
Capturé en décembre 2003 par les troupes américaines, Saddam Hussein comparaît depuis mercredi matin 11 heures, heure française. Ce procès intervient quatre jours après le référendum sur le projet de Constitution qui a définitivement tourné la page du régime de celui qui a régné sur l'Irak en maître absolu pendant 24 ans.
Avec sept de ses lieutenants, l'ancien dictateur est jugé par le Tribunal spécial irakien pour "l'exécution de 143 citoyens, la séquestration de 399 familles, la destruction de leurs maisons et des terres" agricoles à Doudjaïl. Le Nouveau régime ayant décidé de dissocier les faits reprochés à l'ancien dictateur, il sera donc jugé plusieurs fois.
COMMENT FONCTIONNE LE TRIBUNAL SPECIAL IRAKIEN ?
Il a été créé par Paul Bremer, l'ancien administrateur civil américain, le 10 décembre 2003, soit trois jours avant la capture de l'ancien dictateur. Sa mission est de juger les crimes commis par des Irakiens entre le 17 juillet 1968, date du coup d'Etat baassiste, et le 1er mai 2003 en Irak ou ailleurs, ainsi que les crimes commis lors de la guerre contre l'Iran (1980-88) et l'invasion du Koweït (1990-91). Le TSI a juridiction pour les génocides, les crimes contre l'humanité, les crimes de guerre et les violations de la loi, notamment la prévarication et l'utilisation d'une position pour mener une politique "pouvant conduire à la guerre ou l'utilisation de l'armée irakienne contre un autre pays arabe".
Le TSI comprend un tribunal de première instance composé de cinq juges permanents, dont un président d'origine kurde, nommés pour cinq ans, une cour d'appel comprenant neuf magistrats ainsi que 20 juges d'instruction nommés pour trois ans. Les procureurs sont au nombre de 20 et ont un contrat de trois ans. Le gouvernement irakien a la possibilité de nommer des juges étrangers et le président du TSI peut choisir comme conseillers des magistrats non-irakiens "spécialisés dans les crimes de guerre".
Le TSI rend son jugement à la majorité des magistrats. L'accusé a le droit de faire appel s'il y a une erreur de procédure ou une erreur matérielle qui peut entraîner un déni de justice. Si la cour d'appel juge le pourvoi recevable, un nouveau procès doit se dérouler.
QUELLE AFFAIRE EST-ELLE JUGEE ?
Seul le massacre de 143 chiites est donc jugé pour ce premier procès. Ils habitaient le village de Doudjaïl, à 60 km au nord de Bagdad, où le convoi de Saddam Hussein avait été attaqué lors d'un déplacement. La tuerie avait été ordonnée en représailles de cet attentat manqué.
PAR QUI SADDAM HUSSEIN EST-IL DEFENDU ?
Son collectif de défense est formé de plusieurs avocats, dont plusieurs étrangers, notamment Roland Dumas et André Chamy. Le principal défenseur est un Irakien, Khalil al-Doulaïmi. Alors qu'on pensait qu'il serait seul au tribunal, il est finalement épaulé par un autre avocat irakien. Invoquant à la fois un procès politique diligenté en sous-main par Washington et le non-respect des droits de la défense, il a indiqué mardi soir qu'il allait demander un ajournement d'"au moins trois mois".
QUE RISQUENT LES ACCUSES ?
La peine de mort par pendaison, qui doit être décidée à la majorité des cinq juges. Mais, selon une source proche du tribunal, la sentence ne sera appliquée que 30 jours après l'épuisement de tous les appels.
LE PROCES EST-IL PUBLIC ?
Les audiences sont télévisées, mais diffusées en différé pour couper d'éventuels passages. Des observateurs internationaux assistent aux audiences.
QUELLES SONT LES PRINCIPALES AUTRES INCULPATIONS ?
Le juge d'instruction principal, Raad Jouhi, a annoncé que douze autres affaires étaient instruites contre l'ancien président et a assuré que certains dossiers pourraient être très vite bouclés. Voici les principaux :
- répression du soulèvement chiite dans le sud du pays à la fin de la Guerre du Golfe de 1991 : plusieurs dizaines de milliers de victimes.
- bombardement à l'arme chimique de la ville kurde Halabja en 1988 : au moins 5 000 morts.
- campagne Anfal : en 1987 et 1988, environ 182 000 personnes sont tuées dans des déplacements massifs de populations kurdes et des tueries dans des villages kurdes.
- exécution en 1983 de 8 000 membres de la tribu Barzani, un puissant clan kurde auquel appartient le chef du Parti démocratique du Kurdistan et actuel président du Kurdistan, Massoud Barzani.
- exécutions de dignitaires religieux chiites en 1980 et 1999.
L'Iran (guerre entre 1980 et 1988) et le Koweït (invasion de 1990) souhaitent également juger Saddam Hussein.
(photo : Saddam Hussein lors de son arrivée au tribunal)
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