
Un an après l'arrivée de Mahmoud Abbas à la présidence et quelques semaines après les municipales, l'Autorité palestinienne vit ce mercredi un moment clé de son Histoire avec l'élection du nouveau Conseil législatif.
Mahmoud Abbas a appelé ses administrés à voter en masse, voyant dans ce scrutin "une étape décisive" vers un Etat palestinien indépendant. "Les élections sont une occasion historique pour le peuple palestinien de faire un pas de géant vers son objectif qui est de parvenir à l'indépendance nationale" a déclaré pour sa part Ehud Olmert, le Premier ministre israélien par intérim.
Quelle est la répartition du Parlement actuel ?
Elu il y a dix ans presque jour pour jour, le 20 janvier 1996, lors du seul scrutin législatif précédent, il ne compte que 88 députés. Le Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas, y possède la majorité absolue avec 49 sièges.
Les principaux groupes radicaux -Hamas, Front populaire et Front démocratique de libération de la Palestine- avaient boycotté cette élection, prévue par les Accords d'Oslo de 1993.
A l'origine, le mandat du Conseil législatif était de cinq ans. Mais les difficultés politiques internes à l'Autorité palestinienne et la seconde Intafada ont de fait repoussé son renouvellement.
Qui vote ?
1,3 millions d'électeurs sont inscrits sur les listes électorales, dont 811 000 en Cisjordanie et 529 000 à Gaza. Plus de 1 000 bureaux de vote ont été installés.
A Jérusalem-Est, annexé par Israël, la tenue du scrutin a longtemps été incertaine. L'Etat hébreu l'a finalement autorisée, mais en interdisant aux candidats du Hamas, qui a cette fois décidé de participer au processus, de faire campagne.
Qui les Palestiniens vont-ils élire ?
Ce nouveau Conseil législatif comptera 132 députés. La première moitié sera élue au niveau national à la proportionnelle, parmi onze listes candidates. La principale est menée par le Fatah, avec comme tête de liste Marwan Barghouthi, toujours emprisonné par Israël pour terrorisme. Le Hamas est quant à lui dirigé par le "modéré" Ismaïl Haniyeh.
La seconde moitié des députés sera élue au niveau local dans les 16 circonscriptions de l'Autorité palestinienne, au scrutin majoritaire uninominal (414 candidats). Là-aussi, les représentants du Fatah et du Hamas devraient obtenir la plupart des mandats.
Les résultats sont attendus pour vendredi au plus tard.
Qui sont les favoris ?
Le Fatah et le Hamas. Selon les derniers sondages publiés mardi, le premier obtiendrait 59 sièges, le second 54.
L'hégémonie du Fatah provenait essentiellement du charisme de Yasser Arafat. Le mouvement étant aujourd'hui associé aux yeux des Palestiniens à l'anarchie sécuritaire et à la corruption qui ronge les administrations, il se retrouve donc au coude à coude avec le Hamas, qui a déjà remporté de nombreux succès aux municipales.
Le Fatah devrait également pâtir d'une dispersion des voix en raison du grand nombre de candidats issus ou proches du mouvement mais qui se présentent comme indépendants. A l'opposé, les candidats et les sympathisants du Hamas sont beaucoup plus disciplinés.
Quels sont les enjeux du scrutin ?
La poussée du Hamas, son poids dans le Parlement et surtout son éventuelle entrée au gouvernement et ses conséquences.
Au niveau bilatéral, se poserait alors la question de la poursuite des négociations avec Israël. Prônant la lutte armée contre l'Etat hébreu et sa destruction, le Hamas est placé sur la liste des organisations terroristes. La classe politique israélienne refuse toute négociation si ses statuts ne sont pas modifiés.
Au niveau national, un score élevé du Hamas, qui souhaite exploiter son audience dans l'opinion palestinienne pour mieux asseoir son influence, lui donnerait plus de poids pour appliquer son programme -amélioration des conditions économiques, lutte contre la corruption et fin du chaos sécuritaire.
Dans quel climat se déroule le scrutin ?
Très tendu. L'anarchie s'est notamment développée dans la bande de Gaza depuis le retrait israélien achevé en septembre.
En 2005, Mahmoud Abbas avait certes réussi à convaincre les groupes armés d'observer, tant bien que mal, une trêve dans les attaques anti-israéliennes et entamé une timide réforme de l'appareil sécuritaire pléthorique et désorganisé. Mais il est resté largement impuissant face au chaos sécuritaire du fait des actions de groupes armés se réclamant pour la plupart du Fatah, son propre parti.
L'Autorité palestinienne a donc déployé d'importants moyens pour assurer la sécurité des opérations de vote. Environ 13 000 policiers sont mobilisés. Les principaux groupes armés palestiniens ont néanmoins promis de ne pas perturber le scrutin.
(photo prise dans un bureau de vote de Ramallah ce matin)
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