
Un peu partout en Europe, les rédactions prennent position dans l'affaire des caricatures de Mahomet et expliquent leur choix. Ainsi, la BBC a choisi jeudi de diffuser dans ses journaux télévisés les images controversées du prophète, expliquant qu'elle entendait ainsi "aider ses auditeurs à comprendre les sentiments violents suscités par cette histoire". "Nous les utilisons de façon responsable, dans le contexte", a précisé une porte-parole. Il s'agit, a-t-elle insisté, "de donner un contexte et d'aider à comprendre" cette histoire. La BBC, prudente, a ainsi choisi de ne pas les montrer sur son site internet, selon cette porte-parole.
En France, le quotidien Le Monde, par un dessin de Plantu à la une et un éditorial, s'est joint jeudi à ceux qui défendent le droit de publier des dessins représentant ou caricaturant Mahomet. "Un musulman peut être choqué par un dessin, surtout malveillant, de Mahomet. Mais une démocratie ne saurait instaurer une police de l'opinion, sauf à fouler aux pieds les droits de l'Homme", écrit le journal dans un éditorial intitulé "Caricatures libres". "On parle avec notre cerveau, notre coeur, mais il faut savoir qu'on s'adresse à des populations", remarque cependant le dessinateur, qui s'exprimait au téléphone depuis les Etats-Unis où il achève un voyage. "Je suis pour secouer le cocotier de tous les intégrismes religieux mais en même temps, il faut sentir les sensibilités des lecteurs. Il faut que ce soit violent, en sachant qu'on a un regard culturel", précise Plantu. De son côté, Libé consacre vendredi 6 pages à "l'affaire" des caricatures de Mahomet, et publie deux des dessins litigieux issus de la série du quotidien danois Jyllands-Posten, a annoncé jeudi la rédaction.
Publications "peu opportunes"
Côté politique, la Commission européenne et des députés européens ont défendu la liberté de la presse et se sont élevés contre les appels au boycottage de produits européens dans des pays musulmans. Le vice-président de l'exécutif européen, Franco Frattini, a jugé "peu opportune" la publication de ces dessins, qui a suscité la fureur de plusieurs dirigeants arabes et des manifestations contre l'Union européenne, notamment à Gaza. "C'est pourquoi je comprends les sentiments d'affront, de frustration, voire de chagrin, que les communautés musulmanes ressentent, ces jours-ci, face aux dessins satiriques publiés par un journal danois", a-t-il dit dans un communiqué. "Mais parmi les principes fondateurs de notre Europe figure également la liberté d'expression et par conséquence le droit de critiquer", a ajouté Frattini, qui estime que la satire en "fait partie" et "remplace les armes et la violence".
Photo (LCI) : la Une du quotidien Le Monde daté de vendredi
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