© afp"The holy war begins" ("La guerre sainte commence"). En juillet dernier, Newsweek résumait de manière choc l'enjeu du choix du remplaçant de Sandra Day O'Connor, démissionnaire, à la Cour suprême. Les neuf juges de l'institution étant nommés à vie, et quasiment irrévocables, un président américain peut ainsi infléchir dans le sens souhaité les débats de société pour de longues années.
La Cour suprême veille en effet à la constitutionnalité des lois et joue un rôle pivot sur la peine de mort et le droit des minorités. Pouvant intervenir dans une élection présidentielle comme en 2000, elle détient surtout la clé de la légalisation ou non de l'avortement, avec toutes les motivations religieuses que cela implique.
Deux nominations en quelques semaines
Pour remplacer Sandra Day O'Connor, juge modérée, George W. Bush avait deux possibilités : satisfaire sa base électorale et choisir un magistrat conservateur à la morale religieuse stricte et surtout opposé à l'avortement, ou préférer l'apaisement avec le camp démocrate en nommant un "libéral". Après réflexion, George W. Bush choisissait fin juillet le juge John Roberts, âgé de 50 ans. Considéré comme le plus brillant juriste de sa génération, il apparaissait comme une solution consensuelle et passait avec facilité la confirmation au Sénat, puisque la moitié de l'opposition démocrate votait pour lui.
Quelques semaines plus tard, la mort du président de l'institution, William Rehnquist, donnait l'occasion au locataire de la Maison Blanche de procéder à une seconde nomination. Début octobre, George W. Bush annonçait son choix. Il s'agissait de Harriet Miers, son ancienne avocate personnelle alors qu'il était gouverneur du Texas, devenue depuis chef des services juridiques de la Maison Blanche. Mais, très rapidement, les critiques fusaient. Les plus objectifs reprochaient à Harriet Miers son inexpérience totale en matière de droit constitutionnel, tandis que la droite religieuse ne la trouvait pas assez conservatrice.
La candidate de Bush malmenée par l'électorat républicain
Résultat : les groupes chrétiens opposés à l'avortement, par le biais d'une intense campagne dans les médias, se mobilisaient pour faire échec à sa confirmation par le Sénat. Avec succès puisque Harriet Miers jetait l'éponge elle-même avant l'épreuve des auditions parlementaires.
Pour George W. Bush, malmené dans les sondages et par la guerre en Irak, le retour à la case départ signifiait un nouveau dilemme : devait-il oui ou non satisfaire la frange la plus extrême de son électorat, prête à se retourner contre lui dans la perspective des législatives de l'an prochain ? Sa réponse est claire : en envoyant Samuel Alito à la Cour suprême, il a cédé à sa base pour ressouder le parti républicain.
Avec cet homme de 55 ans, juge à la cour d'appel fédérale de Philadelphie depuis 1990, cinq des neuf magistrats de la Cour suprême sont désormais classés dans le camp conservateur. Satisfaits, les groupes de pression religieux espèrent donc que leur nouveau héraut permettra d'aboutir à terme à l'abrogation de "Roe versus Wade", la décision de de 1973 qui autorise l'avortement.
Confirmation difficile
Parmi ses nombreuses décisions, Samuel Alito s'est ainsi déjà distingué en soutenant notamment une loi en Pennsylvanie imposant à une femme de prévenir son mari avant un avortement, texte par la suite rejeté par la Cour suprême. A l'opposé, les mouvements de gauche, comme MoveOn, ou féministe, comme NOW (National organisation for women), affirment que "plusieurs des droits fondamentaux sont menacés". "C'est le droit à notre vie privée, notre droit à prendre nos propres décisions de santé et de contraception qui est en jeu" lance par exemple le Planning familial.
La prochaine bataille de cette "guerre sainte" consistera donc à confirmer ou non Samuel Alito au Sénat. Ses auditions auront lieu en janvier, avant le vote prévu à la fin du mois. Avant de s'installer, il devra obtenir la majorité mais les Démocrates auront un dernier recours avec la possibilité de jouer l'obstruction si moins de 60 sénateurs valident la candidature. Les Républicains ne disposant que de 55 sièges, il leur faudra convaincre plusieurs Démocrates. D'ici là, les groupes de pression des deux camps s'apprêtent, à coup de milliers de dollars, à lancer de nombreuses opérations de propagande, notamment dans les médias.
(photo afp-Luke Frazza : George W. Bush et Samuel Alito)
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