Le patron de RSF refoulé à Tunis

le 17 novembre 2005 à 15h49 , mis à jour le 17 novembre 2005 à 18h51

Robert Ménard, secrétaire général et fondateur de Reporters Sans frontières, a été refoulé de Tunisie jeudi. Il était venu participer au Sommet mondial sur la société de l'information. Il accuse depuis des années la Tunisie de violer la liberté d'expression.

menard robert france personnalites population © INTERNE

Tout bonnement chassé. Le secrétaire général de l'organisation française Reporters sans frontières (RSF), Robert Ménard, venu participer au Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) a été refoulé jeudi de Tunisie. Arrivé à bord d'un vol Air France, Robert Ménard, qui accuse depuis des années la Tunisie de violer la liberté d'expression, s'est vu demander de rester à bord de l'appareil avec lequel il a regagné son pays en début d'après-midi.

"Je suis sidéré. J'ai tous les papiers en règle pour entrer dans ce pays, un passeport et un numéro d'accréditation au SMSI, et on me dit que je ne peux pas entrer", a-t-il déclaré au téléphone avec Jean-François Julliard l'un de ses collaborateurs de RSF et à des journalistes.

Violences et saccages

Les autorités tunisiennes ont indiqué qu'il n'avait pas été autorisé à débarquer car il était "sous le coup d'une instruction judiciaire en cours pour violences et saccages de biens publics tunisiens en France". Robert Ménard avait participé en 2001 à une protestation contre les violations de libertés publiques en Tunisie dans les locaux de l'Office du tourisme tunisien à Paris. Il a donc "été prié ce jour de quitter le territoire tunisien en attendant de recevoir une convocation du magistrat en charge de l'affaire", a-t-on déclaré de source officielle tunisienne.

La justice française avait "ordonné en référé son expulsion des lieux et sa poursuite pour obstruction par la violence à la liberté de travail dans un établissement public et destruction volontaire de bien d'autrui" et une plainte avait été déposée à Tunis, a-t-on ajouté de même source.

"Un double langage"

L'Union internationale des télécommunications (UIT), agence de l'Onu chargée des accréditations au SMSI avait estimé mercredi que ces poursuites étaient "visiblement étrangères à sa participation au SMSI". "Les dispositions de l'accord avec le pays hôte relatives à l'immunité juridictionnelle ne sont pas applicables", avait ajouté l'UIT. "Les propos indécents tenus en outre hier (mercredi) par Robert  Ménard à l'égard des Nations Unies, dont il qualifie les fonctionnaires de 'faux-culs' et où il se définit lui-même comme 'fou furieux' sont suffisamment éloquents, et se passent de tout commentaire", ont souligné les autorités tunisiennes.

Devenu, selon Jean-François Julliard, présent à Tunis avec d'autres membres de RSF accrédités au SMSI, "la bête noire (du président Zine El Abidine) Ben Ali", Robert Ménard a en outre accusé le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, de tenir "un double langage". "Douste-Blazy fait de grandes déclarations à Paris, mais il ne veut pas se fâcher avec les Tunisiens", a-t-il déclaré par téléphone.

Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a "regretté" que "dans ce cas particulier, aucune solution n'ait pu être trouvée". "C'est devenu une affaire quasi personnelle (ndlr: entre MM. Ménard et Ben Ali) puisque il y a des représentants de RSF au SMSI. Ce sont les autorités tunisiennes qui bloquent", a déclaré Jean-François Julliard.

Tunis présente ses excuses à la RTBF


Le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, a indiqué jeudi devant le parlement que la Tunisie avait "présenté des excuses" pour l'incident dont a été victime  une équipe de la télévision publique belge. Ces excuses ont été formulées par le Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Hatem Ben Salem. La RTBF avait indiqué lundi qu'une de ses équipes avait été molestée le même jour à Tunis alors qu'elle préparait un reportage sur la liberté d'expression en Tunisie en vue du Sommet mondial sur la société de l'information. Mardi, les autorités tunisiennes avaient démenti l'agression.

le 17 novembre 2005 à 15:49
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9 Commentaires

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  • Citoyen tunisien, le 18/11/2005 à 11h35

    Je pense que le sommet mondial de la société de l'information est une grande réussite pour la tunisie et les tunisiens et je trouve que c'est malheureux de mettre l'accent sur la liberté d'expression et de passer à coté de l'évènement en lui même. Bravo la tunisie , pour l?organisation et bravo au tunisiens qui ont permis la réussite de cette évènement.

