Weah, ou le fabuleux destin de "Mister George"

Par Par Fabrice AUBERT, le 10 octobre 2005 à 16h29 , mis à jour le 11 octobre 2005 à 21h06

George Weah est le principal favori de l'élection présidentielle dont le premier tour s'est tenu ce mardi au Liberia. Novice en politique, l'ancienne star du football a essentiellement basé sa campagne sur sa formidable popularité.

weah campagne

Pour comprendre la situation actuelle au Liberia, une comparaison s'impose. George Weah favori de la présidentielle dont le premier tour s'est déroulé ce mardi, c'est un peu comme si en France, Zinedine Zidane, après avoir raccroché les crampons, était aux portes de l'Elysée en 2012. A 39 ans, quatre mois après avoir fêté son jubilé à Marseille, celui que les Libériens surnomment "King George" ou "Mr George" pourrait en effet devenir le premier sportif à accéder à la fonction politique suprême de son pays.

S'il atteint son but, la tâche sera loin d'être aisée : ravagé par 13 ans de guerre civile entre 1990 et 2003 -150 000 morts-, le Liberia est aujourd'hui dans une situation plus que chaotique : le chômage atteint 80%, l'eau et l'électricité courantes sont absentes à Monrovia, la capitale, le taux d'alphabétisation dépasse à peine les 50%, la sécurité est tant que bien mal assurée par les 15 000 Casques bleus de l'ONU.

Retour triomphal

S'il rêvait de devenir président depuis longtemps -"Nous en parlions déjà à l'époque" expliquait Bernard Lama, son ancien coéquipier au PSG, au Monde en décembre dernier- George Weah a véritablement pris conscience de sa destinée présidentielle lors de son retour au pays. C'était le 25 novembre 2003. Contraint de fait à l'exil sous la dictature sanglante de Charles Taylor, il est alors accueilli à Monrovia par une foule en liesse qui scande déjà "Weah président". Quelques mois plus tard, il fonde son parti, le CDC (congrès pour le changement démocratique) et crée une radio et une télévision pour relayer sa candidature.

Les partisans de Weah
AFP-Issouf Sanogo
En novembre 2004, il se lance officiellement dans la course, porté par le symbole de réussite, et donc d'espoir, qu'il est devenu pour tout son peuple, et notamment sa jeunesse. Lui, le gamin orphelin de Claratown, l'un des bidonvilles de Monrovia, est en effet aujourd'hui milliardaire, et de la manière la plus honnête qui soit. Et pendant toute sa carrière européenne, il n'a jamais oublié ou snobé son pays, mettant sa fortune et sa célébrité au service du Liberia. Philanthrope, il soutenait par exemple l'équipe nationale de football à bout de bras, payant les primes de ses coéquipiers. Ou encore multipliait les envois de dons, notamment à Noël. Bref, un héros aussi bien qu'un bienfaiteur, devenu ambassadeur de bonne volonté à l'Unicef, et dont les effigies géantes sont éparpillées dans tout le pays.

Attaques

Malgré cette popularité, qui ferait rêver n'importe quel homme politique, "Mister George" livre néanmoins actuellement son match le plus difficile. Pour le ballon d'Or 1995, avant-centre magique de Monaco, du PSG ou encore du Milan AC, la campagne présidentielle n'a en effet rien de comparable au combat qu'il livrait sur les terrains face aux défenses adverses. Car si sa candidature est accueillie comme une bouée de sauvetage par les masses populaires, elle est très mal perçue par la classe politique libérienne. Pour les dirigeants actuels du pays, George Weah ne fait pas partie des leurs.

Devenu l'homme à battre, les attaques n'ont ainsi pas manqué ces derniers mois. On a pointé son manque d'éducation et d'instruction -il a quitté l'école très tôt. On a raillé ses atermoiements avec la religion -catholique d'origine, il a rejoint l'islam avant de se reconvertir à nouveau. On a souligné que depuis sa retraite, il a passé plus de temps dans son appartement new-yorkais plutôt qu'à Monrovia. Certains ont même tenté d'empêcher sa candidature car il possède la double nationalité franco-libérienne. Lui s'est simplement contenté de faire remarquer que les élites expérimentées soi-disant "instruites" n'ont jamais réussi à sortir le Liberia de l'ornière. Et a basé sa campagne sur la lutte contre la corruption. Sur ce point, même si certains de ses proches ont été éclaboussés, son immense fortune rassure ses concitoyens.

