Bush et la bataille de la Cour suprême

Par Par Fabrice AUBERT, le 07 novembre 2005 à 16h33 , mis à jour le 20 novembre 2005 à 09h49

En nommant un juge conservateur à l'institution judiciaire, le président américain a choisi de satisfaire la base la plus religieuse de son électorat. Si Samuel Alito est confirmé par le Sénat, son choix pourrait s'avérer crucial sur la question de l'avortement.

[Expiré] [Expiré] bush et samuel alito © afp

"The holy war begins" ("La guerre sainte commence"). En juillet dernier, Newsweek résumait de manière choc l'enjeu du choix du remplaçant de Sandra Day O'Connor, démissionnaire, à la Cour suprême. Les neuf juges de l'institution étant nommés à vie, et quasiment irrévocables, un président américain peut ainsi infléchir dans le sens souhaité les débats de société pour de longues années.

La Cour suprême veille en effet à la constitutionnalité des lois et joue un rôle pivot sur la peine de mort et le droit des minorités. Pouvant intervenir dans une élection présidentielle comme en 2000, elle détient surtout la clé de la légalisation ou non de l'avortement, avec toutes les motivations religieuses que cela implique.

Deux nominations en quelques semaines

Pour remplacer Sandra Day O'Connor, juge modérée, George W. Bush avait deux possibilités : satisfaire sa base électorale et choisir un magistrat conservateur à la morale religieuse stricte et surtout opposé à l'avortement, ou préférer l'apaisement avec le camp démocrate en nommant un "libéral". Après réflexion, George W. Bush choisissait fin juillet le juge John Roberts, âgé de 50 ans. Considéré comme le plus brillant juriste de sa génération, il apparaissait comme une solution consensuelle et passait avec facilité la confirmation au Sénat, puisque la moitié de l'opposition démocrate votait pour lui.

Quelques semaines plus tard, la mort du président de l'institution, William Rehnquist, donnait l'occasion au locataire de la Maison Blanche de procéder à une seconde nomination. Début octobre, George W. Bush annonçait son choix. Il s'agissait de Harriet Miers, son ancienne avocate personnelle alors qu'il était gouverneur du Texas, devenue depuis chef des services juridiques de la Maison Blanche. Mais, très rapidement, les critiques fusaient. Les plus objectifs reprochaient à Harriet Miers son inexpérience totale en matière de droit constitutionnel, tandis que la droite religieuse ne la trouvait pas assez conservatrice.

La candidate de Bush malmenée par l'électorat républicain

Résultat : les groupes chrétiens opposés à l'avortement, par le biais d'une intense campagne dans les médias, se mobilisaient pour faire échec à sa confirmation par le Sénat. Avec succès puisque Harriet Miers jetait l'éponge elle-même avant l'épreuve des auditions parlementaires.

Pour George W. Bush, malmené dans les sondages et par la guerre en Irak, le retour à la case départ signifiait un nouveau dilemme : devait-il oui ou non satisfaire la frange la plus extrême de son électorat, prête à se retourner contre lui dans la perspective des législatives de l'an prochain ? Sa réponse est claire : en envoyant Samuel Alito à la Cour suprême, il a cédé à sa base pour ressouder le parti républicain.

Avec cet homme de 55 ans, juge à la cour d'appel fédérale de Philadelphie depuis 1990, cinq des neuf magistrats de la Cour suprême sont désormais classés dans le camp conservateur. Satisfaits, les groupes de pression religieux espèrent donc que leur nouveau héraut permettra d'aboutir à terme à l'abrogation de "Roe versus Wade", la décision de de 1973 qui autorise l'avortement.

Confirmation difficile

Parmi ses nombreuses décisions, Samuel Alito s'est ainsi déjà distingué en soutenant notamment une loi en Pennsylvanie imposant à une femme de prévenir son mari avant un avortement, texte par la suite rejeté par la Cour suprême. A l'opposé, les mouvements de gauche, comme MoveOn, ou féministe, comme NOW (National organisation for women), affirment que "plusieurs des droits fondamentaux sont menacés". "C'est le droit à notre vie privée, notre droit à prendre nos propres décisions de santé et de contraception qui est en jeu" lance par exemple le Planning familial.

La prochaine bataille de cette "guerre sainte" consistera donc à confirmer ou non Samuel Alito au Sénat. Ses auditions auront lieu en janvier, avant le vote prévu à la fin du mois. Avant de s'installer, il devra obtenir la majorité mais les Démocrates auront un dernier recours avec la possibilité de jouer l'obstruction si moins de 60 sénateurs valident la candidature. Les Républicains ne disposant que de 55 sièges, il leur faudra convaincre plusieurs Démocrates. D'ici là, les groupes de pression des deux camps s'apprêtent, à coup de milliers de dollars, à lancer de nombreuses opérations de propagande, notamment dans les médias.

