
Un des plus importants camps militaires d'Abidjan a été attaqué à l'arme lourde lundi à l'aube par des assaillants non-identifiés, a annoncé l'armée ivoirienne qui, selon des journalistes s'étant rendus sur place, contrôlait la situation en fin de matinée. Trois militaires loyalistes ivoiriens et une dizaine d'assaillants ont été tués dans l'attaque, ont indiqué des militaires. Ce bilan a été donné par des cadres du camp d'Akouédo en fin de matinée lors de la visite de journalistes sur les lieux. Un journaliste de l'AFP a pu constater sur place la présence d'une dizaine de cadavres de personnes en tenue civile, présentées comme des assaillants.
Des éléments non-identifiés ont attaqué vers 5H30 locale (6H30 heure de Paris) le camp d'Akouédo situé à l'est d'Abidjan, qui abrite deux bataillons, l'un d'infanterie et l'autre de parachutistes. "Nous sommes sous le coup de tirs nourris", indiquait alors le lieutenant-colonel Julien Kouamé, commandant le 1er bataillon d'infanterie. Une vingtaine de tirs à l'arme lourde ont été ensuite entendus dans ce secteur par des témoins. "Ces tirs, vraisemblablement de mortiers, ont été déclenchés par les assaillants", selon un officier ivoirien. Les forces du 1er bataillon d'infanterie du camp ont riposté pendant plus de trois heures par des tirs d'armes légères et lourdes à cette attaque, selon des sources militaires, alors que sur le site du bataillon commando de parachutistes, les assaillants ont été rapidement maîtrisés.
"La situation est sous contrôle"
Lundi en milieu de matinée, le chef d'état-major de l'armée, le général Philippe Mangou, est intervenu à la radio et à la télévision publiques ivoiriennes pour affirmer : la "situation est sous contrôle". "Les deux camps d'Akouédo ont été attaqués par des éléments infiltrés. Nous sommes là pour rassurer la population, pour dire à cette population que la situation est sous contrôle, nos éléments procèdent au ratissage", a déclaré le général Mangou en tenue de combat et portant un gilet pare-balles. Le général, qui n'a donné aucun autre détail sur la nature de l'attaque et le nombre d'assaillants, s'était rendu auparavant sur les lieux où des blindés et des véhicules tout terrain avaient acheminé des renforts de soldats fortement armés, notamment de lance-roquettes RPG-7.
Selon certaines informations, non confirmées de sources militaires, cette attaque pourrait avoir pour origine une mutinerie liée "aux mauvaises conditions de vie des soldats". Selon d'autres sources, ces mutins auraient été mécontents de l'arrestation de camarades accusés de racket. Interrogé, le général Mangou a cependant affirmé que l'attaque n'était "nullement une mutinerie", ajoutant que l'identité des assaillants serait communiquée prochainement - ce qui n'avait toujours pas été le cas lundi soir. "Nous avions l'information que les gens voulaient attaquer depuis le 1er janvier, profitant du fait que nous sommes en fête", a renchéri le chef de l'Etat ivoirien Laurent Gbagbo, ajoutant qu'"il ne s'agit nullement d'une mutinerie", mais d'"une agression" dont "la justice déterminera les caractéristiques". Ces événements interviennent un mois après une autre attaque du plus grand camp de la gendarmerie d'Abidjan à Agban, le 1er décembre. Le camp d'Agban avait été attaqué le soir par des hommes armés en civil non identifiés dont le nombre n'avait pas été précisé. Cette affaire n'a officiellement pas été élucidée depuis.
La nouvelle de l'attaque du camp d'Akouédo s'est répandue comme une traînée de poudre à Abidjan, dont l'activité économique était totalement paralysée lundi et où de nombreux barrages des forces de sécurité ont été dressés. Le Plateau, quartier administratif et des affaires, était totalement désert en fin de matinée. Cette attaque se produit également quelques jours après la constitution du gouvernement de transition par le nouveau Premier ministre Charles Konan Banny, dont la priorité est le désarmement et l'organisation de l'élection présidentielle, au plus tard le 31 octobre. Ce gouvernement, formé après plus trois semaines de tractations, comprend toutes les composantes politiques et la rébellion ivoirienne des Forces nouvelles (FN) qui contrôle le nord du pays depuis sa tentative de coup d'Etat contre le président Laurent Gbagbo. L'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) s'est déclaré lundi "extrêmement préoccupée" par cette attaque.
Photo d'ouverture : l'arrivée des renforts après l'attaque du camp d'Akouédo, lundi, à Abidjan - DR
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