
Près de deux mois après les élections législatives du 18 septembre, l'Allemagne dispose enfin d'un gouvernement de "grande coalition", droite et gauche ayant trouvé vendredi à l'arraché un accord sur leur programme de gouvernement. "Je me réjouis de vous dire que le contrat pour la constitution de la deuxième grande coalition fédérale dans l'histoire de l'Allemagne est sur pied", a annoncé la conservatrice Angela Merkel à l'issue d'une dernière série de négociations entre les Unions chrétiennes CDU-CSU et le Parti social-démocrate (SPD) à Berlin. "Les conditions sont réunies, le contrat est là", a confirmé le président sortant du SPD, Franz Müntefering, futur vice-chancelier et ministre du Travail, dans un point presse commun avec Angela Merkel. Cette dernière va donc comme prévu devenir la première chancelière de l'histoire de l'Allemagne et la première femme chef de gouvernement d'un grand pays européen depuis la Française Edith Cresson au début des années 90.
A l'issue de près de quatre semaines de négociations, les deux camps ont résolu vendredi tous les points de litige sur les réformes à engager pour tenter de sortir l'économie de l'ornière au cours des quatre prochaines années, la durée d'une législature en Allemagne. Pour Angela Merkel, l'objectif premier de cette "grande coalition" est la lutte contre le chômage, qui touche plus de 4,5 millions de personnes. La facture s'annonce toutefois fort salée pour les Allemands qui vont devoir consentir de lourds sacrifices en raison notamment de finances publiques exsangue. Les détails de l'accord de coalition ne seront présentés officiellement que samedi au cours d'une conférence de presse à Berlin. Mais de nombreux éléments de ce contrat intitulé "Notre responsabilité commune: courage et humanisme" ont déjà filtré, parmi lesquelles une spectaculaire hausse de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de trois points de pourcentage le 1er janvier 2007.
Les mécontents de la CDU et du SPD
Les cotisations retraites, financées à parité entre salariés et employeurs, vont par ailleurs passer de 19,5% à 19,9% du salaire brut à partir de 2007. Quant à l'âge du départ en retraite, il va progressivement être allongé de 65 à 67 ans. Dans le domaine de l'emploi, la protection accordée aux salariés contre un licenciement ne sera plus applicable pendant les deux premières années d'embauche, ce qui revient à prolonger la période d'essai de six à 24 mois dans les entreprises de plus de 15 salariés. Un impôt pour les "riches" (particuliers dont le revenu annuel dépasse 500.000 euros pour un couple, et 250.000 euros pour les personnes seules) sera introduit à compter du 1er janvier 2007, sous la forme d'une tranche supplémentaire de l'impôt sur le revenu. Un programme d'investissements publics de 25 milliards d'euros est également prévu dans ce vaste catalogue de 130 pages.
Les dirigeants conservateurs et sociaux-démocrates vont maintenant devoir faire approuver ce contrat de coalition par leurs partis, qui se réunissent chacun de leur côté en congrès lundi. Or un mécontentement certain devrait s'exprimer dans les rangs des deux grandes formations. Droite et gauche ont dû sur de nombreux points renoncer à leurs promesses électorales, notamment Angela Merkel qui avait fait une campagne aux accents libéraux. Le SPD s'était ainsi prononcé fermement contre l'assouplissement des règles de licenciement et, dans une moindre mesure, contre une hausse de la TVA. L'accord sera ensuite paraphé par les deux camps au cours d'une cérémonie solennelle le 18 novembre, quatre jours avant la passation de pouvoir entre le social-démocrate Gerhard Schröder et la chrétienne-démocrate Angela Merkel, le 22 novembre au Bundestag, chambre basse du parlement.
Photo d'ouverture : Angela Merkel - archives
Retour MYTF1
Chargement en cours...