(photo afp-Luke Frazza : George W. Bush et Samuel Alito)

Par Par Fabrice AUBERT le 07 novembre 2005 à 16:33
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

11 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Tom, le 07/11/2005 à 19h25

    C'est une bonne nouvelle, l'avortement comme il l'existe aux usa est totalement honteux et scandaleux. En france le système est mieux, 10 semaines ou 12 semaines à la limite ok mais plus tard jusque avant l'accouchement c'est un meutre ni plus ni moins.

  • Bob, le 07/11/2005 à 16h56

    Micolet, je pense que vous êtes à côté de la plaque sur pas mal de choses, à commencer par le fait que vous généralisez alors que la situation diffère d'un état à l'autre. Je ne suis pas sûr, par ailleurs, que vos propos soient tout à fait exacts sur le "late term abortion". Un éclairage documenté sur le sujet de la part de TF1 serait, je pense, utile au débat.

  • VEronique, le 07/11/2005 à 16h51

    Bonjour, Habitant les US je désire remettre les pendules à l'heure. Si la Cour Suprême revient sur Roe v. Wade, cela ne signifiera pas que l'avortement sera interdit aux Etats-Unis mais que la question devra être légiférée par cas par chaque Etat.

  • George W., le 07/11/2005 à 16h43

    Quelqu'un peut-il expliquer aux Francais le fonctionnement des institutions americaines? Manifestement l'ecole et les medias ne le font pas.

  • Micolet, le 07/11/2005 à 14h38

    Ce que l'on ignore en France,ce sont les règles qui régissent l'avortement aux USA.Comme il ne s'agit pas d'une loi passée devant le congrès, avec des arguments pour et contre mais du résultat d'un jugement sur le droit à la "privacité" tout est possible. Les avortements sont donc autorisés jusqu'au dernier trimeste, c'est à dire 5 minutes avant une naissance naturelle. Le tout est de tuer le bébé avant que la tête ne soit complètement sortie de la mère. je vous passe les détails. Les démocrates se sont toujours opposés à discuter cet horrible aspect, de peur de perdre le débat en général. Quel courage!

  • Fred, le 07/11/2005 à 12h05

    Cher Alain, de Los Angeles, il est bon de vivre sans avoir sur la conscience des milliers d'Irakiens, des violations de droits de l'homme à répétition et un gouvernement corrompu jusqu'à la moëlle... à bon entendeur...

  • Toufou, le 07/11/2005 à 11h53

    Bonjour à toutes les filles de France et des Etats-Unis et d'ailleurs aussi. Ok si ils veulent abolir l'avortement. Une seule solution, ne couchez plus avec un homme à moins qu'il ne se marie avec vous avec un solide contrat de mariage. On verra si les je t'aime pour coucher seront aussi nombreux. Quant à ceux qui sont contre l'avortement adopter les enfants ou régler les notes des "parents" qui ne seront pas en mesure de les élever car un jour c'est chez vous qu'ils viendront chercher des "comptes". merci de me publier parce que les hommes nous veulent toujours belles saintes vierges romantiques et tout et tout mais n'arrête pas de vouloir s'amuser sans en assumer les risques, hum.?!

  • Lo-Ran, le 07/11/2005 à 11h15

    Mr Alain de Los Angeles : je ne partage pas votre avis. Le mien est que Chirac, Berlusconi (pensiez-vous à lui dans votre commentaire?), et Bush se construisent un arsenal de protection contre toute tentative juridique de les bloquer dans leurs magouilles et leur détournement de la démocratie. Berlusconi se créé des lois sur mesure (c'est très voyant), Chirac se protège en envoyant au casse pipe certains bras droits (exemple la semaine dernière Didier Schuller & Balkany), et en nommant au conseil constitutionnel et dans les rouages immuables de l'Etat des soutiens sans faille. Et Bush... Ah Bush ... Lui fait pareil (Cour Suprème) mais en plus efficace et plus violent (remplacement de l'appareil démocratique ET financier par des soutiens sans faille aussi). Ces 3 chefs d'Etat sont un exemple criant du délit de détournement de la démocratie pour satisfaire son "groupe". Merci de me publier.

  • Laurent, le 07/11/2005 à 10h14

    Bush me fait de plus en plus penser à un grand inquisiteur... pauvres USA, ce type fait bien plus de dégats qu'on ne le pense...

  • Alain, le 07/11/2005 à 09h33

    Mon cher Jim, je te rassure, il fait tres bon vivre aux US, ou la loi est respectee, la democratie vivante et ou le president n'a pas besoin de se voter une loi pour eviter la prison. Il faut lire autre chose que la presse aux ordres

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience