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Tf1.fr : Partagez-vous le sentiment de l'ONU qui parle de son "pire cauchemar humanitaire "?
Thomas Gonnet : Tout à fait. La situation est vraiment catastrophique sur place, or la mobilisation internationale est très limitée, notamment au niveau financier. Aujourd'hui, le bilan avoisine les 50 000 morts mais on sait déjà qu'il montera à environ 70 000 en raison des maladies comme la gangrène. Mais ce sont au moins un million de personnes qui sont concernées par les conséquences du séisme. Or l'hiver approche.
Cette déclaration de Jan Egeland a donc pour objectif d'alerter l'opinion publique et les décideurs.
Tf1.fr : Comment expliquez-vous justement cette relative indifférence de la communauté internationale en général, et des Français en particulier ?
T.G. : Tout simplement par le désintérêt classique envers les pays d'Asie centrale et notamment du Pakistan. La région, difficile d'accès, est peu connue, peu touristique et peu médiatisée. Les gens pensent plutôt à des zones grises dirigées par des chefs de guerre et imaginent en fait très mal les conditions de vie de ses habitants. Ils se mobilisent beaucoup plus facilement pour l'Afrique.
Tout ceci explique donc la faible mobilisation de l'opinion, et par ricochet, celle des Etats qui ne subissent pas de pression. Ce n'est malheureusement pas très étonnant. Or par exemple, sur 800 millions de personnes sous-alimentées dans le monde, 500 millions le sont en Asie, dont une grande partie au Pakistan.
"Aucune comparaison avec le tsunami"
Tf1.fr : Par rapport au tsunami asiatique de Noël 2004, à quel niveau se situent les dons ?
T.G. : Il n'y a pas de comparaison possible. Nous n'avons quasiment aucune remontée en dons spontanés. Pour le tsunami, au bout d'une semaine, nous avions déjà collecté 1,5 million d'euros. Mais la situation est totalement différente : c'était au lendemain de Noël, des Occidentaux faisaient partie des victimes, les zones frappées étaient touristiques et paradisiaques, il y avait beaucoup d'images.
Tf1.fr : Quelles actions allez-vous lancer pour relancer les dons ?
T.G. : Nous allons continuer à informer l'opinion publique (courrier, Internet) et solliciter les bailleurs de fonds institutionnels (gouvernement, UE...) pour financer l'aide d'urgence. Il faut que la réaction soit rapide car après le départ des médias qui sont encore dans les zones touchées, ce sera fini.
"Certains villages n'ont encore rien reçu"
Tf1.fr : Quelles difficultés rencontrent vos équipes sur place ?
T.G. : Nous avons une quinzaine de personnes (experts en eau, en logistique, en agronomie...) qui interviennent au Nord-Ouest de Muzaffarabad (ndlr : la capitale du Cachemire pakistanais). Elles sont engagées dans une véritable course contre la montre. Il est en effet très dur d'acheminer l'aide dans les zones dévastées, qui sont déjà difficiles d'accès en temps normal. Si les villes ont bénéficié des distributions, certains villages isolés n'ont encore rien reçu.
Tf1.fr : Quelles sont leurs missions ?
T.G. : Dans le mois à venir, nos équipes vont assister environ 30 000 personnes en besoins vitaux : aide alimentaire, distribution de couvertures et de tentes. Ensuite, elles assureront la sécurité alimentaire, en essayant de reconstituer le cheptel et de relancer l'activité agricole et économique. Enfin, il faudra lancer la reconstruction. Mais ce ne sera pas possible avant le printemps en raison des conditions climatiques.
Le séisme a fait 51 300 morts et plus de 74 500 blessés selon les derniers bilans disponibles, a déclaré vendredi le chef des opérations de secours, le général Farooq Ahmad Khan.Le bilan s'aggrave encore
(photo : des réfugiées)
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