Rapport Hariri : la Syrie et le Liban impliqués

Par AG (avec afp), le 21 octobre 2005 à 07h59 , mis à jour le 21 octobre 2005 à 21h51

Des responsables syriens de haut rang et leurs alliés libanais sont impliqués dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais, estime le rapport d'enquête de l'Onu rendu public jeudi soir. Ce rapport est "partial, politisé et loin de la vérité", a aussitôt réagi le ministre de l'Information syrien Mehdi Dakhlallah.

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La Syrie est impliquée, aux  côtés du Liban, dans l'assassinat de l'ex-Premier ministre libanais Rafic  Hariri. Telle est la conclusion du rapport -accablant- de la commission indépendante d'enquête des Nations  unies, remis jeudi, au bout de quatre mois d'enquête, au secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan. "Il y a des preuves convergentes montrant à la fois l'implication libanaise  et syrienne dans cet acte terroriste", affirme le chef de la commission, Detlev Mehlis. Le magistrat allemand souligne que l'assassinat n'aurait pu être commis sans l'accord de responsables syriens de haut rang. Et il porte des accusations précises, en révélant notamment qu'une des personnes que la commission d'enquête a identifiées comme suspectes dans l'assassinat d'Hariri, Mahmoud Abdel-Aal, "a appelé le téléphone portable du président libanais Emile Lahoud à 12H47, quelques minutes avant l'explosion"  meurtrière. 

Le bureau d'Emile Lahoud a démenti vendredi matin que celui-ci ait reçu un tel appel. Mais déjà, deux députés libanais ont demandé sa démission. Elias Atallah et Gebrane Tuéni  font partie de la majorité parlementaire formée autour du Bloc du Futur, dirigé par Saad Hariri, fils de l'ancien Premier ministre. Côté syrien, le ministre de l'Information Mehdi Dakhlallah, premier homme politique à réagir , a estimé que ce rapport de l'ONU était "partial, politisé et loin de la vérité". "Il s'agit d'un manifeste politique contre la Syrie" a-t-il ajouté.

"Mobile politique"

"Le motif de l'assassinat était probablement politique", ajoute l'auteur du rapport. "Toutefois, comme le crime n'a pas été l'oeuvre d'individus mais plutôt d'un groupe aux moyens perfectionnés, il est fort possible que la fraude, la corruption et le blanchiment d'argent aient également constitué des raisons pour certaines personnes de participer à l'opération", poursuit le texte. Mehlis affirme également que des responsables syriens, y compris le ministre des affaires étrangères, Farouk al-Chareh, ont "tenté d'égarer ses recherches". "Tandis que les autorités syriennes, après une hésitation initiale, ont coopéré dans une certaine limite (...) plusieurs personnes interrogées ont tenté  d'égarer nos recherches", dit-il. "La lettre adressée à la Commission par le ministre des Affaires étrangères de la République arabe syrienne s'est révélée contenir des informations  fausses", accuse-t-il.

Quant à Ahmed Abou Adass, l'homme qui a revendiqué l'attentat dans une vidéo diffusée par Al-Jazira, il a disparu en Syrie avant ce crime, selon le rapport de la commission d'enquête de l'Onu. "En dehors de cette cassette vidéo, rien n'indique qu'il conduisait une voiture piégée qui aurait tué Hariri. Ce que montrent en revanche les preuves, c'est qu'il est probable que M. Abou Adass ait quitté son domicile le 16 janvier 2005 et ait été emmené, volontairement ou non, en Syrie, où il a disparu depuis lors". La commission cite un témoin selon lequel Abou Adass aurait été contraint sous la menace d'une arme à enregistrer cette cassette "à peu près 45 jours avant l'attentat" et ajoute que jusqu'à présent, aucune trace de son ADN n'a été retrouvée sur les lieux de l'explosion.

Le Liban doit poursuivre l'enquête 

Mehlis souhaite également que l'enquête puisse se poursuivre. Elle "doit être menée plus avant par les autorités judiciaires et de police du Liban, qui ont montré au cours de  l'enquête qu'avec l'aide et le soutien international elles peuvent avancer et  parfois prendre l'initiative de manière effective et professionnelle". "Les autorités libanaises devraient étudier toutes les ramifications du cas, y compris les transactions bancaires", insiste-t-il. Lors d'une conférence de presse à l'Onu après la remise de son rapport, Mehlis, visiblement embarrassé, a toutefois regretté l'existence de "plusieurs versions" de son rapport et qu'une version "initiale", contenant les noms avant leur suppression, au nom de la présomption d'innocence, sur la version papier (celle qui a été remise à Kofi Annan), ait été communiquée à la presse.

L'assassinat de Rafic Hariri et de 20 personnes, dans un attentat à la bombe en plein Beyrouth le 14 février, avait plongé le Liban dans la crise. De nombreux Libanais avaient imputé le crime à la Syrie, pays voisin du Liban qui a exercé une tutelle sur son petit voisin pendant trois décennies. Damas a toujours nié toute implication. Le crime avait également causé un tollé dans le monde et accéléré le départ des forces syriennes du Liban, ce qui était l'une des exigences de la résolution 1559 du Conseil de sécurité.

