
La légende vivante du football argentin Diego Maradona a été la vedette vendredi à Mar del Plata d'un rassemblement massif de 40.000 personnes où il a appelé à "virer" le président américain George W. Bush d'Argentine, peu avant l'ouverture du IVe Sommet des Amériques. "Je vous aime. L'Argentine est digne. Virons Bush", a lancé Maradona, recevant l'ovation du stade de Mar del Plata, après avoir été prié de "dire quelques mots" par le président vénézuélien Hugo Chavez. Celui-ci a harangué la foule pendant deux heures et demie, accusant les Etats-Unis de vouloir envahir son pays. Une grande pancarte à l'image du guérillero argentino-cubain Ernesto Che Guevara dominait la scène au pied de laquelle avaient été placés des portraits des "libérateurs" José Marti, Simon Bolivar et José de San Martin.
Maradona, venu en train spécial de Buenos Aires, a été accueilli à Mar del Plata (côte est de l'Argentine) par une foule, mêlant chants de supporteurs de football et slogans anti-Bush. Il a qualifié Bush d'"ordure humaine", justifiant sa présence aux mobilisations de Mar del Plata par la nécessité de "démontrer que nous pouvons lui dire Non". Contrairement à ce qui était prévu, Maradona n'a pas pris la tête d'une marche de plus de 10.000 personnes contre Bush et le projet américain de Zone de libre-échange continentale (ZLEA) et s'est directement rendu au stade, point d'arrivée du défilé.
"La ZLEA est synonyme de mort, pauvreté et marginalisation"
Le cortège était mené par le chef indigène bolivien Evo Morales, le Prix Nobel de la paix argentin Adolfo Perez Esquivel et la présidente des Mères de la Place de Mai (familles de disparus de la dictature) Hebe de Bonafini. Malgré la pluie et un vent froid, les grandes organisations de gauche argentines avaient envoyé des milliers de militants, notamment du mouvement des "piqueteros" (exclus sociaux) "Barrios en pié" (Quartiers debout), de la Fédération Terre et Logement, et du syndicat Central des travailleurs argentins (CTA). "Pour l'Amérique latine, la ZLEA est synonyme de mort, pauvreté et marginalisation", a dénoncé Adolfo Perez Esquivel, en faisant l'éloge de la politique castriste. Drapeaux noirs frappés de la mention "Bush terroriste numéro un", bannières rouges où était écrit "Bush dehors" ou qui étaient ornées du visage du Che, émaillaient le défilé ainsi qu'un immense "patchwork" des drapeaux d'Amérique latine. Les 8.000 policiers déployés pour protéger le sommet des présidents du continent étaient totalement invisibles tout au long de la marche.
64 interpellations en marge du sommet
En revanche, quelques heures après cette marche, des échauffourées ont éclaté entre des groupes radicaux et les forces de l'ordre et se sont soldées par l'arrestation de 64 personnes. Environ 300 manifestants, la tête couverte de passe-montagnes, se sont massés le long des très hautes barrières métalliques érigées pour isoler le théâtre auditorium où étaient réunis les présidents des 34 pays du continent, ou leurs représentants. Les jeunes manifestants, opposés farouchement à la politique économique néo-libérale américaine et à la guerre en Irak, ont jeté des pierres sur les forces de sécurité fortement équipées et regroupées derrière les barrières. Celles-ci ont répliqué par des tirs nourris de gaz lacrymogène, provoquant la dispersion désordonnée des protestataires dans les rues avoisinantes. Les policiers ont réussi à contenir les manifestants au-delà du cordon le plus éloigné -- environ 600 mètres -- du théâtre auditorium. Frustrés de ne pas pouvoir passer, les manifestants appartenant surtout au Parti ouvrier (trotskiste) et au Parti Communiste révolutionnaire (maoïste) s'en sont pris à une succursale du groupe Telefonica et à trois filiales bancaires. Les grandes chaînes d'informations en continu américaines (CNN, MSNBC, Fox News), ont interrompu leurs programmes pour diffuser des images montrant "les manifestants anti-américains".
Photo d'ouverture : l'ouverture du IVe Sommet des Amériques à Mar del Plata - DR
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