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Aude Signoles, enseignante en sciences politiques à l'Université de la Réunion, a écrit "Les Palestiniens" (collection "Idées reçues, Editions Le cavalier bleu).
Avec une délégation d'élus locaux français, elle s'était rendue à Gaza comme observatrice lors des élections municipales de 2005.
Tf1.fr : Les Palestiniens ont-ils voté pour le Hamas pour des raisons internes à l'Autorité palestinienne ou pour des raisons liées au conflit avec Israël ?
Aude Signoles : Les deux. Tout d'abord, d'un point de vue interne, il s'agit d'ailleurs plus d'une défaite du Fatah que d'une victoire du Hamas. On a vraiment l'impression que le Fatah a tout fait pour perdre ces élections. Il possède des leaders jeunes et populaires, proches de la population grâce à leurs responsabilités associatives. Mais la direction les a écartés des listes ou placés en position non-éligible pour garder le pouvoir dans le parti. Résultat : en refusant de renouveler ses cadres, la vieille garde du Fatah s'est coupée des électeurs.
Surtout, face à la mauvaise gestion de l'Autorité palestinienne (corruption, sécurité...), le Hamas n'a eu aucun mal à apparaître comme un parti intègre et doté d'une grande moralité. Il gère des locaux, des dispensaires où il accueille la population sans se préoccuper de son étiquette politique, au contraire du Fatah. Après s'être rendus compte que ses associations étaient bien gérées, les Palestiniens avaient déjà confié au Hamas plusieurs villes aux municipales l'an dernier. Là aussi, sa gestion s'est révélée efficace. Ils ont ensuite logiquement pensé que cela serait également le cas au niveau national. A l'époque des municipales, j'étais observatrice du scrutin. C'était vraiment très frappant de les voir tenir ce raisonnement.
Il faut aussi noter que depuis plus d'un an, le pays est victime d'une recrudescence de la petite délinquance. La police de l'Autorité palestinienne étant incapable de ramener l'ordre, le Hamas est encore perçu comme celui qui pourrait remédier à la situation.
Concernant le conflit avec Israël, malgré ses promesses, le Fatah n'a pas ramené la paix. L'occupation perdure et les Palestiniens ont même moins de terre qu'en 1993. Ils lui reprochent de ne pas être assez dur lors des négociations. Beaucoup ont donc voté pour le Hamas en espérant qu'il saura mieux négocier. Mais il ne faut surtout pas faire de raccourci rapide et conclure que les Palestiniens qui votent pour le Hamas souhaitent la destruction d'Israël, comme en France on ne peut pas dire que tous les électeurs qui votent pour le Front national sont racistes. Les gens veulent simplement retrouver une vie normale.
"Ce n'est pas l'Autorité palestinienne qui négocie avec Israël, c'est l'OLP"
Tf1.fr : Dans l'opposition, le Hamas avait en fait une position confortable. Il va maintenant être confronté à l'exercice du pouvoir.
A.S. : Cela va être en effet très intéressant à observer. Jusqu'à présent, il ne voulait pas se mêler de politique nationale pour se préoccuper de la lutte contre Israël. Il n'est donc pas préparé à gouverner et n'en possède pas les moyens. Je pense qu'on se dirige donc vers un gouvernement d'Union nationale avec le Fatah, qui sera quant à lui débarrassé de ses caciques.
Tf1.fr : Le processus de paix peut-il se poursuivre avec Israël si le Hamas ne modifie pas ses statuts, qui prônent la destruction d'Israël ?
A.S. : Il faut tout d'abord rappeler une chose primordiale : légalement, ce n'est pas l'Autorité palestinienne qui s'occupe des négociations avec Israël, mais l'OLP (ndlr : qui représente également les Palestiniens réfugiés et ceux de la diaspora). Le Hamas peut donc très bien entrer au gouvernement, voire le diriger, et se retrancher derrière cet argument pour éviter tout contact avec Israël. Il peut également demander à intégrer l'OLP. Comme sur sa participation au processus politique, il est divisé à ce sujet.
Concernant les statuts, beaucoup de dirigeants sont en fait prêts à les clarifier, à accepter et à reconnaître l'existence d'Israël si on en revient aux frontières de 1967 et si l'Etat hébreu quitte les Territoires occupés depuis la Guerre des Six Jours. Logiquement, les tenants de cette ligne modérée sont prêts à négocier avec Israël. Et a priori, ils sont majoritaires.
"Le Hamas devra infléchir sa ligne"
Tf1.fr : Pourtant, les principaux dirigeants ont encore redit mercredi qu'ils ne feraient aucune concession.
A.S. : Je pense qu'il ne faut pas trop accorder d'importance à ces déclarations, qui servent surtout à jouer les gros bras ou à épater la galerie le jour du vote. Les dirigeants du Hamas savent très bien que les financiers extérieurs de l'Autorité palestinienne, notamment l'Union européenne, sont très sensibles à ce sujet. Au gouvernement, le Hamas devra donc aborder une ligne modérée pour que l'Autorité palestinienne continue à recevoir des fonds étrangers.
Tf1.fr : Quelle est peut-être l'attitude d'Israël face à une situation qu'il a toujours redoutée ?
A.S. : En fait, pas grand-chose puisque son interlocuteur principal pour les négociations est l'OLP. L'entrée ou non du Hamas dans l'OLP est donc vraiment la question à surveiller ces prochaines semaines. Dans ce cas, Israël sera effectivement devant le fait accompli car il devra discuter avec les représentants de l'organisation, quelle que soit leur couleur politique.
(photo d'archives : des militants du Hamas)
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