(Photo : l'Allemand Detlev  Mehlis remettant son rapport à Kofi Annan, jeudi soir) 

Bush réclame une réunion d'urgence du Conseil de sécurité

  George W. Bush, qui juge le rapport "profondément perturbant", a demandé vendredi une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'Onu "sur cette affaire très sérieuse". Avant lui, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice avait demandé à la Syrie de "rendre des comptes", tandis que l'ambassadeur des Etats-Unis à l'Onu, John Bolton, avait parlé des conclusions "implacables" du rapport.
  De son côté, la France a appelé la Syrie à coopérer davantage dans l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri. "Le rapport relève l'insuffisante coopération des autorités syriennes à la conduite de l'enquête", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi. "Il est certain que la Syrie doit coopérer", a-t-il ajouté. "Il nous faut maintenant examiner toutes les conséquences de ce rapport" et "nous allons poursuivre les consultations avec nos partenaires du Conseil de sécurité sur les suites à y réserver", a-t-il conclu.

Par AG (avec afp) le 21 octobre 2005 à 07:59
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12 Commentaires

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  • Laurent, le 21/10/2005 à 14h46

    Pour une fois que la langue de bois n'est pas la règle en politique; bravo à cet allemand pour ce rapport et son honneteté. C'est du travail bien fait, direct, avec comme objectif la recherche de la vérité.

  • Justice, le 21/10/2005 à 13h36

    Que de vagues suppositions

  • Vincent, le 21/10/2005 à 12h24

    Il est grand temps pour le Liban de retrouver ses lettres de Noblesses. Le Liban a souffert mais maintenant le bourreau qu'est la Syrie devrait payer pour tout le mal fait à ce pays. La vérité finit toujours par ressurgir!

  • Dany, le 21/10/2005 à 11h35

    Enfin la justice et la vérité, enfin une enquête digne de ce nom dans un monde arabe pourri. Ce jour est un des plus beau jour de ma vie. Cher Rafic Harriri, votre sang n'a pas seulement libéré notre pays, mais nous a unis. Cher Rafic, vous devez être sûrement fier la haut, chacun de nous va mourir un jour, mais votre mort sera gravé dans l?Histoire. Vous êtes une fierté pour CHAQUE libanais.

  • Chucri serhal, le 21/10/2005 à 11h15

    Il est temps de finir de ce regime terroriste qui a commis des dizaines d'assasinats d'hommes politiques libanais. Ce rapport rend justice à toutes les victimes du terrorisme syrien et doit normalement aboutir a la chute de bachar elassad et de sa bande.

  • Pierre, le 21/10/2005 à 10h51

    Coment voulez vous qu'il y ait a paix d'un pays ou on fait sauter un premier ministre "pour raison politiques" Lamentables

  • Elie M, le 21/10/2005 à 10h16

    Le rapport dit toute la vérité, depuis longtemps l 'intelligence syrienne au Liban effectue des assasinats des politiciens libanais, c'est vraiment le temps de cesser tout cela, on a beaucoup souffert de la presence syrienne au Liban! J espere que tous ces accuse's syriens et liabanais soient execute's selon la loi libanaise et subissent la peine de mort parcqu'il meritent!

  • Eliot, le 21/10/2005 à 09h53

    Tiens, où sont donc passé les eternels défenseurs des dictateurs arabes qui interviennent sur ce site? N'ont ils rien à dire des "activités" de leurs chers amis syriens? Tiens comme c'est bizarre...

  • Gabriel Enkiri, le 21/10/2005 à 09h44

    Quelle surprise ! Tout le monde savait que les "autorités syriennes" à leur plus haut niveau étaient impliquées dans l'attentat qui a coûté la vie au premier ministre libanais. Il faut seulement espérer que l'on ne va pas en prendre prétexte pour envahir la Syrie afin de la débarrasser de son régime de dictature ! L'Irak et la Syrie sont dominés depuis fort longtemps par le même parti, le baas. Il y a d'autres moyens, pacifiques, pour contraindre un gouvernement : le boycott, la mainmise sur les avoirs financiers, le rappel des Ambassadeurs, l'exclusion des Assemblées internationales etc. Il faut aider le Liban et la Syrie à vivre ensemble avec des régimes démocratiques et souverains. Qui a intérêt à étendre le conflit irakien à toute la région ?

  • Justice, le 21/10/2005 à 09h42

    Je vois que c'est un rapport remplis de conditionnel, manquant totalement de preuve. Dans le meme genre de raisonnement, on peut aussi dire que le 11 septembre a ete fait forcement avec une complicité americaine car une telle complexité de mise en oeuvre est forcement aidee par une complicité de haut niveau...A t'on verifié si il y avait un compte en suisse attribué a mehlis, et alimenté par bouche ??? Bachar a recu un appel d'un islamiste juste quelque minutes apres l'explosion. Et alors ? C'est ce genre d'allegation qui sert de preuve ?? Non, le rapport est bidon.

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