Népal : l'alpiniste Jean-Christophe Lafaille est porté disparu

le 28 janvier 2006 à 21h45 , mis à jour le 30 janvier 2006 à 09h25

L'alpiniste français Jean-Christophe Lafaille, lancé en solitaire à l'assaut du Makalu (8.463 mètres), au Népal, n'a pas donné de ses nouvelles depuis plus de 72 heures

Jean-Christophe Lafaille

L'alpiniste français Jean-Christophe Lafaille, 39 ans, lancé dans une tentative d'ascension hivernale en solitaire du Makalu (8.463 mètres) et qui n'a pas donné signe de vie depuis 72 heures, a été porté disparu par ses proches dimanche.

"J'ai demandé une reconnaissance en hélicoptère et aussi avec un petit avion, l'hélicoptère ne pouvant monter au-delà d'une certaine altitude", a déclaré Katia Lafaille, épouse et manager de l'alpiniste, jointe au téléphone par l'AFP. Le vol de l'hélicoptère devrait avoir lieu mardi, a précisé dimanche soir au téléphone Serge Koening, conseiller montagne du ministre à la Jeunesse et aux sports.

"Cet espoir est mince"

L'hélicoptère devrait aussi se poser au camp de base, où se trouvent un cuisinier et deux porteurs. On table toujours sur une panne totale du matériel de transmission, qui empêcherait Lafaille de donner de ses nouvelles après un retour possible au camp de base. "Car si cet espoir est mince, il ne faut pas l'éliminer", a déclaré Serge Koening, qui est, comme Lafaille, professeur à l'Ecole nationale de ski et d'alpinisme (ENSA).

Les proches de l'alpiniste n'étaient pas en contact avec le camp de base, mais seulement avec Jean-Christophe Lafaille lui-même, qui disposait d'un téléphone satellitaire. La dernière communication date de jeudi 26 janvier, alors qu'il se trouvait à 7.600 mètres, à la veille de l'assaut final. Parti mardi 24 janvier de son camp de base, à 5.300 mètres, il a bivouaqué le soir même à 6.000 mètres, le 25 à 6.900 mètres et le 26 à 7.600 mètres, selon Katia Lafaille.

Il devait partir dans la nuit et gagner le sommet vendredi 27 janvier. Le contact prévu le même jour, au terme de cette tentative, n'a pas eu lieu, a indiqué Mme Lafaille et, depuis, il n'a plus été possible de joindre l'alpiniste.

"Il se sentait en forme et motivé"

On a d'abord expliqué son silence par une panne technique de transmission. Les batteries de ses appareils étaient très basses lors du dernier contact, expliquait-on alors dans son entourage. Mais l'inquiétude a grandi samedi, en l'absence de communication, alors qu'il aurait d avoir rejoint son camp de base, où se trouve un autre téléphone satellitaire.

Les conditions météorologiques étaient difficiles. Lors de sa dernière conversation avec son épouse, Jean-Christophe Lafaille a expliqué qu'il faisait -30°C sous sa petite tente de bivouac et qu'il avait le visage givré. "Il n'a pas dormi toutes ces nuits, à cause de l'altitude et du froid", avait alors expliqué Mme Lafaille. "Mais il se sentait en forme et motivé", avait-elle ajouté.

Son routeur, l'homme qui lui donnait les informations concernant la météorologie, depuis Chamonix, Yan Giezendanner, a déclaré dimanche sur l'antenne de France 2: "On va le considérer comme disparu. Les chances (de le retrouver) existent mais elles sont infimes". Pour ajouter peu après: "On pense réellement qu'il n'y a plus d'espoir".

Selon des alpinistes à Chamonix, dont certains ont récemment gravi le Makalu, la voie comporte des passages extrêmement délicats sur des glaciers très crevassés où le risque de chute est très élevé.

Jean-Christophe Lafaille a gravi onze sommets de plus de 8.000 mètres, la plupart en solitaire ou par des voies nouvelles. Il a déjà réussi en décembre 2004 une hivernale en solitaire et en style alpin au Sishapangma (8.064 mètres), jusque-là jugée impossible sur les plus de 8.000 mètres.

En 1992, alors qu'il faisait ses débuts dans l'himalayisme avec l'alpiniste Pierre Beghin dans la face sud de l'Annapurna, ce dernier avait fait une chute mortelle à 7.000 mètres d'altitude. Laissé seul et sans matériel d'assurage, Jean-Christophe Lafaille avait alors désescaladé la face sud, en un chemin de croix qui avait duré cinq jours, réapparaissant au camp de base alors qu'on le donnait pour mort.

(Jean-Christophe Lafaille au Népal/archives/DR)

le 28 janvier 2006 à 21:45
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7 Commentaires

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  • Le Grand Alpiniste, le 29/01/2006 à 15h44

    Je viens d'apprendre avec inquiétude que JC vient d'être porté disparu.Les conditions météos très difficiles l'ont obligé à patienter durant de nombreux jours en camp avancé.Une fenêtre météo venait de se dégager et il est parti pour faire le sommet.Le Makalu n'était pas le sommet de trop,mais juste une étape dans la réalisation de son rêve,devenir le premier alpiniste français à réaliser les 14 sommets de plus de 8000 mètres. Je veux croire encore au miracle,mais la montagne si belle soit elle, se montre malheureusement impitoyable. Que ceux qui lisent ces quelques lignes pensent à sa famille,katia et ses enfants. Merçi Jean Christophe.

  • Bohémien, le 29/01/2006 à 14h59

    Bonjour, Le milieu de la trés haute montagne est plus qu'hostile. Je suis plutôt pessimiste concernant la survie de JC Lafaille. Lorsqu'un alpiniste dépasse les 7000m, il rentre dans la zone de "non-retour". Le moindre ennui technique ou de météo peut être fatal.De plus, il est en solo. Soyons patients,mais la montagne est exigente... . Om

  • Dan, le 29/01/2006 à 14h44

    Les "conquérants de l'inutile"...quand on lit les conditions terribles de cette aventure, on se dit qu'il faut être un peu fou...et pourtant, quel exemple admirable il nous donne....

  • La Maison du Népal, le 29/01/2006 à 14h43

    Jean Christophe , en plus de ses exceptionnelles qualités physiques, mentales, est un homme méticuleux qui ne laisse rien au hasard. A t on des nouvelles du camp de base?

  • Emmanuel lebeau, le 29/01/2006 à 13h40

    Il a connu des situaton extreme nous devons croire en lui a tres bientot a Cham.

  • Namasté, le 29/01/2006 à 11h30

    Ne pensons pas au pire. JC LAFAILLE est un alpiniste d'exception, aux ressources énormes. Quant on voit la face sud de l'Annapurna et ce qu'il a dû endurer dans cette paroi...on se dit qu'il a un mental et un physique INDESTRUCTIBLES. Que la force soit avec lui et bonne chance à lui. Merci

  • Alamtara, le 28/01/2006 à 23h41

    Le makalu avait déjà été tenté en solitaire et hivernale par un autre alpiniste français au cours de l'hiver 1982: ivano ghirardini, guide. avec deux tentatives, une sur le pilier sud ouest et une autre par la voie normale qui n'avaient pas dépassé les 7000m toutes les deux à causes de très forts vents d'altitude venant du tibet (janvier 1982).

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