
Tony Blair a dégagé la voie à un accord européen crucial, en faisant vendredi soir à Bruxelles un nouveau geste sur le rabais budgétaire de son pays et en se ralliant à une proposition allemande d'augmenter les finances de l'UE. Au terme d'une journée difficile, Tony Blair a ainsi annoncé une "dernière" offre "juste et équitable". "Les gens vont devoir alors décider s'ils veulent ou non un accord", a-t-il poursuivi, en ajoutant : "Nous croisons les doigts". Dans cette proposition qu'il devait soumettre dans la soirée à ses partenaires des 25, il a offert d'abandonner, entre 2007 et 2013, 2,5 milliards d'euros supplémentaires de la ristourne accordée au Royaume Uni. Sur l'ensemble de la période, Londres renoncerait à 10,5 milliards d'euros, soit 20% de la somme (50 à 55 milliards) qui aurait dû lui être reversée sans révision du système actuel, selon des sources européennes.
"Tout n'est pas encore réglé, mais on s'oriente petit à petit vers une solution qui soit cohérente avec le principe de solidarité", a estimé Jacques Chirac lors d'une brève conférence de presse. "Les discussions sont plutôt positives", a ajouté le président français qui, tout en jugeant "prématuré" de se prononcer sur les chances de compromis final, s'est dit "plutôt optimiste quitte à être démenti par les faits". Outre l'avancée sur le rabais, la dernière proposition britannique comporterait, toujours de source européenne, un autre geste majeur : Tony Blair suggèrerait de porter les dépenses globales du budget communautaire 2007-2013 à 862,5 milliards d'euros, soit 13,2 milliards de plus que précédemment. Au final, l'enveloppe budgétaire 2007-2013 pèserait 1,045% du produit intérieur brut (PIB) de l'UE à 27, les 25 plus la Bulgarie et la Roumanie, contre 1,03% dans la précédente proposition britannique et 1,06% dans le projet proposé en juin par le Luxembourg et rejeté à l'époque notamment par le Royaume Uni.
Angela Merkel dans le rôle de la médiatrice
Tony Blair a ainsi repris une offre faite quelques heures auparavant par la chancelière allemande Angela Merkel qui, pour son premier sommet, semble avoir joué le rôle de médiatrice que de nombreux commentateurs attendaient d'elle. Jacques Chirac a revendiqué un travail de concert du couple franco-allemand. "La France, main dans la main avec l'Allemagne, a participé à l'élaboration d'une solution", en évoquant aussi un "soutien actif de l'Italie, l'Espagne et la Pologne". Les dirigeants européens devaient reprendre dans la soirée leurs discussions sur le projet de compromis.
Tony Blair, qui joue au sommet de Bruxelles le bilan de ses six mois à la tête de l'UE, était soumis à une double pression très forte. D'un côté, ses partenaires lui demandaient de renoncer à une part substantielle du fameux rabais britannique. De l'autre, son opinion le poussait à ne rien lâcher, les eurosceptiques ayant déjà crié à la trahison après ses premières concessions. Dès jeudi soir, le Premier ministre britannique avait promis à ses partenaires de mettre "tout (son) courage politique" dans la recherche d'un accord. "Mais mon suicide politique (en Angleterre) n'aidera pas l'Europe", avait-il averti, selon un diplomate.
Si la dernière proposition britannique lâche du lest, elle permet à Londres de conserver en revanche le principe de son rabais qui, dans l'absolu, continuera même d'augmenter. La ristourne décrochée en 1984 par la "Dame de Fer" Margaret Thatcher ne serait abandonnée que dans le cadre d'une révision générale du budget européen qui remettrait en cause les dépenses agricoles, dont la France est la principale bénéficiaire. Un accord budgétaire à 25 est crucial pour aider les nouveaux pays d'Europe centrale et orientale à rattraper leur retard économique. Un échec de dernière minute plongerait aussi un peu plus l'Union européenne dans la crise après les rejets de la Constitution en France et aux Pays-Bas, puis le fiasco en juin des premières négociations budgétaires.
Photo : Tony Blair faisant sa "dernière proposition", vendredi soir, à Bruxelles (DR)
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