Le vice-président démissionnaire syrien Abdel Halim KhaddamLe vice-président syrien Abdel Halim Khaddam, considéré comme l'instigateur de la politique syrienne au Liban avant le retrait des troupes syriennes de ce pays, a annoncé vendredi sa démission dans une interview à la chaîne de télévision Al-Arabiya à Dubai. "J'ai beaucoup de choses à dire, des choses graves, au moment opportun", a déclaré au cours du même entretien le responsable syrien, qui a assuré que ses relations demeuraient "amicales" avec le président syrien Bachar al-Assad.
Bachar al-Assad dont il a cependant affirmé, devant les caméras d'Al-Arabiya, qu'il a menacé Rafic Hariri "d'anéantir" toute personne qui s'opposerait aux décisions de la Syrie. Ces propos auraient été tenus "quelques mois avant l'assassinat" de l'ex-Premier ministre libanais, lors d'une rencontre à Damas. A la suite de ces menaces, Abdel Halim Khaddam a, affirme-t-il, conseillé à Rafic Hariri, par le biais de l'ancien ministre de la Défense libanais Mohsen Dalloul, de quitter le Liban.
"A aucun moment, il ne m'est venu à l'esprit que la Syrie assassine Hariri"
"Quelques jours plus tard, j'ai demandé à Mohsen Dalloul de dire à Abou Bahaa (surnom de Rafic Hariri, ndlr) de quitter le Liban, car sa situation auprès de la Syrie était devenue compliquée", a déclaré le vice-président syrien démissionnaire. "Bien sûr, à aucun moment, il ne m'est venu à l'esprit que la Syrie assassine Hariri". Abdel Halim Khaddam a toutefois souligné que ces tensions avaient laissé "certaines impressions auprès des gens", en allusion aux accusations faisant état de l'implication de la Syrie dans l'assassinat. "Les résultats de l'enquête (internationale) infirmeront ou confirmeront ces impressions", a ajouté l'ancien numéro deux syrien.
Abdel Halim Khaddam a démenti les informations sur une rencontre réunissant six hauts responsables syriens, durant laquelle ils se seraient accordés pour "liquider Hariri". Il a en revanche affirmé que les services de sécurité syriens, mis en cause par la commission d'enquête de l'Onu, n'auraient pas pu assassiner l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri sans l'aval du président syrien Bachar al-Assad, dans un entretien télévisé vendredi. "Nous devons attendre les résultats de l'enquête, mais aucun service de sécurité, ou autre, en Syrie ne peut prendre une telle décision unilatéralement". Au lendemain de ces déclarations, les députés syriens ont accusé samedi l'ancien vice-président de "haute trahison" et ont voté une motion demandant qu'il soit traduit en justice.
Le magistrat allemand Detlev Mehlis, qui était chargé de l'enquête, a conclu, dans deux rapports d'étape, à des "preuves convergentes" sur l'implication des services de renseignements syriens et libanais dans l'assassinat de Rafic Hariri le 14 février à Beyrouth, et émis des doutes quant à la réalité de la coopération de la Syrie dans l'enquête. Le 17 décembre, il a pour la première fois depuis le début de l'enquête en juin 2005 publiquement accusé la Syrie, ex-puissance de tutelle au Liban, d'être responsable de l'assassinat du leader libanais, dans une interview au journal arabe Asharq al-Awsat. La Syrie, forcée de retirer ses troupes du Liban deux mois après l'assassinat de Rafic Hariri sous la pression de l'opposition libanaise et de la communauté internationale, a toujours clamé son innocence dans ce meurtre.
Photo d'ouverture : le vice-président démissionnaire syrien Abdel Halim Khaddam, interviewé sur Al-Arabiya - DR
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