Programme flou

Pour le reste, son programme est plutôt flou : il promet de construire des écoles, des routes des hôpitaux, sans véritablement expliquer comment il compte s'y prendre. "Je sais ce que c'est que d'être pauvre au Liberia" se contente-t-il de répondre dans ses meetings, qu'il termine parfois balle aux pieds. "Je sais qu'il y a beaucoup de pression sur moi, et que les yeux de l'étranger sont fixés sur le Liberia parce que je suis le candidat présidentiel que tout le monde souhaite voir gagner" souligne-t-il.

Bref, contrairement à un match de foot où le résultat est définitivement acquis au coup de sifflet de l'arbitre, une éventuelle victoire signifierait un nouveau match, le plus dur. Car devenu président, confronté aux problèmes concrets, son charisme ne suffira plus. Il devra convaincre. "Mais j'ai fait face à de grandes pressions avant. Le fait est que j'ai le soutien du peuple du Liberia. Ce que je fais je le fais pour lui, pas pour moi" conclut-il.

(photo d'ouverture-afp-Issouf Sanogo  : George Weah lors d'un meeting)

Par Par Fabrice AUBERT le 10 octobre 2005 à 16:29
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14 Commentaires

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  • Pa Mendy, le 12/10/2005 à 13h13

    Si on suit votre comparaison douteuse et un peu bébète, monsieur le signataire de l'article, la France en 2012 qui porterait Zizou à l'Elysée serait "ravagé par 13 ans de guerre civile -150 000 morts-,dans une situation plus que chaotique : le chômage atteint 80%, l'eau et l'électricité courantes sont absentes à Paris, la capitale, le taux d'alphabétisation dépasse à peine les 50%, la sécurité est tant que bien mal assurée par les 15 000 Casques bleus de l'ONU." (ce qui n'est pas exact : la sécurité un bien assurée et l'eau et l'électricité ne sont pas assurés dans plein de villes d'Afrique -; mais pour le savoir, il faut y etre allé faire son travail de journaliste) De plus, Weah a quitté le Liberia adolescent et n'y est revenu qu'il y a deux ans. Bref, tout ca n'a rien a voir avec le schmilblic, c.A.D, la réalité.je préfere les copier-coller de l'afp. Désolé. A refaire.

  • Patrice, le 12/10/2005 à 13h09

    Je ne le connais même pas en tant que joueur, mais une chose est sûre : il est déjà riche alors il ne risque pas de se présenter pour s'enrichir sur le dos de ses compatriotes. Je suppose donc que c'est par réelle conviction qu'il se présente, et je lui souhaite donc bonne chance pour redresser son pays.

  • Nomena, le 12/10/2005 à 00h07

    Je tiens a feliciter George Weah de sa prise de conscience. Beaucoup d'Africains ont du bon coeur et la meme intention comme lui. Est ce les pays riches et puissants vont aider le Liberia ou semer encore la m.... ?

  • Rachid, le 11/10/2005 à 19h56

    Ce n'est pas l'expérience qui compte, ni même la formation, c'est l'envie de réussir, d'atteindre un but (sans jeu de mot). C'est bien beau de sortir de Science-Po et d'avoir fait une longue et belle carrière, on en voit le résultat aujourd'hui en France. Comme un ingénieur-éléctricien qui a 20 ans de métier mais qui a passé 20 ans a changé des ampoules. Ce sont les faits qui comptent. Quand on veut on peut. A bas les préjugés dévalorisants. S'il le souhaite vraiment, il y arrivera. Je lui souhaite en tout cas bon courage et bonne chance Mister George !!! P.S. : Je ne suis aucunement fan de foot.

  • Alain, le 11/10/2005 à 17h39

    On dirait la France avec Chirac dans le role de Taylor et Bove dans le role de Weah. Pauvre democratie!

  • Rko95, le 11/10/2005 à 11h12

    En espérant que le vote ne soit pas truqué, sa candidature est la plus utile du pays comparé a tout les autres qui vont continués à s'en mettre plein les poches, george weah a toujours été droit, c'est le président qu'ils leurs faut, bonne chance mister george.

  • Saidi, le 11/10/2005 à 10h42

    Je pense qu'il faut lui donner sa chance avant de juger, qui sait peut-être il fera un bon Président. bonne chance Mister Weah !

  • Isabelle, le 11/10/2005 à 08h45

    Je lui souhaite d'avoir des gardes du corps efficaces et dévoués.

  • Luc, le 11/10/2005 à 08h32

    George Weah tenterait-il de devenir le Arnold Schwartzenegger du Lidéria?

  • Dominique, le 11/10/2005 à 08h14

    Je ne connaîs que le footballeur, pas l'homme politique mais je pense qu'il y a une différence entre ce que l'on veut faire et ce que l'on peut faire. MAis bon...souhaitons lui bonne chance.

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