
L'Italie grelotte et le gaz vient à manquer. Pour la huitième journée consécutive, mardi, le groupe pétrolier et gazier italien Eni a annoncé que les livraisons de gaz russe allaient être insuffisantes en Italie, avec un manque estimé à 6 millions de mètres cubes sur 74 millions commandés, soit 1,4% de la consommation nationale. La situation devait être la même ce mercredi. Ces réductions répétées, qui s'ajoutent à une consommation de gaz plus élevée en raison de la vague de froid s'abattant sur l'Italie depuis plusieurs jours, ont poussé le gouvernement à prendre des mesures d'économie mardi soir.
Mesures de restriction
La température maximale consentie dans les édifices publics et les immeubles où le chauffage est collectif, sera portée de 20 à 19 degrés et les radiateurs resteront allumés une heure de moins par jour, a annoncé le ministre de l'Industrie Claudio Scajola. Des centrales électriques fonctionnant au fioul, plus polluantes que les centrales à gaz, seront également rouvertes jusqu'au 31 mars 2006, a ajouté le ministre.
Les autorités ont également lancé des recommandations pratiques aux Italiens, telles que préférer la douche au bain ou mettre un couvercle sur les casseroles pour porter l'eau à ébullition, mais ces appels pourraient ne pas suffire, selon des experts. "Nous sommes dans une situation de pénurie, c'est-à-dire que l'offre est tout simplement inférieure à la demande", estime Davide Tabarelli, directeur du Centre de recherches industrielles et énergétiques (RIE), un centre d'études privé qui fait autorité dans la Péninsule. Avec les mesures adoptées par le gouvernement, "on peut espérer des économies de 30 millions de mètres cubes de gaz par jour, mais si les baisses en provenance de Russie se poursuivent, nous serons vraiment dans le pétrin au début du mois de mars", a-t-il expliqué.
Débat sur la dépendance énergétique
Selon les calculs du RIE, l'Italie a déjà largement puisé dans ses réserves depuis plusieurs jours et celles-ci, estimées en tout à quelque 12 milliards de mètres cubes, risques d'être insuffisantes pour passer un hiver rigoureux. Le ministre de l'Industrie a reconnu mardi soir qu'à ce rythme, l'Italie puiserait "à la mi-février (...) dans ses réserves stratégiques", soit les 5 milliards de mètres cube qui constituent les derniers stocks disponibles.
La situation a relancé la polémique sur la dépendance énergétique de l'Italie, qui a abandonné le nucléaire en 1987 à la suite d'un référendum organisé dans la foulée de la catastrophe du 26 avril 1986 à Tchernobyl, en Ukraine. Sur 85 milliards de mètres cubes de gaz consommés en 2005, la péninsule en a produit 12 et a importé le reste, dont quelque 35% en provenance de la seule Russie. "A cette dépendance de l'étranger, il faut ajouter une autre anomalie italienne, qui veut que nous soyons beaucoup plus dépendants du gaz que les autres (pays) pour produire de l'électricité chez nous", a précisé M. Tabarelli. Dernier paradoxe, souligné mardi par le ministre de l'Industrie, une partie de cette électricité, produite à partir de gaz importé, est ensuite réexportée vers des pays voisins de l'Italie, comme la Suisse, qui la revend ensuite en Europe.
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