"L'accident de Sharon, un réel séisme"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 05 janvier 2006 à 13h49 , mis à jour le 18 janvier 2006 à 17h47

Quelles répercussions l'incapacité du Premier ministre israélien peut-elle avoir sur la politique intérieure de l'Etat hébreu et sur le processus de paix avec les Palestiniens ? Les réponses de tf1.fr avec Barah Mikhaïl, chercheur à l'IRIS.

Ariel Sharon démission

Barah Mikaïl est chercheur sur le Moyen-Orient auprès de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

Tf1.fr : A moins de trois mois des élections du 28 mars, en quoi l'incapacité de Sharon bouleverse-t-elle la donne politique en Israël ?

Barah Mikhaïl : L'événement politique majeur des derniers mois provenait de la création de Kadima (ndlr : "En avant") qui avait recentré le curseur politique. Mais la grande caractéristique de ce nouveau parti était qu'il se confondait avec la forte personnalité de Sharon. Grâce à lui, les derniers sondages lui donnaient la victoire, avec environ 40 des 120 sièges de la Knesset. Or l'accident du Premier ministre reconfigure le paysage en remettant à l'ordre du jour la bipolarité classique entre travaillistes et Likoud.

Tf1.fr : Kadima est-il hors course ou une forte personnalité peut-elle reprendre le flambeau ?
B.M. : Kadima se fondait vraiment sur Sharon. Sans lui, il ne vaut rien. Shimon Peres et Ehud Olmert sont en effet beaucoup moins fédérateurs et moins populaires. Néanmoins, on ne peut pas exclure un vote émotionnel d'une partie des Israéliens en sa faveur en hommage à Sharon. Mais pour cela, Kadima devra présenter un programme clair, au nom de Sharon, pour assurer sa force et sa légitimité.

Or, pour l'instant, le parti a du mal à s'affirmer car il manque justement de perspectives précises, aussi bien au niveau interne que sur le conflit avec les Palestiniens. Ces derniers jours, la presse israélienne a néanmoins fait état d'un plan de paix déjà préparé par Kadima en vue du scrutin. L'officialisation de ce plan supposé pourrait affirmer sa force politique.

"Tout dépendra du prochain Premier ministre"

Tf1.fr : Si Kadima ne survit pas à Sharon, à qui profitera la situation : au Likoud ou aux travaillistes ?
B.M. : Là est toute la question et toute l'incertitude. Il est en effet clair que les cartes sont redistribuées. Pour l'instant, les sondages donnaient l'avantage à Kadima, devant les travaillistes, et seulement ensuite le Likoud, qui se trouvait au niveau des ultra-nationalistes.

Sans Sharon, Kadima est donc mal parti. Au Likoud, Benjamin Netanyahu va essayer de se poser en seule alternative crédible. Ensuite, tout dépendra des Israéliens. Ils ont la volonté de discuter avec les Palestiniens mais reste à savoir quelle option ils choisiront : celle, modérée, des travaillistes de Peretz ou celle, plus radicale, du Likoud.

Tf1.fr : Justement, concernant ce processus avec les Palestiniens, la volonté de Sharon -restituer aux Palestiniens la plus grande partie de la Cisjordanie occupée, mais garder les blocs de colonies et Jérusalem-est - est-elle remise en cause ?
B.M. :
Il est trop tôt pour se prononcer. Tout dépendra de l'évolution d'Israël et de son futur Premier ministre. Sur ce sujet, avec l'incertitude qu'il engendre, l'accident de Sharon représente un réel séisme.

Tf1.fr : La tenue des élections palestiniennes du 25 janvier est déjà menacée par le chaos interne à l'Autorité palestinenne. Ces menaces sont-elles aggravées par la nouvelle donne israélienne ?
B.M. : Il y a évidemment une connexion entre les deux situations. L'Autorité palestinienne est en pleine recomposition politique interne. Elle se dirige également dans l'inconnu avec la probable présence du Hamas au Parlement, voire au gouvernement, après le 25 janvier. Mais personne n'a intérêt, côté palestinien comme israélien, à un report de ces élections car elle renforcerait le Hamas face au Fatah.

Israël sans Sharon : notre dossier en cliquant ici

(photo d'archives : Ariel Sharon)

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 05 janvier 2006 à 13:49
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

4 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Christian Baqué, le 06/01/2006 à 16h21

    Il faut espérer,dans le cas où Ariel Sharon viendrait à disparaître,que le nouveau premier ministre et le parti Kadima gardent le vent en poupe,et remportent les élections législatives.Il n'existe pas d'autre alternative pour effectuer un nouveau grand pas en avant en faveur de la paix.Sharon le faucon s'était transformé peu à peu en brave,et tendait vraiment la main à la majorité des palestiniens.Il a tracé le chemin : à son fidèle successeur de le suivre,pour le bien des deux peuples,et la sécurité dans le Monde.Cet homme restera pour l'Histoire un grand.

  • Le sagard, le 05/01/2006 à 20h12

    Esperons que Israel vote pour un type de ce niveau la,voter pour une droite plus dure risque de mettre le monde en guerre car tous save tres bien que la droite est prete a reprendre Gaza des le premier incident et surtout attaquer l'Iran pour detruire son nucleaire meme si il faut le faire c'est a l'onu de le decider ou a plusieurs pays usa,France;Israel vie un tournant on doit etre solidaire pour eux et aussi pour nous et nos enfants.

  • Ben, le 05/01/2006 à 18h33

    Je suis Musulman et je suis de tout coeur avec cet homme pour qu'il surmonte sa maladie. Devant la mort, nous ne sommes rien Bon rétablissement Monsieur Sharon

  • Mojorisin, le 05/01/2006 à 16h22

    Une page va se tourner, celle de l'affrontement historique entre deux dinosaures de la politique qu'étaient Arafat et Sharon. C'est à mon sens le moment opportun pour que toutes les parties y mettent du leur et qu'une paix durable trouve enfin toute la place qu'elle mérite. A n'en point douter, les différents acteurs, nationaux et étrangers qui participent déjà activement à trouver une solution pacifique et équilibrée dans ce conflit larvé doivent sans tarder redoubler d'efforts pour maintenir le dialogue et faire avancer coûte que coûte le processus de paix. L'avenir du proche-orient va sans doute se jouer en quelques semaines mais d'ici là, espérons surtout que les radicaux de tous bords ne vont pas profiter de la fenêtre de tir qui se présente à eux pour envenimmer une situation déjà très fragile et plus que tendue.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience