
Plus de deux mois après sa courte victoire aux élections législatives et à l'issue de négociations serrées pour former le deuxième gouvernement de "grande coalition" qu'ait connu la République fédérale, Angela Merkel est officiellement devenue mardi matin la première chancelière de l'histoire de l'Allemagne.
La présidente de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) a recueilli la majorité des suffrages des députés du Bundestag, soit 397 voix sur 614. Sur les 612 députés présents, 202 se sont prononcés contre, 12 se sont abstenus et une voix était nulle. La majorité absolue était de 308 voix. Une cinquantaine de députés des trois partis de lacoalition au pouvoir ont donc voté contre Angela Merkel. Celle-ci a ensuite prêté serment un peu plus tard.
Après la cérémonie de passations des pouvoirs avec Schröder, le second gouvernement de "grande coalition" de l'Allemagne, après celui de Kurt Georg Kiesinger (CDU) de 1966 à 1969, s'est réuni pour la première fois en soirée. Dès mercredi, Angela Merkel fera sa première visite de Chancelière à l'étranger, à Paris.
Deux mois de lutte
Cette élection est la fin d'un parcours du combattant qui avait démarré le 18 septembre. Handicapée par un programme aux accents libéraux, une campagne trop terne et la remontée du chancelier social-démocrate sortant Gerhard Schröder, Angela Merkel avait vu sa confortable avance dans les sondages réduite à un point (35,2% contre 34,2%). Incapables de former une coalition avec leur allié naturel - les libéraux du FDP pour les conservateurs, les Verts pour le SPD - les deux "partis populaires" ont été contraint de définir un programme commun de gouvernement, établissant une relation de confiance impensable l'été dernier. Après quatre semaines de discussions, marquées par des crises au sein des deux formations, les deux camps ont accouché le 11 novembre d'un texte baptisé "Prendre nos responsabilités : courage et humanité".
Abandonnant une grande partie du programme libéral de la CDU, ce programme prévoit une réduction drastique des dépenses, des hausses d'impôts, la TVA passant de 16 à 19% en 2007, contrebalancés par un programme d'investissements de 25 milliards d'euros dès 2006 pour "remettre l'Allemagne dans le peloton de tête" de l'Europe, selon Mme Merkel. Mais pour faire repartir la croissance, en berne depuis 2001, le futur gouvernement va encore creuser le déficit et violer la Constitution allemande en contractant plus de nouvelles dettes qu'il n'engage d'investissements. Les Verts et le Parti de gauche (néo-communistes) n'ont pas exclu de porter plainte auprès de la Cour constitutionelle. Ce budget est aussi critiqué par la presse, le quotidien Süddeutsche Zeitung estimant "hypothétique que l'économie se redresse en si peu de temps". Face à ces attaques, en particulier aussi des milieux économiques, le gouvernement (8 sociaux-démocrates, 8 conservateurs) a resserré les rangs, faisant front commun.
(photo : Angela Merkel lors de sa prestation de serment)
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