Caricatures : le sang coule dans les rangs des protestataires

Par Par D.S. (avec AFP), le 06 février 2006 à 16h22 , mis à jour le 06 février 2006 à 16h51

La colère, souvent instrumentalisée, des musulmans après la publication de caricatures du Prophète Mahomet a continué lundi de pousser dans la rue des milliers de manifestants de Téhéran au Caire, en passant par Beyrouth. On déplore plusieurs tués au Liban, en Afghanistan et en Somalie.

manifestants caricatures Mahomet Afghanistan

Au moins une personne a été tuée lundi et plusieurs autres blessées dans la ville portuaire de Bossaso dans le nord-est de la Somalie lors d'affrontements entre des forces de sécurité et des manifestants qui jetaient des pierres sur les bureaux d'organisations humanitaires et des Nations unies. En Afghanistan, trois manifestants au moins ont perdu la vie près de Kaboul. Dimanche déjà, des émeutes survenues dans un quartier chrétien de Beyrouth ont fait un mort par asphyxie et une cinquantaine de blessés, selon la police. Plus de 300 personnes ont été interpellées à la suite de ces protestations. Le ministre de l'Intérieur a présenté sa démission.

La violence s'est aussi étendue lundi à l'ambassade d'Autriche à Téhéran, attaquée avec des pierres, des pétards et des oeufs par des centaines d'Iraniens. Des milliers d'étudiants égyptiens, menés par un haut dignitaire de l'islam sunnite, ont manifesté au Caire, appelant au "boycott de tous les pays qui ont porté atteinte au Prophète". En Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, des manifestations de quelques centaines de personnes ont eu lieu toute la journée. A Surabaya, la police a tiré en l'air devant le consulat des Etats-Unis pour repousser des protestataires qui avaient déjà commis des dégradations au consulat danois.

Condamnations unanimes

La Ligue arabe a appelé à "la retenue, malgré l'atteinte grave portée aux musulmans et aux arabes". "Le dialogue doit remplacer la violence", a-t-elle indiqué. En Europe, les gouvernements ont condamné les atteintes aux intérêts scandinaves, tout en jouant la carte de l'apaisement. Ainsi, Berlin a dit vouloir "contribuer, en utilisant ses contacts dans quelques pays arabes, à apaiser la violence et l'émotion apparues" afin de prévenir "une guerre des cultures". "Rien ne peut justifier la violence contre les ambassades européennes ou contre le Danemark, a indiqué un porte-parole de Tony Blair. "Nous sommes complètement solidaires pour résister à cette violence", a-t-on ajouté à Londres.

Sur la même longueur d'onde, la France a rappelé que les attaques en Syrie et au Liban étaient "des atteintes injustifiables à la Convention de Vienne (...) qui prévoit qu'il est de la responsabilité des Etats hôtes d'assurer la protection des locaux diplomatiques et consulaires". La Commission européenne s'est dite "consciente du fait que les caricatures ont offensé de nombreux musulmans à travers le monde". Mais "aucun sentiment d'injustice, réel ou perçu comme tel, ne justifie des actes de violence comme ceux qui ont été perpétrés ce week-end", a déclaré lundi un porte-parole, indiquant que les ambassadeurs des 25 devaient débattre dans l'après-midi du sujet.

(Image LCI : Lundi à Kaboul)

Par Par D.S. (avec AFP) le 06 février 2006 à 16:22
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