
Alors que deux des terroristes du 11 septembre étaient émiratis et que les Emirats arabes unis ont servi de base logistique et financière de l'opération, des ports américains peuvent-ils être gérés par une société appartenant au gouvernement installé à Dubaï ? Pour les sénateurs américains, la réponse à la question n'est pas forcément "non". Mais elle mérite une enquête approfondie au nom de la sécurité nationale.
Le point de départ de cette nouvelle polémique dont l'administration Bush se serait bien passée : le rachat par DP World (Dubaï Ports World) d'une société britannique qui gère notamment six ports outre-Atlantique. Après la transaction, estimée à 6,85 milliards de dollars, DP World s'occupera des terminaux industriels de Baltimore (Maryland), Newark (New Jersey), Philadelphie (Pennsylvanie), Miami (Floride) et de la Nouvelle-Orléans (Louisiane), ainsi que du terminal passager de New York.
Menace de veto
Dans un premier temps, le comité fédéral chargé d'examiner les conséquences sur la sécurité des investissements étrangers aux Etats-Unis (CFIUS) a conclu à la faisabilité de l'opération, soutenue par la Maison Blanche. Mais de nombreux sénateurs, démocrates et républicains réunis, ont vivement protesté. Se plaignant de ne pas avoir été consultés et que des terroristes pourraient s'introduire plus facilement sur le territoire via ces ports, ils ont menacé de voter un texte qui s'opposerait au contrat.
"La sécurité dans les ports a été l'un de nos défis les plus difficiles depuis le 11 Septembre" affirme notamment Hillary Clinton. La sénatrice de New York souligne avoir "essayé, de manière répétée, de convaincre l'administration et la majorité républicaine au Congrès d'investir plus d'argent dans la sécurité portuaire. Mais nous avons été régulièrement rejetés". De son côté, George W. Bush, soucieux de ne pas heurter un pays ami dans sa lutte contre le terrorisme, a déjà fait savoir qu'il opposerait son veto à une loi bloquant le rachat.
Nouvelle enquête de 45 jours
Un compromis temporaire semble finalement avoir été trouvé. Comme les textes sur la sécurité nationale le permettent, une nouvelle enquête de 45 jours va être ouverte. Pour apaiser les tensions, c'est DP World elle-même qui a pris l'initiative de demander cette étude, exigée par les parlementaires. "Si une entité contrôlée par un gouvernement étranger est sur le point de prendre le contrôle d'une partie de notre gouvernement, de notre activité commerciale ou d'autres entreprises et que cette prise de contrôle pourrait affecter la sécurité nationale, alors cette enquête de 45 jours s'impose" souligne Hillary Clinton.
Les partisans de l'accord se disent quant à eux confiants. Ils font notamment remarquer que la transaction porte uniquement sur la gestion commerciale des ports, et non sur leur sécurité. Celle-ci restera donc sous le contrôle des autorités américaines, par l'intermédiaire des gardes côtes.
(photo DR : le port de Newark)
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