un autre retournement de dernière minute, Carla Del Ponte, qui vendredi encore se disait "déçue" de la collaboration de Zagreb, a assuré à Luxembourg que "depuis maintenant quelques semaines, la Croatie coopérait pleinement" avec le TPI. Les Européens avaient reporté sine die en mars les pourparlers avec Zagreb, reprochant aux autorités croates leur peu d'empressement à arrêter le général en fuite Ante Gotovina, inculpé en 2001 par les magistrats de La Haye.

photo : Istanbul

le 03 octobre 2005 à 11:37
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130 Commentaires

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  • Vincent, le 04/10/2005 à 09h32

    Qu'elle est étendue l'Europe géographique !!! Et pourquoi pas dans quelques années une demande d'adhésion de la Syrie, de l'Iran ou de l'Irak ??? Ces pays sont des pays frontaliers avec la Turquie... Remarquez, il y a bien les clubs de foot israëliens qui jouent les coupes d'Europe... L'Europe est décidemment très étendue !!!

  • Kiki, le 04/10/2005 à 09h32

    C'est faire entrer le loup dans la bergerie

  • Rde, le 04/10/2005 à 08h47

    Entre les syndicats de gauche et les hommes politiques celà fait bien longtemps que le peuple n'a rien à dire . Et dans l'affaire de la Turquie , on n'est est jamais qu'a un abus de pouvoir de plus .

  • Jean Michel, le 04/10/2005 à 08h25

    Une fois encore, les votes du peuple de France n'a pas été respecté; pourquoi Chirac a dépensé encore 40 à 50 millios euros pour organiser le référendum???

  • Jean, le 04/10/2005 à 08h06

    Ouvrir la porte à la Turquie en Europe c'est ouvrir la voie au FN chez nous

  • Patrick, le 04/10/2005 à 08h06

    Une fois de plus les députés européens se moquent du peuple européen. Ils savent ce qui est bien pour nous, nous sommes certainement trop idiots pour comprendre l?Europe, la preuve : on a été trop stupide pour comprendre les enjeux du dernier référendum. Mais la faute à qui ? c?est quand même bien nous qui les avons envoyés au parlement européen ! La prochaine fois, avant de mettre votre bulletin dans l?urne, réfléchissez !

  • Regis, le 04/10/2005 à 08h01

    On se moque apparement de l'opinion publique europeene, majoritairement hostile a l'entree de la Turquie... il ne faudra pas venir se plaindre apres si les gens votent a l'extreme droite... les partis "traditionnels" ne sont plus crédibles puisqu'ils n'ecoutent pas la voix du peuple....

  • David, le 04/10/2005 à 05h28

    Les Européens ont été trahis par leurs dirigeants. Pour ma part, ce sera FN ou MPF dorénavant. Fini les compromis.

  • Muriel, le 04/10/2005 à 04h29

    Cher Montjoye, En matiere de politiciens vereux, crois moi, l'Europe n'a pas l'exclusivite. Ici(l'etat du gouvernateur)c'est pas mieux.

  • Olivier, le 04/10/2005 à 02h45

    Raison de plus (s'il en fallait encore) pour voter Le Pen ou De Villiers en 2007. Merci de publier.

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