
Six candidats : cinq de gauche et un de droite donné grand favori. Les Portugais sont appelés aux urnes dimanche pour le premier tour de la présidentielle. Selon quatre sondages publiés vendredi, l'ex Premier ministre de centre-droit Anibal Cavaco Silva obtiendrait entre 52 et 53% des voix.
Le candidat, austère professeur d'économique et libéral de 66 ans est appuyé par le Parti social-démocrate et la droite. Avec une croissance économique au dessous de 1% et un chômage en hausse, à 7,7%, les Portugais semblent faire confiance à celui qui gouverna de 1985 à 1995, à l'époque dorée où la manne de la Communauté économique européenne permit une nette amélioration de leurs conditions de vie.
"De leurs rêves une réalité"
Cependant les intentions de vote en sa faveur n'ont cessé de diminuer dans les 12 derniers jours et lui-même a semblé envisager de devoir revenir devant les électeurs en affirmant jeudi que "ce ne serait pas une défaite s'il y avait un second tour".
A l'issue d'une campagne généralement terne où les candidats ont préféré des "repas-réunions" avec les électeurs aux grands meetings et ont fui les débats "comme le diable fuit la croix", selon les termes de l'un deux, Cavaco Silva a volontiers dramatisé l'enjeu de l'élection dans les derniers jours. Alors que dans le système semi-présidentiel du Portugal son résultat n'aura pas d'incidence majeure sur la polique du gouvernement socialiste, il a affirmé que de ce scrutin "dépend l'avenir du pays pour cinq, dix, quinze ans" et est allé jeudi jusqu'à promettre aux électeurs qu'il ferait "de leurs rêves une réalité".
A gauche, les socialistes présentent pour la première fois deux candidats. Le "vieux lion" de 81 ans Mario Soares, fondateur du Parti socialiste (PS), "père de la démocratie" portugaise, plusieurs fois ministre, dix ans président de la République, appuyé par son parti, a "renoncé à son confort" devant la gravité de la situation - a-t-il dit à l'AFP - pour se "mettre encore une fois au service de son pays" et combattre "la droite".
Un poète de 69 ans, député du PS et vice-président de l'Assemblée, est venu jouer les trouble-fêtes pour se présenter comme "seul candidat indépendant", contre l'avis de l'appareil de son parti, et au fil des semaines s'est hissé en deuxième position de la plupart des sondages. Sous le slogan "libre, juste, fraternel", et sans différence idéologique avec Soares, le poète a fait mouche en se présentant comme le leader d'un "mouvement des citoyens", contre les tenants d'un système de partis instaurés par "ceux qui se prennent pour les propriétaires de la politique" et en prommettant "une démocratie transparente".
"Un 'deuxième' Premier ministre"
Les partis se sont généralement tenus éloignés de la campagne. Jeudi cependant huit ministres ont assisté à un meeting de Soares et le chef du gouvernement, José Socrates, est intervenu pour affirmer que celui-ci "représente le mieux les valeurs du PS" et appeler à l'unité des socialites.
Selon les sondages Alegre reccueillerait entre 16,2 et 21% des suffrages, Soares entre 12,4 et 16,9, tandis que le secrétaire général du Parti communiste, Jeronimo de Sousa, obtiendrait entre 6,5 et 7,2% des voix et le député du Bloc de gauche (BE), Francisco Louça, entre 5,5 et 6,5%.
En cas de second tour, la gauche, qui a rassemblé 59% des voix lors des législatives de février dernier, ne manquerait pas de s'unir contre un Cavaco Silva qu'elle qualifie "d'autoritaire et arrogant", insensible aux problèmes humains, et qu'elle accuse de vouloir devenir un "deuxième Premier ministre", au lieu de se cantonner à ses fonctions de président, pour tenter d'imposer une politique néolibérale.
(PHOTO : Anibal Cavaco Silva/archives/DR)
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