Tsunami : une ONG à l'heure du bilan

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 22 décembre 2005 à 15h11 , mis à jour le 18 janvier 2006 à 17h56

Solidarités, spécialisée dans l'eau et la reconstruction, compte en permanence une trentaine de personnes en Indonésie et au Sri Lanka. Un an après la catastrophe, Jean-Arnaud Etchanchu, le responsable des missions, fait le point avec tf1.fr sur les actions et les difficultés rencontrées par ses équipes.

sri lanka solidarités © Solidarités

Solidarités est une ONG qui se consacre à l'accès à l'eau, à la sécurité alimentaire et à la reconstruction des infrastructures. Jean-Arnaud Etchanchu est son responsable des missions Asie.

Tf1.fr : Combien avez-vous reçu de dons et quel est votre déploiement logistique sur place ?
Jean-Arnaud Etchanchu : 
Au total, particuliers et institutionnels compris, nous avons récolté 6,2 millions d'euros. Cet argent a quasiment été utilisé en totalité, ou il le sera rapidement.

Nous nous sommes déployés en Indonésie, sur l'île de Sumatra, et au Sri Lanka où nous possédons deux bases à chaque fois : la première dans les capitales et surtout une seconde sur les zones du sinistre pour coordonner l'action sur le terrain. Au total, une trentaine de personnes se relaient et sont donc sur place en permanence. Elles interviennent principalement dans trois domaines : l'eau et l'assainissement, la sécurité alimentaire et la reconstruction.

Tf1.fr : D'une manière globale et compte tenu de la catastrophe, comment jugez-vous la situation un an après ?
J.-A. E. : Tout n'est pas parfait, bien sûr. Mais, globalement, la réponse apportée par les ONG et les autorités locales a répondu aux besoins d'urgence.

"100 000 personnes bénéficiaires"

Tf1.fr : Quelles actions avez-vous mené ?
J.-A. E. :
En Indonésie, 30 000 personnes ont été concernées. Notre programme de drainage de terres agricoles a notamment permis de réhabiliter 800 hectares. Avec la distribution de semences et la fin de la guerre, 4 500 paysans possèdent des terres de nouveau cultivables et peuvent donc envisager l'avenir sereinement. Concernant l'assainissement, avec nos travaux, 16 600 personnes ont retrouvé l'eau potable et 83 puits pour atteindre des nappes phréatiques non polluées ont été creusés. Enfin, nous avons reconstruit 12 écoles et une vingtaine de dispensaires sont en cours. Nous les complétons d'une sensibilisation à l'hygiène auprès des enfants avec la distribution de carnets explicatifs sur ce qu'il faut faire ou ne pas faire. Ils se font ensuite le vecteur de ces bonnes habitudes dans leur famille.

Au Sri Lanka, nous avons touché 70 000 personnes. Nous avons mené une action originale de relance de la pêche en nettoyant des fonds marins sur la côte Est, pour récupérer les débris laissés par le reflux. Quarante zones de "pêche à la senne" ont été nettoyées ce qui permet désormais à 4 700 pêcheurs de travailler et d'assurer leur suffisance alimentaire. Pour l'eau, nous avons mis en place un système de "water-trucking", avec lequel 100 réservoirs de 1 à 2 mètres cube offrent de l'eau potable, et acheminé 18 km de réseau secondaire de distribution.

A chaque fois, nous essayons de rendre un outil de travail, de laisser une trace de notre passage pour entamer un cycle vertueux.

Tf1.fr : Quelles difficultés avez-vous rencontré ?
J.-A. E. : L'arrivée massive d'ONG a paradoxalement créé des difficultés. Il y en a avait par exemple 24 à Aceh avant le tsunami, 250 après. Résultat : cela a créé un embouteillage humanitaire. Les ONG se sont retrouvées de fait en concurrence. Les autorités locales ont su l'utiliser en retardant par exemple la délivrance des permis de construire afin d'obtenir de meilleurs contrats. Traditionnellement, ce secteur de la reconstruction est le plus difficile en raison des autorisations préalables. Cela a donc été encore plus vrai, notamment pour les maisons individuelles.

Un autre exemple : sur le terrain, nous avons dû abandonner un programme intitulé "cash for work". Il consistait à payer les paysans pour nettoyer les champs. Mais on en était arrivé à des situations absurdes où, après avoir attendu une meilleure offre, les locaux n'avaient que 4 ou 5 mètres carrés à s'occuper par jour.

Néanmoins, j'estime que le monde de l'humanitaire a fait face à une situation sans précédent. Les autorités locales ont quant à elles compris le système et en ont joué. Tout n'était pas anticipable.

"Aider les populations non touchées par le tsunami"

Tf1.fr : Quel est votre objectif pour 2006 ?
J.-A. E. : Il est double. Tout d'abord, terminer les programmes déjà entamés. Ensuite, toujours avec notre équipe d'une trentaine de personnes, préparer des programmes de transit entre les situations d'urgence et de post-urgence. Notre action devrait ainsi évoluer géographiquement afin de toucher les populations qui vivent à proximité des zones touchées le 26 décembre 2004. Contrairement à celles-ci, leur habitat n'a pas été réhabilité et l'aide ne leur est pas parvenue. Leur situation est donc très précaire. Nous ferons ensuite le point dans le courant de l'année. Il est encore trop tôt pour envisager une date de départ.

Tf1.fr : Avec le recul, comment jugez-vous la demande de l'arrêt des dons de MSF ?
J.-A. E. : Ils ont eu raison et ont surtout été honnêtes. Evidemment, cela a pu avoir des répercussions sur nous, qui avions toujours besoin de dons. Mais sur le long terme, cette initiative a joué positivement sur l'image du monde de l'humanitaire.

(photo : une équipe de Solidarités creuse un puits au Sri Lanka)

Tsunami, un an après : cliquez ici pour lire notre dossier

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 22 décembre 2005 à 15:11
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1 Commentaires

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  • Justin, le 23/12/2005 à 09h41

    Le club med a bien ouvert, et les hôtels de luxe plus luxueux,les ong et asbl avec leur lourdeur administrative ont du travail pour dix ans minimums avec salaire assuré. Quand aux innocent ?? Cela ne va pas changer grand-chose pour eux. Il faut bien que la générosité de certains serve à quelque chose.

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