Menaces de pénurie de gaz dans le Caucase

le 22 janvier 2006 à 13h08 , mis à jour le 22 janvier 2006 à 22h21

Alors que le Caucase connaît un hiver très rigoureux, Géorgie et Arménie sont menacées de pénurie de gaz par une double explosion survenue sur le principal gazoduc russe alimentant les deux pays. La Géorgie est aussi en partie privée de courant par une troisième explosion.

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Le président géorgien a accusé dimanche la Russie d'être derrière les explosions sur son gazoduc alimentant la Géorgie et l'Arménie - qui se retrouvent privées de gaz russe en plein hiver -, suscitant la colère de Moscou. "La Géorgie a été l'objet d'un grave sabotage de la part de la Fédération de Russie", a déclaré à la télévision géorgienne Mikheïl Saakachvili, fustigeant le "chantage" ainsi exercé, d'après lui, par Moscou. "Nous avons longtemps entendu des menaces d'hommes politiques russes selon lesquelles nous pourrions nous retrouver sans lumière et sans gaz (...) et maintenant cela est arrivé, au moment où la Géorgie connaît son hiver le plus froid", a ajouté le président pro-occidental, dont l'arrivée au pouvoir en janvier 2004 a marqué une forte dégradation des relations russo-géorgiennes.

Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié d'"hystériques" les accusations du président Saakachvili, évoquant l'utilisation de cet incident dans le cadre d'une "campagne antirusse". En guise d'explication, le Parquet russe a évoqué un "sabotage" concernant les explosions sur le gazoduc et annoncé la découverte des "restes d'un engin explosif artisanal". "Si cette explication se confirme, alors il s'agit de sabotage", a déclaré le porte-parole du Parquet dans le Caucase russe, Sergueï Prokopov. Les explosions se sont produites sur le gazoduc Mozdok-Tbilissi, dans le Caucase russe, non loin de la frontière avec la Géorgie, selon les autorités russes, qui ont ainsi justifié la fermeture des vannes.

Par ailleurs, une troisième explosion, également en Russie, a endommagé une importante ligne alimentant la Géorgie en électricité russe, entraînant des coupures de courant dimanche soir en Géorgie. "L'électricité a été coupée à toutes les grandes entreprises et la population reçoit de l'électricité par intermittence", a déclaré le vice-ministre géorgien de l'Energie, Aleko Khetagourov. Par rapport à la consommation journalière normale d'électricité de la Géorgie, qui est de 1.600 mégawatts, "le déficit actuel est de 250 mégawatts", dont 50 pour la capitale Tbilissi, a-t-il ajouté.

Risques de restrictions de chauffage

En dénonçant un sabotage, le président Saakachvili a donné une dimension politique à ce début de crise, qui survient à un moment où la Géorgie et l'Arménie sont sous le coup de la décision de Moscou d'augmenter de façon draconienne le prix du gaz à destination des pays de l'ex-URSS enclins à quitter la sphère d'influence russe. Une volonté ayant conduit au conflit gazier avec l'Ukraine, lors duquel le groupe gazier russe Gazprom semi-public n'avait pas hésité, faute d'un accord, à couper le gaz à Kiev le 1er janvier dernier. La Géorgie - qui bénéficiait jusqu'ici de gaz russe bon marché comme de nombreuses ex-républiques soviétiques - dépend étroitement de la Russie pour ses livraisons de gaz, dont le prix vient d'augmenter fortement pour presque doubler à 110 dollars les 1.000 m3 sur décision de Moscou dès ce mois-ci.

Le président arménien Robert Kotcharian, pourtant réputé fidèle à Moscou, est quant à lui arrivé dimanche en Russie pour des discussions avec Vladimir Poutine, qui doivent notamment porter sur la forte hausse des prix du gaz. Le risque de pénurie de gaz est d'autant plus inquiétante pour la Géorgie et l'Arménie que le ministère russe des Situations d'urgence a évoqué un possible délai de plusieurs jours pour réparer le gazoduc, en raison des conditions météorologiques difficiles dans les montagnes du Caucase. Dimanche, les deux pays puisaient dans leurs réserves et l'effet du froid ne touchait pas encore la population. Les autorités arméniennes et géorgiennes ont cependant mis en garde contre des restrictions de chauffage. Le vice-ministre géorgien de l'Energie a assuré que le pays disposait de réserves pour 24 heures et évoqué la possible importation de gaz supplémentaire d'Azerbaïdjan ou d'Iran d'ici à quelques jours. En Arménie, la société de distribution de gaz Armrosgazprom a appelé à économiser l'énergie.

Photo d'ouverture : vannes de gazoduc - DR

le 22 janvier 2006 à 13:08
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