
Un parc de Moscou, quatre faux-diplomates mais vrais espions, un indicateur local, une fausse pierre, un système de transmission de données sophistiqué : l'histoire est digne de tout bon roman ou film d'espionnage qui se respecte. Elle pourrait se révéler à l'origine d'un mini-crise diplomatique entre Londres et Moscou.
Evidemment, la présence d'agents des services secrets dans les ambassades est un secret de polichinelle. Mais il est beaucoup plus rare que le pays hôte affirme posséder des preuves de leur véritable activité. Le FSB, successeur du KGB, a pourtant confirmé ce lundi les informations révélées la veille par Rossia, l'une des chaînes de la télévision publique. Rossia, dont les informations ont en fait justement été fournies par les services secrets russes, a cité nommément quatre membres de l'ambassade du Royaume-Uni, dont Marc Doe, le deuxième secrétaire. L'un de leurs contacts, un citoyen russe, aurait été arrêté et avoué.
Fausse-pierre
Les diplomates-espions correspondaient avec leurs "indics" via un système de transmission de données très perfectionné et caché dans une petite pierre abandonnée dans un parc de la capitale. Il était ainsi possible, à l'aide d'ordinateurs de poche ultramodernes, de laisser des informations puis de les reprendre à 20 mètres de distance, sans avoir à toucher ou ouvrir la pierre.
Le système n'étant pas infaillible, cette boîte aux lettres électroniques est tombée en panne. Selon Rossia, qui s'appuie sur la vidéo d'un homme en tenue de sport enlevant la pierre, Marc Doe serait ainsi venu la rechercher dernièrement. D'autres images du FSB montrent un homme identifié comme Chris Peart, secrétaire archiviste de l'ambassade, passant à proximité de la pierre électronique. Deux autres diplomates auraient été vus près de l'objet. Le FSB souligne avoir trouvé un autre exemplaire à Moscou.
Versements
Outre ses allégations d'espionnage, le FSB affirme, documents à l'appui, avoir découvert d'importants versements d'argent effectué par Marc Doe à des ONG russes -celles-ci sont souvent accusées par les autorités de travailler contre l'intérêt de la Russie. Le 27 octobre 2004, il aurait remis 23 000 livres sterling au Groupe Helsinki de Moscou ou encore 5 719 livres au fond Eurasie pour le développement de journaux à faible tirage le 18 janvier 2006.
La présidente du groupe Helsinki de Moscou, Lioudmila Alexeeva, une ancienne dissidente très respectée, a démenti et placé l'affaire "dans le cadre de la campagne de calomnies" contre les défenseurs des droits de l'Homme.
Blair : "pas de commentaire"
Quel avenir désormais pour les diplomates-espions ? A priori, leur sort devrait être décidé "au niveau politique". Mais en règle générale, les diplomates accusés d'activités "incompatibles avec leur statut" sont déclarés persona non grata.
Tony Blair, le Premier ministre britannique, s'est refusé à tout commentaire, se réfugiant, comme c'est le cas pour ces affaires, derrière des "questions de sécurité". Sans nier directement les faits d'espionnage, le ministère des Affaires étrangères s'est quant à lui déclaré "inquiet et surpris". Concernant les virements aux ONG, le Foreign Office fait remarquer qu'il "est parfaitement connu que le gouvernement britannique a soutenu financièrement les projets de certaines organisations dans le domaine des droits de l'Homme et de la société civile". "Toute notre aide est donnée de façon transparente et a pour but d'aider au développement d'une société civile fonctionnant correctement en Russie" indique le ministère.
(photo : la fausse-pierre)
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