  • Zolaccuse, le 17/11/2005 à 18h45

    Je suis surpris par la teneur populiste de certains internautes du forum, pour qui les journalistes seraient des personnes hautaines et dédaigneuses, qui ne font qu'un métier, et voilà tout. Il s'agit là de grands reporters qui risquent leur vie en s'investissant dans la quête d'information, et certainement pas d'analystes confortablement installés dans leur bureau ... Oui, le journalisme est un sacerdosse comme toutes les professions où l'éthique est le fondement même de la pratique (la lecture de St Simon ou de Montaigne serait bien utile pour certains). Il s'agit de souligner que la position politique de la France est encore une fois hors de toute réalité. Comment peut on tenir un discours aussi moralisateur que celui de J Chirac à propos des valeurs fondamentales de la République, suite au problème des banlieues, et envoyer deux jours après, son sous produit de la diplomatie (le bien heureux cardiologue Douste Blazy)dans un pays qui n'observe aucun de ces mêmes fondements ? L'éthimologie du mot diplomatie reprend la racine grecque "diplo", qui veut dire double : comme double jeu peut- être ?

  • Cassiopée, le 17/11/2005 à 18h19

    On commence enfin à remettre certains journalistes à leur place. Il me semble que c'est une bonne chose.

  • Brigitte, le 17/11/2005 à 17h58

    Je note que la censure n'existe pas qu'en tunisie puisque ma reaction a ete censurée par TF1 ! Elle est belle la France qui cautionne le regime Tunisien !!

  • Jean, le 17/11/2005 à 17h47

    Les journalistes se croient tout permis, il est temps que les journalistes comprennent qu'ils n'ont pas tous les droits

  • Tarak KLAA, le 17/11/2005 à 17h37

    Je suggère à Monsieur MENARD d'aller s'exhiber à RANGOON (BIRMANIE) ou à PYONG YANG(COREE DU NORD) , ou dans d'autres pays où les droits de l'homme sont bien plus mal en point qu'en Tunisie , et où de surcroît les performances économiques et sociales sont bien moins flatteuses ! Il sait qu'il n'a rien à craindre à Tunis. Il y a 1 million d'internautes en Tunisie , et la grande majorité sont en liberté. Les mêmes qui prétendent qu'aujourd'hui il y aurait 401 prisonniers politiques en Tunisie , ont dû sérieusement revoir leurs estimations à la baisse ,car ils avançaient des chiffres variant de 2000 à 6000 il y a quelques années , ce qui prouve à quel point il s'agit manifestement d'intox , de surénchère et de spéculations gratuites! Malgré tout je constate que beaucoup d'autres journalistes font leur métier sérieusement et objectivement , et savent critiquer , parfois très sévèrement , sans pour autant avoir recours à la caricature.

  • Bazin, le 17/11/2005 à 16h47

    Ne me dites que tout le monde est surpris.Cela fait des années que des avocats, des journalistes, etc... sont dans les prisons tunisiennes ou subissent des pressions de la part du pouvoir.Beaucoup de politiques,des sociétés out fermé les yeux pour que les affaires continuent.Combien de journalistes français ont été invités par le régime tunisien pour des séjours tout frais payés afin de taire la repression et donner une bonne image de la tunisie alors à bon entendeur salut.

  • Alexander Khann, le 17/11/2005 à 16h47

    Il ne faut pas s'étonner : des cas où des gens en règles se présentent à l'aéroport et qui se font refoulé en France existe tout autant. D'autant que ce Monsieur Ménard, fait plus figure de politicien que "journaliste". Il sait bien ce que c'est la partialité - et s'en est bien approprié ! Vive la liberté de la presse muselée en FRANCE !

  • Laurent, le 17/11/2005 à 16h44

    Ce genre de journaliste se croit toujours tout permis;il est bon de temps en temps de les remettre en place et de leur expliquer qu'ils ne sont pas au dessus des lois, et que les memes règles s'appliquent sur eux que sur n'importe quel citoyen lambda. Allumer des feux et dénoncer ensuite les incendies qui en résultent, voila le travail de ce genre de provocateurs. Etre journaliste, ce n'est pas un acte de foi ou un sacerdoce; c'est un métier, ni plus, ni moins. Les journalistes ont souvent la grosse tete, sans raison d'ailleurs; un peu de déontologie à hauteur des droits qu'ils revendiquent sans cesse, ce serait bien le mimimum.

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