Alcool ou politique, il faut choisir

le 07 janvier 2006 à 16h26 , mis à jour le 07 janvier 2006 à 16h55

En sursis depuis jeudi, lorsqu'il avait dû publiquement reconnaître son problème d'alcoolisme, Charles Kennedy a annoncé samedi qu'il quittait son poste de leader du parti libéral-démocrate, deuxième parti d'opposition britannique.

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La chute était annoncée ; elle est devenue officielle samedi, lorsque Charles Kennedy a fait part de sa démission "immédiate" de son poste de leader du parti libéral-démocrate, le deuxième parti d'opposition britannique, et de sa non-candidature à sa succession dans le cadre du processus électoral interne au parti. Durant l'intérim avant l'élection de son successeur, le parti libéral-démocrate sera dirigé par son numéro 2, Menzies Campbell, 64 ans. Leader des lib-dems depuis 1999, Charles Kennedy était critiqué depuis plusieurs semaines par son entourage, malgré des résultats plutôt positifs lors des élections législatives du 5 mai dernier. Mais la pression était devenue insupportable depuis son aveu jeudi de sa difficulté à régler un problème d'alcoolisme.

"J'ai demandé une aide professionnelle et je pense aujourd'hui que ce problème (d'alcool) est essentiellement résolu", avait-il affirmé jeudi soir, lors d'une conférence de presse convoquée à la hâte, après avoir appris qu'une chaîne de télévision s'apprêtait à des révélations sur ses problèmes. Quelques élus de ce parti centriste avaient diplomatiquement souligné le lendemain son "courage" d'avoir ainsi affronté publiquement ses démons en brisant un tabou, mais la tendance était plutôt à l'hallali. C'est un "homme mort", commentait ainsi un député européen libéral-démocrate, Chris Davies. "Il va détruire le parti si nous ne faisons pas attention", renchérissait une membre de la Chambre des Lords Lady Tonge. 

"Ses collègues parlementaires étaient embarrassés"

Après avoir longtemps caché le problème, l'entourage politique de cet Ecossais jovial de 46 ans était arrivé à bout de patience. "Ses collègues parlementaires étaient embarrassés depuis plusieurs années, ils étaient inquiets qu'il boive trop, qu'il ne se présente pas quelque part", a expliqué Lady Tonge. La rumeur circulait depuis longtemps, en raison notamment de plusieurs absences troublantes à la Chambre, en 2003 en pleine discusssion sur l'euro, en 2004 le jour où Charles Kennedy devait défendre la position de son parti sur le budget. Au printemps dernier, regard hagard et mains tremblantes, il avait été incapable d'expliquer les positions de son parti en matière de fiscalité lors d'une conférence de presse matinale. Son entourage avait charitablement parlé d'une nuit difficile due à un fils nouveau-né.

A la presse, il avait préféré mentir consciencieusement. "Non, non non", avait-il encore répondu en décembre à un journaliste lui demandant s'il avait cherché une aide médicale pour résoudre son problème d'alcool. "Je bois très peu et très peu souvent", avait-il ajouté. "Je n'ai absolument pas de problème avec l'alcool", avait-il également déclaré en mars 2004. Mais il semblait peu en charge et sans claire vision ou projet. Même si son parti avait réussi en mai dernier son meilleur score à des élections depuis 1923, obtenant 62 députés (sur 646) à la Chambre, nombre de libéraux-démocrates avaient jugé le résultat décevant. Ils avaient espéré capitaliser plus sur l'opposition du parti à la guerre en Irak, le marasme du parti conservateur ou encore l'usure du pouvoir pour les travaillistes. Et avec l'arrivée à la tête des conservateurs le mois dernier de David Cameron, un jeune député déterminé à réformer son parti du sol au plafond, certains au sein du parti libéral démocrate étaient devenus fébriles.

Photo d'ouverture : Charles Kennedy avouant publiquement son problème d'alcool - DR

le 07 janvier 2006 à 16:26
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