Bolivie : un indien accède à la présidence

le 22 janvier 2006 à 18h48 , mis à jour le 22 janvier 2006 à 18h48

Le dirigeant des planteurs de coca, Evo Morales, devient dimanche le premier président "indien" dans l'histoire de la Bolivie. Une centaine de personnalités doivent participer à l'investiture.

Evo Morales

Indien aymara, chef des planteurs de coca, Evo Morales deviendra officiellement dimanche après-midi le président de Bolivie. Une fois au pouvoir, Morales, 46 ans, veut "refonder la Bolivie" et mettre fin à l' "état colonial" en faisant payer le prix fort aux multinationales étrangères qui exploitent les énormes gisements de gaz.

Cérémonie pré-inca

La cérémonie d'investiture se déroulera au Congrès de La Paz en présence de 10 présidents latino-américains et un européen (la Slovénie). La grande inconnue demeure sur l'éventuelle arrivée du chef de l'Etat cubain Fidel Castro. Dans la région, la venue du chef de l'Etat chilien Ricardo Lagos est par ailleurs qualifiée d'"historique", la Bolivie et le Chili n'ayant pas de relations diplomatiques depuis 1978. Dans son programme, Evo Morales insiste pour obtenir du Chili un accès à la mer perdu lors de la guerre du Pacifique contre ce pays en 1879. L'Union européenne sera, elle, représentée par Javier Solana et les Etats-Unis par Tom Shannon, le sous-secrétaire d'Etat pour l'Amérique Latine. Le prince Felipe d'Espagne et la ministre française déléguée à la Coopération, au développement et à la francophonie Brigitte Girardin assisteront à l'investiture.

A la veille de sa prestation de serment, Evo Morales s'est rendu samedi à Tiawanaku (70 km de la capitale), centre de cérémonies pré-inca où il a été intronisé selon les rites indigènes. Pieds nus, vêtu d'un poncho rouge et ceint d'une couronne de fleurs blanches, le futur président a été couronné du légendaire "unco", un bonnet à quatre pointes, et a reçu des mains d'un "amauta", prêtre du soleil et sage aymara de renom, un "transfert de pouvoirs telluriques et spirituels". Dans le temple dédié au culte solaire de Kalasasaya, des "yatiris" (chamanes) l'ont purifié avant de lui remettre le bâton de commandement forgé de sept métaux et serti de pierres précieuses, symbole suprême de ses pouvoirs sur les peuples andins.

" Don Evo "

En accédant à la présidence, il est le premier indigène, non blanc et non métis, à diriger la Bolivie depuis sa fondation il y a 180 ans. Au fil des ans, "Evo", que la télévision appelle désormais "don Evo", est apparu comme un champion de la cause indienne, capable de mobiliser les syndicats et de paralyser le pays. Jeune, pour survivre, ce fils de paysans pauvres aymaras et quechuas, les deux ethnies prédominantes de Bolivie, jouera de la trompette un peu partout des Andes à la forêt amazonienne. Après avoir immigré vers une région agricole où fleurissent les plantations de coca, Evo milite au sein de la Centrale ouvrière bolivienne (COB). En octobre 2003, ce député chef de file des planteurs prend la tête d'une révolte contre le président libéral Gonzalo Sanchez de Lozada qui la réprime dans le sang (80 morts) avant de s'enfuir aux Etats-Unis.

Tenant de l'anti-impérialisme, Evo Morales exige une réforme du secteur des hydrocarbures en Bolivie via une nationalisation du sol où se trouve le gaz, principale richesse du pays andin. Pour lui, les recettes du gaz doivent bénéficier d'abord aux Boliviens et non aux multinationales qui l'exploitent. Il défend aussi le droit de cultiver librement la coca et critique la politique "impérialiste" des Etats-Unis qui financent l'éradication de cette plante "sacrée" servant aux offrandes et consommée en infusion ou mâchée dans les Andes. La feuille de coca sert aussi de base à la cocaïne. Sa défense des "cocaleros" a valu à Evo Morales l'hostilité de Washington qui le traite régulièrement de "trafiquant de drogue".

Photo : Evo Morales lors de la cérémonie pré-inca, samedi (dr)

le 22 janvier 2006 à 18:48
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience