Ante Gotovina, chef de guerre croate, arrêté en Espagne

le 08 décembre 2005 à 12h59 , mis à jour le 08 décembre 2005 à 22h10

Recherché pour crimes de guerre par le TPI, considéré comme un héros dans son pays, le général Ante Gotovina est sous les verrous après des années de traque. Son arrestation a été annoncée par Carla del ponte.

gotovina arrêté

Le général croate, Ante Gotovina, inculpé de crimes de guerre et dont la fuite a contrecarré les aspirations de la Croatie à entrer dans l'UE, a été arrêté, a annoncé, jeudi à Belgrade, le procureur du Tribunal pénal international de La Haye, Carla del Ponte. Gotovina "est maintenant en détention et sera transféré à La Haye", a-t-elle ajouté. Il a été à cette fin présenté jeudi soir à un juge de l'Audience nationale, la plus haute instance pénale espagnole, qui a décidé de son incarcération à Madrid.

Ante Gotovina, 50 ans, était en fuite depuis son inculpation en 2001 par le TPI de crimes de guerre commis à l'encontre de Serbes de Croatie à la fin du conflit serbo-croate de 1991-1995. En Croatie, il est perçu comme un héros de la guerre d'indépendance mais ses détracteurs dressent de lui le portrait d'un bandit, notamment en raison d'informations publiées dans la presse sur des vols et un enlèvement perpétrés en France dans les années 1980, qui lui ont valu une condamnation en 1986 à cinq ans de prison dans une affaire de vol de bijoux. Sa cavale a considérablement retardé les aspirations de la Croatie à s'intégrer à l'Union européenne et avait été, en mars dernier, la raison d'un report de l'ouverture de négociations avec l'UE.

Les massacres de l'opération "Tempête"

Né le 12 octobre 1955 sur l'île de Pasman, près de Zadar (centre de la Croatie), il n'avait que 16 ans lorsqu'il a quitté son pays en s'engageant comme marin. Son esprit aventurier le mène vers la Légion étrangère. Il achève son service en 1979 avec le grade de caporal-chef et obtient la nationalité française. Il travaille ensuite pour une compagnie de sécurité, et au passage fait de longs séjours en Amérique centrale et du Sud où il entraîne des paramilitaires locaux.

Lorsque la Croatie proclame son indépendance vis-à-vis de l'ex-Yougoslavie et que la guerre éclate en 1991 avec les sécessionnistes serbes soutenus par Belgrade, il rentre dans son pays. L'ancien caporal-chef de la Légion gravit les échelons pour devenir général un an après le début de la guerre. Alors que la fin du conflit approche, il est nommé en août 1995 commandant de l'opération "Tempête" visant à reprendre le contrôle de la région de Knin alors entre les mains des sécessionnistes serbes. La mission est accomplie en 48 heures, mais ce sont les exactions commises lors de cette opération, notamment le massacre d'au moins 150 civils serbes, qui lui valent d'être inculpé par le TPI. Déjà mis à la retraite en 2000 par le président Stipe Mesic pour avoir co-signé une lettre critiquant la coopération avec le TPI, il s'enfuit dès la publication de son acte d'inculpation.

A Bruxelles, la Commission européenne et le secrétaire général de l'Otan, Jaap de Hoop Scheffer, ont salué comme une "bonne nouvelle" l'annonce de l'arrestation de Gotovina. Mais le secrétaire général de l'Otan a rappelé qu'il restait à arrêter les chefs des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic et Radovan Karadzic, recherchés par le TPI. Sur les 161 personnes inculpées par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie depuis sa création en 1993, six sont encore en fuite. Comme l'affaire Gotovina l'a été pour la Croatie, les cas de Mladic et Karadzic représentent pour la Serbie l'obstacle majeur à son intégration aux institutions euro-atlantiques. Mme Del Ponte doit d'ailleurs remettre prochainement au Conseil de sécurité de l'ONU, un rapport sur la coopération de la Serbie-Monténégro avec le TPI. Une appréciation négative risque de ralentir, voire même de suspendre, les négociations, en cours avec l'UE depuis octobre, pour un accord de stabilisation et association, premier pas vers l'intégration de la Serbie-Monténégro à l'Europe.

Gojko Jankovic transféré à Sarajevo

Le Serbe de Bosnie Gojko Jankovic, inculpé par le TPI de crimes de guerre commis contre des Musulmans lors de la guerre de Bosnie (1992-1995), a été transféré jeudi à Sarajevo, a annoncé le TPI. Jankovic, 51 ans, est accusé pour des viols et des tortures de femmes musulmanes perpétrés à Foca (sud-est de Sarajevo) lorsqu'il était commandant adjoint de la police militaire et l'un des principaux dirigeants paramilitaires de cette ville. Le TPI avait décidé le 15 novembre dernier de transférer son procès en Bosnie. Pour tenter de respecter le calendrier qui lui a été fixé par les Nations unies (fin des procès en première instance en 2008 et des procès en appel en 2010), le TPI transfère ainsi des procès aux juridictions nationales.

Photo d'ouverture : le général Ante Gotovina après son arrestation

le 08 décembre 2005 à 12:59
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2 Commentaires

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  • Christophe, le 08/12/2005 à 15h22

    Quelle honteVoici un homme qui libère son pays, qui aide les Croates à ne plus subir d'oppression. Et voilà un tribunal du machin qui le poursuit. Lui se battait pour la liberté et nous ne faisions rien. Et, en plus, le procureur est suisse c'est à dire l'état le plus neutre donc qui ne veut pas savoir. Ante, je te soutiens !

  • TOVORNIK, le 08/12/2005 à 14h27

    ANTE GOTOVINA ETAIT UN GENERAL EMPLOYE PAR L ETAT CROATE. JE PENSE QU IL RECEVAIT DES ORDRES EN CONSEQUENCE IL N EST PAS LE SEUL RESPONSABLE

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