
La Syrie est impliquée, aux côtés du Liban, dans l'assassinat de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri. Telle est la conclusion du rapport -accablant- de la commission indépendante d'enquête des Nations unies, remis jeudi, au bout de quatre mois d'enquête, au secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan. "Il y a des preuves convergentes montrant à la fois l'implication libanaise et syrienne dans cet acte terroriste", affirme le chef de la commission, Detlev Mehlis. Le magistrat allemand souligne que l'assassinat n'aurait pu être commis sans l'accord de responsables syriens de haut rang. Et il porte des accusations précises, en révélant notamment qu'une des personnes que la commission d'enquête a identifiées comme suspectes dans l'assassinat d'Hariri, Mahmoud Abdel-Aal, "a appelé le téléphone portable du président libanais Emile Lahoud à 12H47, quelques minutes avant l'explosion" meurtrière.
Le bureau d'Emile Lahoud a démenti vendredi matin que celui-ci ait reçu un tel appel. Mais déjà, deux députés libanais ont demandé sa démission. Elias Atallah et Gebrane Tuéni font partie de la majorité parlementaire formée autour du Bloc du Futur, dirigé par Saad Hariri, fils de l'ancien Premier ministre. Côté syrien, le ministre de l'Information Mehdi Dakhlallah, premier homme politique à réagir , a estimé que ce rapport de l'ONU était "partial, politisé et loin de la vérité". "Il s'agit d'un manifeste politique contre la Syrie" a-t-il ajouté.
"Mobile politique"
"Le motif de l'assassinat était probablement politique", ajoute l'auteur du rapport. "Toutefois, comme le crime n'a pas été l'oeuvre d'individus mais plutôt d'un groupe aux moyens perfectionnés, il est fort possible que la fraude, la corruption et le blanchiment d'argent aient également constitué des raisons pour certaines personnes de participer à l'opération", poursuit le texte. Mehlis affirme également que des responsables syriens, y compris le ministre des affaires étrangères, Farouk al-Chareh, ont "tenté d'égarer ses recherches". "Tandis que les autorités syriennes, après une hésitation initiale, ont coopéré dans une certaine limite (...) plusieurs personnes interrogées ont tenté d'égarer nos recherches", dit-il. "La lettre adressée à la Commission par le ministre des Affaires étrangères de la République arabe syrienne s'est révélée contenir des informations fausses", accuse-t-il.
Quant à Ahmed Abou Adass, l'homme qui a revendiqué l'attentat dans une vidéo diffusée par Al-Jazira, il a disparu en Syrie avant ce crime, selon le rapport de la commission d'enquête de l'Onu. "En dehors de cette cassette vidéo, rien n'indique qu'il conduisait une voiture piégée qui aurait tué Hariri. Ce que montrent en revanche les preuves, c'est qu'il est probable que M. Abou Adass ait quitté son domicile le 16 janvier 2005 et ait été emmené, volontairement ou non, en Syrie, où il a disparu depuis lors". La commission cite un témoin selon lequel Abou Adass aurait été contraint sous la menace d'une arme à enregistrer cette cassette "à peu près 45 jours avant l'attentat" et ajoute que jusqu'à présent, aucune trace de son ADN n'a été retrouvée sur les lieux de l'explosion.
Le Liban doit poursuivre l'enquête
Mehlis souhaite également que l'enquête puisse se poursuivre. Elle "doit être menée plus avant par les autorités judiciaires et de police du Liban, qui ont montré au cours de l'enquête qu'avec l'aide et le soutien international elles peuvent avancer et parfois prendre l'initiative de manière effective et professionnelle". "Les autorités libanaises devraient étudier toutes les ramifications du cas, y compris les transactions bancaires", insiste-t-il. Lors d'une conférence de presse à l'Onu après la remise de son rapport, Mehlis, visiblement embarrassé, a toutefois regretté l'existence de "plusieurs versions" de son rapport et qu'une version "initiale", contenant les noms avant leur suppression, au nom de la présomption d'innocence, sur la version papier (celle qui a été remise à Kofi Annan), ait été communiquée à la presse.
L'assassinat de Rafic Hariri et de 20 personnes, dans un attentat à la bombe en plein Beyrouth le 14 février, avait plongé le Liban dans la crise. De nombreux Libanais avaient imputé le crime à la Syrie, pays voisin du Liban qui a exercé une tutelle sur son petit voisin pendant trois décennies. Damas a toujours nié toute implication. Le crime avait également causé un tollé dans le monde et accéléré le départ des forces syriennes du Liban, ce qui était l'une des exigences de la résolution 1559 du Conseil de sécurité.
(Photo : l'Allemand Detlev Mehlis remettant son rapport à Kofi Annan, jeudi soir)
Bush réclame une réunion d'urgence du Conseil de sécurité |
George W. Bush, qui juge le rapport "profondément perturbant", a demandé vendredi une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'Onu "sur cette affaire très sérieuse". Avant lui, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice avait demandé à la Syrie de "rendre des comptes", tandis que l'ambassadeur des Etats-Unis à l'Onu, John Bolton, avait parlé des conclusions "implacables" du rapport. |
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