
Barah Mikaïl est chercheur sur le Moyen-Orient auprès de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).
Tf1.fr : A moins de trois mois des élections du 28 mars, en quoi l'incapacité de Sharon bouleverse-t-elle la donne politique en Israël ?
Barah Mikhaïl : L'événement politique majeur des derniers mois provenait de la création de Kadima (ndlr : "En avant") qui avait recentré le curseur politique. Mais la grande caractéristique de ce nouveau parti était qu'il se confondait avec la forte personnalité de Sharon. Grâce à lui, les derniers sondages lui donnaient la victoire, avec environ 40 des 120 sièges de la Knesset. Or l'accident du Premier ministre reconfigure le paysage en remettant à l'ordre du jour la bipolarité classique entre travaillistes et Likoud.
Tf1.fr : Kadima est-il hors course ou une forte personnalité peut-elle reprendre le flambeau ?
B.M. : Kadima se fondait vraiment sur Sharon. Sans lui, il ne vaut rien. Shimon Peres et Ehud Olmert sont en effet beaucoup moins fédérateurs et moins populaires. Néanmoins, on ne peut pas exclure un vote émotionnel d'une partie des Israéliens en sa faveur en hommage à Sharon. Mais pour cela, Kadima devra présenter un programme clair, au nom de Sharon, pour assurer sa force et sa légitimité.
Or, pour l'instant, le parti a du mal à s'affirmer car il manque justement de perspectives précises, aussi bien au niveau interne que sur le conflit avec les Palestiniens. Ces derniers jours, la presse israélienne a néanmoins fait état d'un plan de paix déjà préparé par Kadima en vue du scrutin. L'officialisation de ce plan supposé pourrait affirmer sa force politique.
"Tout dépendra du prochain Premier ministre"
Tf1.fr : Si Kadima ne survit pas à Sharon, à qui profitera la situation : au Likoud ou aux travaillistes ?
B.M. : Là est toute la question et toute l'incertitude. Il est en effet clair que les cartes sont redistribuées. Pour l'instant, les sondages donnaient l'avantage à Kadima, devant les travaillistes, et seulement ensuite le Likoud, qui se trouvait au niveau des ultra-nationalistes.
Sans Sharon, Kadima est donc mal parti. Au Likoud, Benjamin Netanyahu va essayer de se poser en seule alternative crédible. Ensuite, tout dépendra des Israéliens. Ils ont la volonté de discuter avec les Palestiniens mais reste à savoir quelle option ils choisiront : celle, modérée, des travaillistes de Peretz ou celle, plus radicale, du Likoud.
Tf1.fr : Justement, concernant ce processus avec les Palestiniens, la volonté de Sharon -restituer aux Palestiniens la plus grande partie de la Cisjordanie occupée, mais garder les blocs de colonies et Jérusalem-est - est-elle remise en cause ?
B.M. : Il est trop tôt pour se prononcer. Tout dépendra de l'évolution d'Israël et de son futur Premier ministre. Sur ce sujet, avec l'incertitude qu'il engendre, l'accident de Sharon représente un réel séisme.
Tf1.fr : La tenue des élections palestiniennes du 25 janvier est déjà menacée par le chaos interne à l'Autorité palestinenne. Ces menaces sont-elles aggravées par la nouvelle donne israélienne ?
B.M. : Il y a évidemment une connexion entre les deux situations. L'Autorité palestinienne est en pleine recomposition politique interne. Elle se dirige également dans l'inconnu avec la probable présence du Hamas au Parlement, voire au gouvernement, après le 25 janvier. Mais personne n'a intérêt, côté palestinien comme israélien, à un report de ces élections car elle renforcerait le Hamas face au Fatah.
Israël sans Sharon : notre dossier en cliquant ici
(photo d'archives : Ariel Sharon)
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