
Le chef des partisans du président Laurent Gbagbo a appelé jeudi à la fin des manifestations contre la présence internationale en Côte d'Ivoire, qui ont causé des affrontements sanglants, alors que le Conseil de sécurité de l'Onu menaçait de sanctions les responsables des violences.
Après trois jours d'affrontements avec les Casques bleus de la mission de l'Onu (Onuci), qui ont fait au moins cinq morts parmi les manifestants, le président Gbagbo avait lancé mercredi soir un appel à cesser les violences, mais le mouvement s'était poursuivi toute la journée de jeudi, où quelques milliers de jeunes ont paralysé Abidjan.
"Quitter la rue"
En fin de journée Charles Blé Goudé, le chef des "jeunes patriotes", fervents partisans du pouvoir, a fini par lui aussi appeler à cesser les manifestations. "Nous demandons aux jeunes patriotes de lever tous les barrages et de quitter la rue", a-t-il déclaré.
Ce nouvel appel est intervenu au moment même où le Conseil de sécurité, réuni à New York, a "condamné fermement" les violences commises "par des milices urbaines et d'autres groupes associés aux 'Jeunes patriotes', ainsi que leurs instigateurs" et exigé leur cessation immédiate.
Dans une déclaration, le Conseil a menacé de "mesures ciblées" toute personne "s'opposant au processus de paix, notamment en attaquant ou en faisant obstacle au travail de l'Onuci (ou) des forces françaises (Licorne) (...)".
Mercredi, cinq manifestants avaient été tués à Guiglo (ouest) lors de l'attaque d'un camp onusien et les Casques bleus avaient d se retirer de deux localités. Jeudi, les incidents se sont poursuivis au siège de l'Onuci à Abidjan, o quelque 3.000 jeunes harcelaient à coup de jet de pierre les Casques bleus qui ripostaient à la grenade lacrymogène.
Les installations de l'Onu sont les principales cibles des partisans de Laurent Gbagbo, qui exigent le départ des 7.000 Casques bleus et des 4.000 soldats français déployés dans le pays, qualifiés de "forces d'occupation".
Des mouvements de protestations avaient également lieu devant l'ambassade de France et la télévision d'Etat, tandis que des "patriotes" tenaient toujours des barrages sur les axes routiers, bloquant la circulation. Comme les jours précédents, les forces de sécurité ne sont pas intervenues, alors qu'une interdiction de manifester est en vigueur depuis plus d'un an.
Le président Gbagbo avait appelé "à se retirer des rues" à l'issue d'entretiens avec Olusegun Obasanjo, chef de l'Etat nigérian et président en exercice de l'Union africaine, accouru en urgence à Abidjan.
Cette situation n'incite guère à l'optimisme"
Ces discussions avaient associé le Premier ministre ivoirien de transition, Charles Konan Banny, et le patron de l'Onu dans le pays, Pierre Schori. Les manifestants protestaient contre la décision du Groupe de travail international (GTI), chargé de suivre le processus de paix, de ne pas prolonger le mandat de l'Assemblée nationale, qui a expiré en décembre. La chambre, dominée par le camp présidentiel, a été accusée de faire obstruction au processus de paix.
Le président Obasanjo s'était voulu rassurant, soulignant que le GTI "n'avait pas le pouvoir de dissoudre" l'assemblée et "n'avait pas l'intention de le faire". M. Blé Goudé a estimé qu'il s'agissait là d'une "grande victoire". L'existence même du gouvernement de transition a été remise en cause par cette crise, le parti présidentiel annonçant qu'il s'en retirait et abandonnait le processus de paix. "Cette situation ambiguë, qui visiblement pourrit, n'incite guère à l'optimisme", soulignait jeudi un diplomate à Abidjan.
En octobre, le Conseil de sécurité avait maintenu M. Gbagbo pour 12 mois maximum à la tête de l'Etat, en raison de l'impossibilité d'organiser l'élection présidentielle, tout en lui adjoignant un Premier ministre aux pouvoirs élargis, chargé en priorité du désarmement et d'organiser le scrutin avant fin octobre 2006. La Côte d'Ivoire est coupée en deux depuis le coup d'Etat raté en septembre 2002 de la rébellion des Forces nouvelles (FN), qui contrôle le nord du pays depuis.
(Des manifestants pro-Gbagbo à Abidjan jeudi/DR)
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