© LCIDes Casques bleus ont tiré lundi sur des manifestants à Port-au-Prince, près de l'aéroport international, faisant de nombreux blessés. C'est ce qu'a indiqué l'Onu, tandis que la police haïtienne faisait état d'au moins un mort.
Plusieurs milliers de partisans de René Préval ont bloqué Port-au-Prince lundi avec des barricades, considérant que leur candidat à l'élection présidentielle, qui n'atteint pas les 50% des voix selon des résultats partiels, a gagné et n'a pas besoin d'un second tour.
"La situation est très instable, il y a des barricades et des troubles un peu partout", a déclaré un responsable de l'Onu sous couvert d'anonymat. Les troubles ont été "organisés en une heure et des gens ont dû trouver refuge dans des commissariats", a-t-il précisé.
50% plus une voix
"Nous sommes mobilisés pour défendre notre vote. Préval a gagné à 75%. Il se retrouve aujourd'hui à 48%. Blanc ou Noir, personne ne nous empêchera de réclamer notre victoire", lance un manifestant. "Le seul résultat que nous attendons, c'est celui de Préval gagnant, les Blancs ne vont pas décider pour nous", renchérit un autre partisan, Moger Eldon, 33 ans.
Selon de nouveaux résultats partiels diffusés lundi par le Conseil électoral et portant sur 89,9% des votes comptabilisés (2 millions de votants), l'ancien président et ex-proche de Jean Bertrand Aristide n'obtient que 48,73% des voix. Tout candidat doit obtenir 50% plus une voix pour éviter un deuxième tour. Les rivaux les plus sérieux de Préval, l'ancien président Leslie Manigat (1988) et l'industriel Charles Henri Baker, sont crédités respectivement de 11,84% et 7,93% des voix.
Jusqu'à présent, les 9.500 Casques bleus et policiers internationaux de la Mission de stabilisation de l'Onu en Haïti (Minustah) avaient reçu la consigne d'éviter toute confrontation avec les manifestants, selon l'Onu. La police haïtienne (5.000 personnes) reste discrète.
Les manifestations, organisées pour le troisième jour consécutif, ont été signalées devant le Conseil électoral et près de la Primature, où se trouvent les bureaux du Premier ministre Gérard Latortue. "Les gens ne peuvent pas gâcher ce que nous avons commencé le 7 février, les manifestations ne peuvent pas forcer le Conseil électoral à prendre une décision contraire à la vérité des urnes", a plaidé Edouard Paultre, membre d'une commission visant à favoriser un dialogue national.
Des élections qualifiées de "libres"
René Préval s'est abstenu jusqu'à présent de tout appel au calme à ses troupes et le CEP a une nouvelle fois demandé lundi aux Haïtiens d'être patients jusqu'à la publication des résultats définitifs, initialement attendus dimanche. Le candidat a quitté dans la matinée son domicile de Marmelade, dans le nord du pays, et était en route pour gagner Port-au-Prince, a constaté un journaliste de l'AFP. Il n'était pas clair si l'Onu allait lui faciliter son retour, via notamment un transport en hélicoptère, Marmelade se trouvant à quelque 5 heures de route de Port-au-Prince.
Sans attendre la proclamation officielle des résultats, des candidats ont pris position. Jean Chavannes Jeune, 4e du scrutin avec 5,36% des suffrages, a affirmé à l'AFP que, pour lui, "Préval avait gagné les élections dès le premier tour". Le pasteur protestant s'est déclaré prêt à travailler avec lui.
"Nous somme prêts à accepter les résultats proclamés par le CEP et nous respecterons notre engagement à soutenir le candidat le mieux placé pour affronter Préval dans un second tour", a affirmé de son côté Serge Gilles, du parti des socio-démocrates haïtiens, 5e du scrutin avec 3,51%.
Environ 3,5 millions de personnes avaient été appelées à voter il y a une semaine pour un nouveau président et un nouveau Parlement. Quelque 63% d'entre elles ont voté, une participation sans précédent en Haïti, lors de ces élections qualifiées de "libres" par les observateurs internationaux. (AFP)
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