
Des dizaines d'hommes armés ont lancé jeudi une opération commando à Naltchik, dans le Caucase russe, attaquant simultanément plusieurs bâtiments des forces de l'ordre, et provoquant des combats de rue qui ont fait une soixantaine de morts et une centaine de blessés. Le président Vladimir Poutine a ordonné le blocus de la ville et l'élimination de toute personne qui porterait des armes et opposerait une résistance, a déclaré le premier adjoint du ministre de l'intérieur, Alexandre Tchekaline, cité par l'agence Interfax. La frontière administrative avec la république russe voisine d'Ossétie du Nord a été fermée.
Trois commissariats de police, les sièges locaux du ministère de l'Intérieur et du Service fédéral de sécurité (FSB), ainsi qu'une armurerie, ont été attaqués simultanément jeudi vers 9h locales (7h, heure française). Cette opération rebelle, effectuée par 150 à 300 combattants selon les sources, est la dernière d'une série d'attaques qui, depuis plus d'un an, déstabilisent tout le Caucase russe, et non plus la seule Tchétchénie où les troupes fédérales sont à nouveau déployées depuis octobre 1999. Au total, une cinquantaine d'assaillants et douze habitants de Naltchik ont été tués, a annoncé Arsen Kanokov, président de la Kabardino-Balkarie, république du Caucase russe dont Naltchik est la capitale. D'autres sources ont fait état d'une vingtaine de morts dans les rangs des forces de l'ordre, des bilans très difficiles à vérifier, et les responsables des hôpitaux annonçaient entre 90 et 150 blessés.
Une revendication sur kavkazcenter.com

Les combats ont touché plusieurs quartiers de Naltchik. Une attaque contre l'aéroport de la ville a pour sa part été repoussée, mais tous les vols ont été interrompus pendant plusieurs heures. Jeudi en fin d'après-midi, les échanges de tirs continuaient près du commissariat n° 3 où un groupe d'assaillants s'était retranché dans les étages supérieurs du bâtiment. Ils ont "pris des otages", a annoncé à la télévision le représentant du président russe dans le sud, Dmitri Kozak, arrivé sur place. Des renforts ont été dépêchés sur les lieux et des hommes des forces spéciales continuaient à s'activer en soirée, notamment près du siège local du FSB. Près du commissariat n° 1, où les combats étaient terminés, quatre corps d'assaillants étaient étendus par terre, non loin de deux carcasses de voitures brûlées. Des hélicoptères survolaient la ville, que des habitants à l'inverse quittaient.
Le site internet Kavkaz-Center, proche des indépendantistes tchétchènes, a annoncé avoir reçu un bref communiqué revendiquant l'attaque au nom des séparatistes tchétchènes. Selon ce dernier, "des détachements du Front caucasien, partie intégrante des forces armées de la République tchétchène d'Itchkérie (nom de la Tchétchénie indépendante, ndlr), dont l'un des détachements de choc est le djamaat de Kabardino-Balkarie Iarmouk, sont entrés dans la ville". Les "combattants" de Iarmouk ont aussi été mis en cause par le président de la Kabardino-Balkarie qui les a qualifiés "d'extrémistes religieux". Iarmouk est une organisation islamique locale qui avait été la cible d'une importante opération des forces de sécurité en janvier dernier. Un mois auparavant, une attaque, attribuée à Iarmouk, avait visé l'antenne de l'agence de lutte contre le trafic de stupéfiants. Les assaillants avaient saisi un important arsenal.
Quelques heures avant le déclenchement de l'attaque, à l'aube, une opération policière avait été menée dans la banlieue de Naltchik contre un groupe d'"extrémistes religieux". Selon Interfax, les combats en cours ont été engagés par leurs camarades pour les libérer.
(photo : un soldat russe)
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