
Après deux brèves audiences les 18 octobre et 28 novembre derniers, le procès de Saddam Hussein et de ses sept co-accusés a enfin véritablement commencé ce lundi devant le Haut tribunal pénal irakien.
Cette troisième journée d'audience a néanmoins été marquée par une bataille de procédure qui a provoqué un bref retrait des avocats. Ceux-ci ont voulu contester la légitimité du tribunal et protester contre le refus de la cour d'entendre leurs confrères étrangers, dont Ramsey Clark, l'ancien ministre de la Justice américain.
Première déposition à la barre
Après plus d'une heure de tractations, l'équipe de la défense est revenue dans la salle d'audience, le président du tribunal Rizkar Amine ayant accepté d'entendre deux des défenseurs présenter des doléances au sujet de leur protection.
Le premier témoin direct a ensuite été entendu - le 28 novembre, la déposition d'un ancien responsable des services de sécurité, enregistrée récemment à l'hôpital avant sa mort, avait été diffusée. Cet Irakien a relaté la tragédie de Doujaïl, village au nord de Bagdad, où 148 chiites avaient été massacrés en 1982 en représailles d'un attentat commis lors du passage du convoi de Saddam Hussein.
Saddam pugnace
"D'imposantes forces ont envahi Doujaïl, comme s'il y avait la guerre ...", a raconté Ahmed Hassan Mohammed, membre du parti chiite Al-Dawa. Il a affirmé que des arrestations de masse étaient intervenues après la visite de Saddam Hussein. Il a donné les noms de plusieurs de ses voisins qui ont été tués après l'attentat et a accusé des membres des forces de sécurité de la province proche de Salaheddine d'avoir participé à ce massacre et aux arrestations.
Le témoin a affirmé que ces forces avaient tiré des coups de feu et imposé un couvre-feu dans le village. Il a été interrompu par Saddam Hussein, en colère et toujours aussi pugnace, qui lui a demandé "étiez- vous présent à ce moment là ?", ce à quoi il a répondu : "bien sûr que j'y étais". "Un de mes amis a été torturé. En fait il a été tué devant moi et j'ai été témoin de ce meurtre" a poursuivi Ahmed Hassan Mohammed. "D'autres personnes ont été arrêtées et conduites en prison. Et la plupart d'entre elles, ont été tuées pendant leur détention" a-t-il ajouté.
Il a été de nouveau interrompu par le dictateur déchu qui a hurlé "vous ne m'avez pas donné de stylo ni de papier, comment voulez-vous que je prenne des notes". "J'ai vu les corps de nos voisins, martyrisés, certains étaient méconnaissables" a conclu le témoin. Après l'audition d'un autre témoin, l'audience a été suspendue jusqu'à mardi.
Interrogé juste après la fin de l'audience par la chaîne CNN sur la possibilité pour Saddam Hussein d'être jugé de manière "équitable", l'ancien ministre de la Justice américain Ramsey Clark a affirmé : "Je pense que cela va être très, très dur. Aujourd'hui nous avons eu des preuves supplémentaires. La Cour était chaotique la moitié du temps (avec) deux ou trois personnes s'exprimant en même temps". Il a une nouvelle fois remis en cause la légitimité du tribunal et affirmé que la Cour ne possédait "aucun pouvoir", soulignant qu'elle était "aux ordres" des Américains et du gouvernement irakien.
(photo : les avocats des accusés, dont Ramsey Clark, à gauche)
Un ex-Premier ministre décédé, l'ex-numéro 2 dément sa mort |
Un ancien Premier ministre irakien et proche collaborateur de Saddam Hussein, Mohammad Hamza al-Zoubeidi, est mort pendant le week-end dans une prison de l'armée américaine en Irak, a-t-on appris lundi auprès du commandement américain. Il était la Dame de pique dans le jeu de cartes américain concernant les anciens dirigeants du régime de Saddam Hussein. Le porte-parole militaire du service des prisonniers en Irak, a précisé que Zoubeidi était mort de "mort naturelle", après s'être plaint de douleur à la poitrine. En revanche, Ezzat Ibrahim, dont le parti Baas dissous avait annoncé le décès il y a quelques jours, a catégoriquement démenti cette "rumeur", dans une interview qui lui est attribuée sur des sites internet. "Nous n'avons pas été surpris par de telles rumeurs qui prouvent l'ampleur de l'impasse dans laquelle s'est empêtrée l'administration américaine lorsqu'elle avait décidé d'agresser l'Irak et de l'occuper", déclare-t-il dans le texte qui lui est attribué mais dont l'authenticité ne peut être établie. Ezzat Ibrahim est le roi de trèfle dans le jeu de 55 cartes diffusé par les Américains sur les responsables de l'ancien régime les plus recherchés, et numéro six de la liste. |
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