© DRLa Syrie a décidé samedi de constituer sa propre commission d'enquête sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, deux jours avant une réunion ministérielle cruciale du Conseil de sécurité des Nations unies sur ce dossier. "Le président syrien Bachar al-Assad a ordonné la constitution d'une commission d'enquête spéciale (...) qui mènera directement l'enquête avec les Syriens, civils ou militaires, sur tout ce qui est en relation avec la mission de la commission d'enquête créée par la résolution 1595 de l'Onu", a indiqué l'agence officielle Sana. Selon le décret présidentiel, "la commission spéciale syrienne coopérera avec la commission d'enquête de l'Onu et avec les autorités judiciaires libanaises". Pour sa composition, "la commission peut avoir recours aux services de juges civils et militaires syriens", ajoute Sana.
Bachar al-Assad, dont le pays est mis en cause dans le rapport de la commission d'enquête internationale, dirigée par le magistrat Detlev Mehlis, avait promis mercredi, dans une lettre envoyée à Washington, Londres et Paris, de poursuivre en justice tout Syrien lié au meurtre de Rafic Hariri, tué en février dans un attentat à Beyrouth. Rendu public le 20 octobre, le rapport Mehlis soupçonne de hauts responsables des services de sécurité syriens d'avoir organisé le crime en coordination avec d'anciens responsables de services de sécurité libanais et accuse Damas de ne pas coopérer suffisamment à l'enquête. Au lendemain de sa publication, la Syrie a rejeté ce rapport, tout en disant être prête à coopérer avec la communauté internationale sur ce dossier.
Eviter les sanctions internationales
La décision de Bachar al-Assad intervient deux jours avant une réunion ministérielle du Conseil de sécurité des Nations unies qui doit adopter une résolution exigeant de la Syrie une totale coopération à l'enquête internationale, sous peine de sanctions économiques et diplomatiques. Elle correspond également à une demande de Detlev Mehlis, qui a souhaité dans son rapport la constitution d'une commission d'enquête syrienne, comme l'a affirmé samedi le rédacteur en chef d'Al-Baas, journal du parti au pouvoir en Syrie. Dès mardi, en effet, un haut responsable syrien avait indiqué que son pays était prêt à mener sa propre enquête sur l'assassinat de Hariri, en coopération avec la commission d'enquête de l'Onu. Cet homme, conseiller juridique du ministère des Affaires étrangères, qui avait organisé en septembre une première audition entre Detlev Mehlis et des témoins et des suspects syriens en Syrie, avait dit vendredi refuser l'idée d'arrêter des chefs de la sécurité sans "preuves".
La décision de la présidence syrienne contourne ainsi une difficulté de taille. C'est celle de coopérer avec l'Onu, sans s'attirer des sanctions internationales. Le Conseil de sécurité de l'Onu discute actuellement d'un projet de résolution proposé par les Etats-Unis, la France et le Royaume-uni dans le but de forcer la Syrie à coopérer. Le projet prévoit en outre d'imposer à la Syrie d'arrêter tout responsable ou citoyen ordinaire syrien que la commission d'enquête pourrait soupçonner d'être impliqué dans l'assassinat et de les mettre totalement à la disposition de la commission. Il donne également toute latitude à la commission pour décider du lieu et des conditions d'interrogatoire des personnes qu'elle juge utile d'interroger. Pour éviter une éventuelle condamnation de l'Onu, Damas a multiplié les rencontres avec des responsables arabes. Vendredi, le président syrien a reçu à Damas son homologue égyptien Hosni Moubarak et il a dépêché dans les monarchies du Golfe le vice-ministre des Affaires étrangères, Walid Al-Mouallam, arrivé samedi en Arabie saoudite.
Photo d'ouverture : Bachar al-Assad - archives
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