
La Russie a annoncé lundi soir qu'elle allait augmenter ses livraisons de gaz à l'Europe occidentale pour compenser les baisses enregistrées, et rétablir mardi soir leur niveau d'avant la crise. Plusieurs pays européens, dont la France et la Pologne, ont en effet constaté lundi une forte diminution de leur approvisionnement habituel. Alexandre Medvedev, vice-président de Gazprom, le géant gazier et pétrolier public qui a coupé le gaz à Kiev tout en continuant d'utiliser son gazoduc vers l'Europe, avait accusé lundi l'Ukraine d'avoir "volé" 95 millions de mètres cubes de gaz russe à destination de l'Europe, soit "plus de 25 millions de dollars au prix du marché". Puis il a déclaré que la Russie en réinjecterait autant afin de réapprovisionner normalement en gaz l'Europe à partir de mardi soir. "Demain soir, les livraisons de gaz en Europe seront totalement rétablies", a-t-il dit, selon les agences russes, sans préciser comment il pouvait être certain que Kiev s'abstiendrait de nouveaux prélèvements.
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La compagnie ukrainienne Naftogaz a vu immédiatement dans cette promesse de Gazprom l'aveu qu'il avait réduit lui-même ses livraisons avant d'accuser Kiev de les avoir volées. "De facto, la partie russe a reconnu n'avoir pas livré le montant dû de gaz à l'Europe", a dit un porte-parole de la compagnie ukrainienne. Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a en effet démenti à plusieurs reprises se livrer à tout prélèvement du gaz destiné à l'Europe. Kiev avait cependant menacé, par la voix de son ministre de l'Energie, d'en prélever en cas de chute des températures.
Position inconfortable pour l'Union européenne
Le temps presse : après les pays de l'est de l'Europe, comme la Pologne ou la Roumanie, sont désormais touchés des pays comme l'Allemagne ou la France, où a été constatée une baisse de 25% à 30% des quantités de gaz russe livrées. La Hongrie reste le pays le plus touché, avec une baisse de 40% de la pression du gaz naturel venant d'Ukraine, devant l'Autriche ou la Croatie. L'Europe subit ainsi le premier contrecoup, attendu, de ce conflit gazier, puisque Moscou lui fournit un quart de sa consommation de gaz naturel, et que quelque 90% des importations européennes de gaz russe passent par l'Ukraine. En temps normal, Gazprom livre en Europe 360 millions de m3 de gaz via l'Ukraine.
La Russie n'a pas hésité à couper le gaz alors même qu'elle est depuis dimanche à la barre du G8, un test crucial pour Moscou et censé entériner son appartenance au club des grandes puissances industrielles. Obligeant l'Union européenne, jusqu'ici soucieuse de ne pas s'immiscer dans un conflit dénoncé comme "politique" par Kiev, à tenter un rapprochement. "Nous sommes en contact avec les Russes et les Ukrainiens pour les encourager à reprendre les négociations. La solution négociée est la seule possible", a ainsi déclaré Cristina Gallach, porte-parole du Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère Javier Solana.
"Face au vol évident de notre gaz d'exportation, et afin de pouvoir approvisionner l'Europe en énergie, nous avons pris la décision d'avoir recours à toutes les mesures possibles afin que les consommateurs occidentaux continuent de recevoir du gaz comme prévu par les contrats", a déclaré quant à lui le vice-président de Gazprom. Et d'annoncer une première mesure de rétorsion contre l'Ukraine, avec le blocage du transport du gaz que Kiev importe en quantité du Turkménistan, pays d'Asie centrale qui fait transiter son gaz par la Russie. Or, après la coupure de gaz russe dimanche, l'Ukraine compte en grande partie sur le gaz qu'elle importe du Turkménistan, à hauteur de 40 milliards de m3 de gaz prévus en 2006 au prix de 50 dollars les 1.000 m3.
D'après AFP
(Image LCI)
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